• Georges Jacques Danton
    Portrait de Danton par Constance-Marie Charpentier, Musée Carnavalet
    Portrait de Danton par Constance-Marie Charpentier, Musée Carnavalet

    Naissance 26 octobre 1759
    France monarchie Arcis-sur-Aube
    Décès 5 avril 1794 (à 34 ans)
    Drapeau de la France Paris
    Nationalité Drapeau de France France
    Pays de résidence France
    Diplôme Licence de droit
    Profession Avocat
    Activité principale Homme politique
    Conjoint Gabrielle Charpentier
    Louise Gély
    Signature

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    Georges Jacques Danton, né le 26 octobre 1759 à Arcis-sur-Aube et mort guillotiné le 5 avril 1794 (16 germinal an II) à Paris, est un avocat et un homme politique français.

    Danton est une des figures emblématiques de la Révolution française tout comme Mirabeau avec qui il partage un prodigieux talent oratoire et un tempérament impétueux, avide de jouissances (les ennemis de la Révolution l'appellent le Mirabeau du ruisseau), ou comme Robespierre, à qui tout l’oppose, le style, le tempérament et le type de talent. Il incarne la « Patrie en danger » dans les heures tragiques de l’invasion d’août 1792 quand il s'efforce de fédérer contre l'ennemi toutes les énergies de la nation : pour vaincre, dit-il, « il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la France sera sauvée ! ».

    Comme Robespierre, il s’est vite constitué autour de sa personne une légende. Et s’est déchaînée entre historiens robespierristes et dantonistes une polémique idéologique et politique qui a culminé sous la IIIe République. Pour les premiers, Danton est un politicien sans scrupules, vénal, capable de trahir la Révolution ; pour les seconds, il est un ardent démocrate, un patriote indéfectible, un homme d’État généreux.

    Sommaire

    Biographie

    Période précédant la Révolution

    Georges Jacques Danton est né à Arcis-sur-Aube, dans la province de Champagne, le 26 octobre 1759 de Jacques Danton (mort le 24 février 1762 à l'âge de 40 ans), procureur du lieu et de sa seconde épouse, Marie-Madeleine Camut (morte le 12 octobre 1813), fille d'un charpentier. Marié en 1754, le couple a quatre enfants. Jacques Danton vient de Plancy, gros village situé à quatre lieues d’Arcis, où son père cultive encore la terre en 1760.

    Il a un an lorsqu’un taureau, se jetant sur une vache qui l’allaite, le blesse d’un coup de corne, lui laissant une difformité à la lèvre supérieure gauche. Plus tard, comme il est doué d'une grande force, il veut se mesurer à un taureau qui lui écrase le nez d’un coup de sabot. Enfin, il contracte dans sa jeunesse la petite vérole, dont il conserve des traces sur le visage[1].

    Son père étant mort et sa mère remariée le 24 juillet 1770 à un marchand de grain, Jean Recordain, il est mis au petit séminaire de Troyes, puis au collège des Oratoriens, plus libéral, où il reste jusqu'à la classe de rhétorique.

    En 1780, il part pour Paris où il se fait engager comme clerc chez un procureur (équivalent de l'époque de l' avoué), Me Vinot, qui l'emploie de 1780 à 1787. En 1784, il se rend à la faculté de droit de Reims pour obtenir une licence, puis regagne Paris comme avocat stagiaire.

    Au café du Parnasse qu’il fréquente, « un des établissements de limonadier les plus considérés de Paris », presque en face du Palais, au coin de la place de l’École et du quai, il rencontre sa future femme, Antoinette-Gabrielle Charpentier, fille du propriétaire, « jeune, jolie et de manières douces » (son portrait peint par David est au musée de Troyes). Avec la dot de 20 000 livres qu’elle lui apporte et des prêts cautionnés par sa famille d’Arcis, il peut acheter en 1787 la charge d'avocat de Me Huet de Paisy pour la somme de 78 000 livres.

    Il se marie la même année à Saint-Germain-l’Auxerrois et s’installe cour du Commerce. L’État actuel de Paris de 1788 indique au no 1 de cette cour : Cabinet de M. d'Anton[2], avocat ès conseils .

    La Révolution

    Avocat modeste et inconnu à la veille de la Révolution, Danton va faire ses classes révolutionnaires à la tête des assemblées de son quartier et en particulier du club des Cordeliers, dont il devient un orateur réputé. C’est la chute de la monarchie (journée du 10 août 1792) qui le hisse à des responsabilités gouvernementales et en fait un des chefs de la Révolution.

    Un agitateur de quartier (1789-10 août 1792)

    A l’emplacement de la maison de Danton, emportée par le percement du boulevard Saint-Germain en 1877, la Ville de Paris a érigé en 1891, en hommage à « l’âme de la défense nationale », une statue, œuvre du sculpteur Auguste Paris, qui représente le tribun debout, entouré de deux volontaires, en train de haranguer la foule.

    En 1789, Danton habite le district des Cordeliers (devenu en mai 1790 la section du Théâtre-Français) dans le quartier du Luxembourg[3], quartier de libraires, de journalistes et d’imprimeurs. Il demeure au no 1 de la cour du Commerce-Saint-André, passage bordé de boutiques reliant la rue Saint-André-des-Arts à la rue de l'École-de-Médecine, qui connait son heure de gloire sous la Révolution : Marat y a son imprimerie au no 8, Camille Desmoulins y séjourne, la guillotine est expérimentée sur des moutons en 1790 dans la cour du no 9[4].

    Appartenant à la moyenne bourgeoisie, titulaire d’un office, il participe aux élections du tiers état aux États Généraux de 1789 ( 412 votants dans le district des Cordeliers; 11 706 pour Paris qui compte environ 650 000 habitants et doit élire 40 députés[5]) et s'enrôle dans la garde bourgeoise de son district.

    Il acquiert sa renommée dans les assemblées de son quartier : assemblée de district dont il est élu et réélu président, puis assemblée de section qu’il domine comme il domine le club des Cordeliers, crée en avril 1790 dans l’ancien couvent des Cordeliers avant de s’inscrire au club des Jacobins.

    Car Danton, comme Mirabeau, est une « gueule », un personnage théâtral, figure « repoussante et atroce, avec un air de grande jovialité » selon Mme Roland qui le hait. Orateur d’instinct, ses harangues improvisées (il n'écrit jamais ses discours) enflamment ses auditeurs. Les contemporains disent que ses formes athlétiques effrayaient, que sa figure devenait féroce à la tribune. La voix aussi était terrible. "Cette voix de Stentor, dit Levasseur, retentissait au milieu de l'Assemblée, comme le canon d'alarme qui appelle les soldats sur la brèche." Un autre témoin oculaire, Thibaudeau, le décrit aux Cordeliers :

    « Je fus frappé de sa haute stature, de ses formes athlétiques, de l’irrégularité de ses traits labourés de petite vérole, de sa parole âpre, brusque, retentissante, de son geste dramatique, de la mobilité de sa physionomie, de son regard assuré et pénétrant, de l’énergie et de l’audace dont son attitude et tous ses mouvements étaient empreints… Il présidait la séance avec la décision, la prestesse et l’autorité d’un homme qui sent sa puissance[6]. »

    L’historien Georges Lefebvre en trace le portrait suivant :

    « Il était nonchalant et paresseux ; c’était un colosse débordant de vie, mais dont le souci profond et spontané était de jouir de l’existence, sans se mettre en peine de lui assigner une fin idéologique ou morale, en se tenant le plus près possible de la nature, sans souci du lendemain surtout. On le comprend encore mieux quand on le voit fier de sa force, de l’abus qu’il en faisait et de ses prouesses amoureuses ; si solide qu’il fût, il avait des moments de dépression qui aggravaient sa paresse, et dégénéraient en atonie. Et enfin, il me parait vraiment qu’il fut « magnanime » comme le dit Royer-Collard. S’il ignorait les scrupules, il ne connaissait pas non plus la haine, la rancune, la soif de vengeance qui ont tant contribué à déformer la Terreur et à l’ensanglanter.
    (…) Avec son goût très vif, mais sain, pour les plaisirs de la vie, le cœur sur la main, et la dépense facile, insouciant et indulgent, d’une verve intarissable et primesautière, qui n’épargnait pas les propos salés, Danton plaisait naturellement à beaucoup de gens. (…) Aimant l’existence, il était optimiste ; débordant de sève, il respirait ordinairement l’énergie ; ainsi devait-il s’imposer aisément comme un chef : c’était un entraineur d’hommes[7]. »

    On sait aujourd'hui sans contestation possible[8] que Danton a touché de l’argent de la Cour selon le plan de corruption, proposé à Louis XVI par Mirabeau, qui visait notamment les journalistes et les orateurs de club. On sait qu’avec cet argent il a remboursé les emprunts faits pour acquérir son office d’avocat et acheté des biens nationaux à Arcis-sur-Aube. Mais on ne sait rien de précis sur les services qu’il a pu rendre à ceux qui le payaient. « Ils sont imperceptibles » dit Mona Ozouf[9]. « Sur ce que la Cour obtint de lui, nous ne savons rien » écrit Georges Lefebvre[10].

    Sa renommée grandit vite. Le district qu’il préside s’illustre aussi dans la lutte contre Bailly, le maire de Paris et contre La Fayette. Il s’insurge en janvier 90 pour soustraire Marat aux poursuites judiciaires. Si Danton ne participe pas directement aux grandes « journées » révolutionnaires – 14 juillet, 6 octobre, 20 juin, 10 août – il les arrange, les prépare. Le 13 juillet, il harangue les troupes cordelières. Début octobre, il rédige l’affiche des Cordeliers qui appelle les Parisiens aux armes. Le 16 juillet 1791 dans l’après-midi, la veille de la fusillade du Champ-de-Mars, il va lire la pétition des Jacobins au Champ-de-Mars sur l’autel de la patrie. Mais le 17, il est absent lorsque la garde nationale commandée par La Fayette tire sur les pétitionnaires, faisant une cinquantaine de victimes. Une série de mesures répressives contre les chefs des sociétés populaires suit cette journée dramatique, l’obligeant à se réfugier à Arcis-sur-Aube, puis en Angleterre.

    Après l'amnistie votée à l'Assemblée le 13 septembre, il revient à Paris. Il tente de se faire élire à l'Assemblée législative mais l'opposition des modérés à l'assemblée électorale de Paris l'en empêche. En décembre 1791, lors du renouvellement partiel de la municipalité, marqué par une forte abstention (la défaite de La Fayette à la mairie au poste de Bailly démissionnaire marque le déclin du parti « constitutionnel » qui a jusque-là dominé l'Hôtel de Ville), il est élu second substitut adjoint du procureur de la Commune Manuel. Dans le débat sur la guerre au club des jacobins commencé au début de décembre 1791, il penche plutôt du côté de Robespierre que de Brissot sans adopter une position antibelliciste aussi vigoureuse que celles de son ami[11]. Mais le 30 décembre 1791 les deux hommes firent font commun avec succès contre une tentative déguisée de Brissot de musellement de l’opinion antibelliciste» au club des jacobins, selon les critères invoqués par le député de la Gironde dans son discours du jour(«soumission aux lois» et "respect de la constitution")[12]. On peut difficilement croire Legendre quand sans doute pour sauver sa tête en mars 1794 il rapporte à Robespierre cette phrase que Danton aurait prononcé dans ce long débat : "s'il (Robespierre) veut se perdre, qu'il se perde tout seul."

    Car, élu président du club le 27 avril 1792 le 10 mai, en réaction à des insultes des Brissotins à l'encontre d'un présumé « despotisme d’opinion »,de Robespierre, Danton proteste :

    "M. Robespierre n'a jamais exercé ici que le despotisme de la raison[13]".

    A la veille de la chute de la monarchie (journée du 10 août 1792), Danton est un des hommes en vue du clubisme parisien (Cordeliers, Jacobins).

    Premier passage au gouvernement (août – septembre 1792) - Ministre de la Justice

    Le nouveau conseil général de la Commune (288 membres) se réunit en permanence comme une assemblée nationale. Un homme se détache : Robespierre.
    Le comité de surveillance de la Commune est chargé de la police politique et de la coordination des comités de surveillance des sections. Dix membres y siègent, dont Marat.

    Danton est un des grands bénéficiaires de cette journée à laquelle il n’a pas participé personnellement. Il s’est targué au Tribunal révolutionnaire d’avoir « fait » le 10 août mais on ne sait rien de précis sur son rôle, les témoignages étant rares et contestés.

    Face à la Commune insurrectionnelle qui s’appuie sur les sections insurgées et qui tient Paris, l’Assemblée législative n’a d’autres choix que de suspendre Louis XVI et de lui substituer un Conseil exécutif provisoire de six membres composé des anciens ministres girondins (Roland à l’Intérieur, Servan à la Guerre, Clavière aux Finances) avec Monge à la Marine et Lebrun aux Affaires étrangères. Les Girondins, hostiles au Paris révolutionnaire, ont besoin d’un homme populaire et engagé avec les insurgés pour faire la liaison avec la Commune insurrectionnelle. Ils font nommer Danton au ministère de la Justice.

    Condorcet, qui bien qu’adversaire malheureux de Danton aux élections de substitut et dans le débat sur la guerre, soutient sa candidature, explique son vote :

    « Il fallait dans le ministère un homme qui eût la confiance de ce peuple dont les agitations venaient de renverser le trône (…) qui par son ascendant pût contenir les instruments très méprisables d’une révolution utile, glorieuse et nécessaire (…) qui par son talent pour la parole, par son esprit, par son caractère, n’avilît point le ministère. Danton seul avait ces qualités[14]. »

    Et Condorcet ajoute cette considération significative :

    « D’ailleurs Danton a cette qualité si précieuse que n’ont jamais les hommes ordinaires : il ne hait ou ne craint ni les lumières, ni les talents, ni la vertu. »

    Danton s’installe place Vendôme, devenue place des Piques, et fait aussitôt entrer ses amis au ministère : Desmoulins est nommé secrétaire du Sceau, Fabre d'Églantine secrétaire général de la Justice (jusqu'alors un seul fonctionnaire occupait les deux postes), Robert chef des secrétaires particuliers.

    Dans un climat de violence et de peur où s’opposent des autorités rivales, il va devenir, par sa personnalité et son autorité naturelle, le vrai chef du Conseil exécutif.

    La Commune insurrectionnelle force l’Assemblée à faire emprisonner Louis XVI au Temple, à convoquer une Convention nationale élue au suffrage universel chargée d’élaborer une Constitution et met en place le dispositif de ce que l’on a appelé « la première Terreur » qui préfigure celle de 1793 : suppression des journaux d’opposition, perquisitions, visites domiciliaires, arrestations de prêtres réfractaires, des notables aristocrates, des anciens ministres feuillants, premier Tribunal révolutionnaire (qui ne fera guillotiner que trois « conspirateurs »). « Là où commence l’action des agents de la nation doit cesser la vengeance populaire » dit Danton.

    Paris vit à l’heure des préparatifs militaires, de la patrie en danger, des volontaires. Le 21 août, on apprend la première insurrection vendéenne. À la fin du mois, les frontières sont franchies. Le duc de Brunswick avec une armée de 80 000 austro-prussiens s’avance vers Paris. Les soldats de la Révolution reculent.

    Le 28 août, Roland, soutenu par Servan et Clavière, propose d’abandonner Paris et de se retirer au-delà de la Loire avec l’Assemblée et le roi. Seul des ministres Danton s’y oppose avec tant d’indignation et de menaces que les autres y renoncent. Le même jour, devant l’Assemblée, il félicite la Commune pour les mesures déjà prises, puis fait décider l’envoi dans les départements de commissaires (c’est lui qui les choisira, presque tous parmi les membres de la Commune) qui procéderont aux levées de volontaires (30 000 hommes à Paris et dans les départements voisins) et à la réquisition des denrées nécessaires au ravitaillement des armées. Il fait enfin autoriser les visites domiciliaires de suspects, décidées par la Commune.

    Le 2 septembre, Paris apprend que duc de Brunswick a occupé Verdun, que ses troupes sont à deux jours de la capitale. Danton, en costume rouge, monte à la tribune de l’Assemblée et prononce son célèbre discours, salué par une ovation assourdissante :

    « Il est bien satisfaisant, messieurs, pour les ministres d’un peuple libre, d’avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s’émeut, tout s’ébranle, tout brûle de combattre ! (…) Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée ! »

    Grâce à lui, grâce aux décrets qu’il fait voter à l’Assemblée, une impulsion nouvelle sera donnée à la poursuite de la guerre. L’armée sent que le gouvernement, désormais, est résolu à lutter. Jusqu’à Valmy, c’est lui qui va incarner le mieux cette volonté de vaincre et cette passion de l’union révolutionnaire, mieux que la Commune et les Girondins, obsédés par leur haine réciproque.

    A Paris, du 2 au 6 septembre, dans un climat de panique et de peur lié à l’invasion du territoire et aux appels au meurtre des journaux de Marat et d’Hébert, des sans-culottes massacrent entre 1 100 et 1 400 personnes détenues dans les prisons. Les contemporains et certains historiens[15]ont attribué à Danton un rôle dans ces événements, mais rien ne prouve que les massacres aient été organisés par lui, ni par aucun autre. On sait seulement que, ministre de la Justice, il n’a rien fait pour les arrêter. « L’attitude des autorités est, sur le moment, embarrassée » écrit François Furet[16] « Toutes se sentent débordées et intimidées. Ni la Commune, ni son Comité de surveillance, n’ont préparé les massacres : ils les ont laissé faire en cherchant à en limiter la portée. Ministre de la Justice, Danton s’est abstenu de toute intervention. L’opinion révolutionnaire a, dans son ensemble, non pas approuvé mais justifié l’événement. »

    Le 4 septembre, pendant les massacres, le Comité de surveillance de la Commune où siège Marat lance des mandats d’arrestation contre Roland et Brissot. Cette fois Danton intervient et, s’opposant à Marat en une altercation caractéristique des deux hommes, fait révoquer les mandats ; de même, il réussit habilement à faire échapper Adrien Duport, Talleyrand et Charles de Lameth.

    Le 20 septembre, Valmy sauve la France de l’invasion et donne le signal de la détente. Le même jour, la Convention se réunit, première assemblée élue au suffrage universel à deux degrés (mais seuls les militants révolutionnaires ont osé paraître aux assemblées primaires). A Paris, Robespierre est élu le premier, puis c’est le tour de Danton qui obtient le plus grand nombre de voix : 638 sur 700 présents. Ses amis, Camille Desmoulins, Legendre et Fabre d’Eglantine sont élus avec lui. Il opte pour la députation, quittant le Conseil exécutif.

    La Convention nationale

    Élus par moins de 10% de la population, les 749 Conventionnels sont tous issus du mouvement révolutionnaire. Deux factions rivales, les Montagnards et les Girondins entrent aussitôt en lutte pour le contrôle de la Convention (ces factions, divisées, de composition fluctuante, sans lignes politiques claires, ne sont pas des partis au sens moderne du terme). La majorité des députés, « la Plaine ou le Marais » (qui ne sont pas des « modérés »), suivent les Montagnards ou les Girondins selon qu’ils estiment que les uns ou les autres incarnent le mieux les espoirs collectifs. Danton siège à gauche avec la Montagne. Malgré les attaques des Girondins, il sera longtemps le défenseur de l’union entre les factions.

    À la Convention, le 4 octobre, Danton propose de déclarer que la patrie n’est plus en danger. Il ne demande qu’à renoncer aux mesures extrêmes. Surtout, il mesure les risques que font courir à la Révolution les querelles fratricides entre républicains. Il prêche la conciliation et appelle plusieurs fois l'assemblée à la « sainte harmonie ». « C'est en vain que l'on se plaignait à Danton de la faction girondine, écrira Robespierre, il soutenait qu'il n'y avait point là de faction et que tout était le résultat de la vanité et des animosités personnelles[17]. » Mais les attaques des Girondins se concentrent sur lui, Marat et Robespierre - les « triumvirs » - accusés d’aspirer à la dictature. Danton défend Robespierre ( « Tous ceux qui parlent de la faction Robespierre sont, à mes yeux, ou des hommes prévenus ou de mauvais citoyens » ) mais se désolidarise de Marat (« Je n’aime pas l’individu Marat. Je dis avec franchise que j’ai fait l’expérience de son tempérament : il est volcanique, acariâtre et insociable. »). Les Girondins l’attaquent sur sa gestion des fonds secrets du ministère de la Justice. Roland, ministre de l’Intérieur donne scrupuleusement ses comptes. Danton en est incapable[18]. Harcelé par Brissot, il n’échappe que par la lassitude de la Convention et longtemps les Girondins crieront « Et les comptes ? » pour l’interrompre à la tribune. Son influence est en baisse, au profit de Robespierre qui devient le vrai chef de la Montagne.

    Peut-être écœuré par ces attaques et par l’échec de ses tentatives de conciliation, Danton se fait envoyer fin novembre par la Convention en Belgique avec trois autres commissaires, pour enquêter sur les besoins de l'armée du nord. Le général Dumouriez se plaignait du directoire d’achats, mis en place par la Convention en remplacement de son fournisseur aux armées (et ami de Danton) l’abbé d’Espagnac, et accusait le directoire de laisser l’armée dans le dénuement[19]. Il part le 30 novembre alors que débute le procès de Louis XVI.

    Danton aurait souhaité sauver Louis XVI. Il aurait cru que c’était une des conditions de la paix. Robespierre écrira en mars 1794 : « Il voulait qu’on se contentât de le bannir. La force de l’opinion détermina la sienne[20]. » En 1816 Théodore de Lameth, venu de Londres pour tenter de sauver le roi, raconte que Danton lui a promis de l’aider : « Je ferai avec prudence mais hardiesse tout ce que je pourrai. Je m’exposerai si je vois une chance de succès, mais si je perds toute espérance, je vous le déclare, ne voulant pas faire tomber ma tête avec la sienne, je serai parmi ceux qui le condamneront[21]. » Ajoutant cependant sans illusion : « Peut-on sauver un roi mis en jugement ? Il est mort quand il paraît devant ses juges. » Pour sauver le roi, il faut des fonds. Talon, interrogé en 1803 par la police de Bonaparte, déclare avoir proposé, de la part de Danton, à William Pitt et au roi de Prusse « de faire sauver, par un décret de déportation, la totalité de la famille royale» et ajoute : « Il me fut démontré, n'ayant pu avoir aucune réponse, que les puissances étrangères se refusaient aux sacrifices pécuniaires demandés par Danton[22] ». On sait[23] cependant que le banquier Le Couteulx versa deux millions à Ocariz, qui représentait l’Espagne à Paris pour acheter des voix durant le procès du roi. « J’admets qu’on laisse en suspens la question de savoir si Danton entendait ou non garder pour lui une portion des millions qu’il demandait, écrit Georges Lefebvre[24], mais qu’il les ait sollicités, je ne parviens pas à en douter. » De retour à Paris les 16 et 18 janvier, Danton vote la mort du roi sans sursis.

    Cette vénalité politique hautement défendue par Mathiez est cependant loin d'être assurée et a été contestée[25]. On est bien obligé de redire avec Mona Ozouf que les services rendus à la Contre-révolution sont "imperceptibles" ; voire contredisent l'accusation si l'on procède à une analyse épistémologique du dossier. Le 6 novembre 1792 le tout premier il demande la publication intégrale du rapport Valazé, (premier acte énonciatif des crimes de Louis Capet) qui venait être lu, en même temps qu'il rejette l'inviolabilité de Louis XVI et appelle à la condamnation en cas de reconnaissance de sa culpabilité. Le 15 novembre, il exprime le souhait d'un rapport sur le décret du 13, présenté par Pétion sur le thème "Louis est-il jugeable ?" en précisant la nécessité de se prononcer sur l'inviolabilité, le mode de jugement et la peine. Dans cette logique le 30 novembre, avant de partir en mission il appelle à l'accélération des procédures de jugement afin d'obtenir au plus vite la condamnation à mort de Louis Capet. Il aurait même dit en privé : "il ne faut pas juger le roi mais simplement le tuer[26]". De ce fait, en février 1793 il avait la confiance pleine et entière des régicides ou pro-régicides qu'on n'a jamais dans cette affaire soupçonnés de corruption : de René Choudieu à l'abbé Grégoire et Hérault de Séchelles[27]. Si on s'en tient aux faits, par ses propres votes il a ignoré les menaces de révélations de cette corruption politique par Bertrand dans une lettre du 11 décembre 1792 qu'il a découverte à son retour de mission, c'est-à dire au moment de choisir[28]. Les tentatives vénales de sauvetage du roi ont existé mais selon René Choudieu cité toujours à charge contre Danton, elles concernaient majoritairement ceux qui n'avaient pas voté la mort du roi ou dans quelques cas contraires qui avaient assorti la peine capitale de l'appel au peuple et du sursis. Ce qui n'était évidemment pas le cas de Danton ; ni d'ailleurs des "Dantonistes" montrés du doigt dans cette affaire (Lacroix, Chabot, Bazire, Fabre d'Eglantine, Robert, Thuriot)[29]. Le 16 janvier Alors que des girondins tels que Lanjuinais et Lehardy désireux de sauver le roi réclamaient le vote de la mort une majorité des 2/3 il fit front avec des Montagnards et réclama avec succès le vote de la mort à la majorité simple[30]

    "... Je demande si vous n'avez pas voté à la majorité absolue seulement la république, la guerre ; et je demande si le sang qui coule au milieu des combats ne coule pas définitivement ? Les complices de Louis n'ont-ils pas subi immédiatement la peine sans aucun recours au peuple et en vertu de l'arrêt d'un tribunal extraordinaire ? Celui qui a été l'âme de ces complots mérite-t-il une exception[31] ?"...

    Toujours le 16 janvier, à propos d'une discussion futile sur une pièce de théâtre, il s'exclame : "Je vous l’avouerai citoyens , je croyais qu’il s’agissait d‘une tragédie que vous devez donner en spectacle à toute l’Europe. Je croyais qu’aujourd’hui vous deviez faire tomber la tête du tyran et c’est d’une misérable comédie dont vous vous occupez."[32]

    Il se trouve que l'Espagne qui aurait tenté de l'acheter envoya une lettre au Président de la Convention. Danton protesta fermement les risques d'une négociation visiblement destinée à faire traîner le procès voire à l'annuler.

    "Cependant qu'on entende si on le veut cet ambassadeur, mais que le président lui fasse une réponse digne du peuple dont il sera l'organe et qu'il lui dise que les vainqueurs de Jemmapes ne démentiront pas la gloire qu'ils ont acquise, et qu'ils retrouveront, pour exterminer tous les rois de l'Europe conjurés contre nous, les forces qui déjà les ont fait vaincre... Rejetez, rejetez, citoyens, toute proposition honteuse..."[33]

    Par ailleurs contrairement à ce qu'affirme Bertrand de Molleville, Danton motiva son vote. Toujours, le 16 janvier, il s'écrie

    - "Je ne suis point de cette foule d'hommes d'Etat qui ignorent qu'on ne compose pas avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois qu'à la tête, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de l'Europe que par la force de nos armes ! Je vote la mort du tyran[34]" !

    Le lendemain 17 en fin d'après-midi, le vote terminé avec une très courte majorité favorable à la mort inconditionnelle, on préfère décider du sursis. Tallien, montagnard comme lui, demande qu'il soit ouvert sur le champ. Danton s'y oppose :

    "Il ne faut pas décréter, en sommeillant, les plus chers intérêts de la patrie. Je déclare que ce ne sera ni par la lassitude, ni par la terreur qu'on parviendra à entraîner la Convention nationale à statuer, dans la précipitation d'une délibération irréfléchie, sur une question à laquelle la vie d'un homme et le salut public sont également attachés... Je demande donc la question préalable sur la proposition de Tallien ; et que, si cette proposition était mise aux voix, elle ne pût l'être que par l'appel nominal." [35]

    Il est difficile de ne pas prendre en compte les remarques de Louis Barthou quand il écrivait

    "Quand il parlait à la tribune, Danton avait toute la Convention pour témoin et pour juge des responsabilités qu'il assumait : il accomplissait un acte. Qui fut le témoin de ses entrevues avec Lameth ?" [36]

    D’ordre économique, sa mission en Belgique déborde vite sur le terrain politique et militaire. La Belgique doit-elle s’ériger en république indépendante ou être réunie à la France ? Qui doit faire les frais de la guerre ? Si la République doit payer, dit Cambon, le « contrôleur général des finances de la Convention », il est impossible de continuer la guerre. Danton se décide pour l’annexion. Il prépare à Bruxelles, contre l’avis de Dumouriez soucieux de ménager les Belges, le célèbre décret sur l'administration révolutionnaire française des pays conquis. Ce décret qui, selon la formule de Georges Lefebvre, « entreprend, sous la protection des baïonnettes françaises, de rendre les peuples heureux sans les consulter, et à leurs frais », présenté à la Convention par Cambon le 15 décembre et adopté par acclamation, proclame la « souveraineté du peuple » dans les pays occupés, l’abolition de la noblesse et des privilèges, la confiscation des biens du clergé et de la noblesse pour servir de gage aux assignats émis et la création d’une administration provisoire.

    Le 31 janvier, Danton vient demander à la Convention la réunion de la Belgique. Il développe dans un fameux discours la théorie des frontières naturelles qui va orienter pendant deux décennies la politique de la France :

    « Ses limites sont marquées par la nature. Nous les atteindrons toutes, des quatre coins de l’horizon : du côté du Rhin, du côté de l’océan, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République et nulle puissance ne pourra nous empêcher de les atteindre. »

    Danton est renvoyé en Belgique avec Camus et Delacroix. Dans cette seconde mission, les commissaires (« presque occupés que de leurs plaisirs » dit leur collègue Merlin de Douai), vont faire appliquer le décret par la force. Aux contributions et réquisitions va s'ajouter le pillage individuel. Danton et Delacroix vont acquérir une réputation de violence et de débauche sinon de déprédation[37].

    Sa femme meurt en son absence à la naissance de son troisième fils. De retour en France le 16 février, désespéré, il fait exhumer le corps et mouler le buste par le sculpteur Deseine. Il reçoit une lettre de condoléance de Robespierre : « Si, dans les seuls malheurs qui puissent ébranler une âme comme la tienne, la certitude d’avoir un ami tendre et dévoué peut t’offrir quelque consolation, je te la présente. Je t’aime plus que jamais, et jusqu’à la mort. Dès ce moment, je suis toi-même. Embrasse ton ami[38]. » On ne le voit pas, du 17 février au 8 mars, reparaître à la Convention.

    Jacobin, ministre des Affaires étrangères dans le ministère girondin de mars 1792, général en chef de l’armée du Nord en août 1792, vainqueur à Valmy, Dumouriez occupe la Belgique après la victoire de Jemmapes. Général politique, soutenu par les Girondins, il nourrit l’espoir de diriger un état belge indépendant. Après la défaite de Neerwinden, il échoue dans une marche sur Paris pour rétablir la monarchie au profit du futur Louis-Philippe, lieutenant général dans son armée, et passe à l’ennemi début avril 1793. Très lié avec lui dans les premiers mois de 1793, Danton le soutiendra jusqu’au bout et sera accusé, sans aucune preuve, de complicité.

    Reparti en Belgique le 5 mars à l’appel de Delacroix, il trouve une situation désastreuse. Alors que Dumouriez vient d'entrer en Hollande, les Autrichiens battent le général Miranda qui doit abandonner Liège. Les habitants se révoltent contre l’armée française. Le 7, les commissaires, réunis à Bruxelles, décident de « dépêcher à Paris Danton et Delacroix pour hâter les grandes mesures ».

    Outre les revers militaires en Belgique la situation de la République est grave : soulèvements dans les campagnes après la décision le 23 février de lever 300 000 hommes, insurrection de la Vendée, difficultés économiques entraînant à Paris une vague d’agitation orchestrée par les « Enragés » qui réclament le « maximum » des prix et des changements sociaux. Face à cette situation, il n’y a pas de direction homogène et efficace. Le gouvernement est tiraillé entre les généraux, les ministres du Conseil exécutif (qui depuis la Constituante ne peuvent être députés) et la Convention, toujours plus divisée entre Girondins et Montagnards et soumise à la pression des sans-culottes parisiens.

    Le printemps 1793 fournit à Danton, qui a maintes fois proposé avec la Plaine, par la voix de Barère, un gouvernement d’union nationale, l’occasion de mettre son énergie et son éloquence au service de la Révolution. Les onze discours qu’il prononce du 8 mars au 1er avril sont empreints d’une sorte de frénésie. Sitôt arrivé à Paris le 8 mars, il monte à la tribune :

    « Nous avons, dit-il, fait plusieurs fois l’expérience que tel est le caractère français qu’il faut des dangers pour retrouver toute son énergie. Eh bien, ce moment est arrivé ! Oui, il faut le dire à la France entière ; si vous ne volez pas au secours de vos frères de la Belgique, si Dumouriez est enveloppé, si son armée était obligée de mettre bas les armes, qui peut calculer les malheurs incalculables d’un pareil évènement. La fortune publique anéantie, la mort de 600 000 français pourrait en être la suite. Citoyens, vous n’avez pas une minute à perdre ! »

    Il fait voter l’envoi de commissaires dans les sections pour engager les citoyens à voler au secours de la Belgique et provoquer une nouvelle expression de patriotisme.

    Le 9 mars, il appelle avec succès à la libération des prisonniers pour dettes ; proposition transformée en loi d'interdiction absolue de ce type d'emprisonnements, sur l'initiative de Jeanbon Saint-André. Le 10, Danton prononce deux discours ; le matin, un appel à l’énergie et à l’union :

    « Vos dissensions sont nuisibles. Vos discussions sont misérables. Battons l’ennemi et ensuite nous disputerons. Eh ! Que m’importe, pourvu que la France soit libre, que mon nom soit flétri ! J’ai consenti à passer pour un buveur de sang ! Buvons le sang des ennemis de l’humanité, mais enfin que l’Europe soit libre ! Remplissez vos destinées, point de passions, point de querelles, suivons la vague de la Liberté ! »

    Le discours s’achève dans une ovation « universelle » dit le compte rendu. Le soir, les commissaires envoyés dans les sections évoquent la création d’un Tribunal révolutionnaire (celui institué le 17 août 1792 avait été supprimé le 29 novembre), tribunal extraordinaire jugeant sans appel et dont les jugements sont applicables sous 24 heures. La majorité de l’assemblée effarouchée est hésitante. Il est 6 heures. Pour en sortir, le président déclare la séance levée.

    « Soudain Danton s’élance à la tribune en rugissant : « Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste ! ». Les députés, éberlués, regagnent leur place.
    Danton :
    « Quoi, citoyens, au moment où, Miranda battu, Dumouriez enveloppé va être obligé de mettre bas les armes, vous pourriez vous séparer sans prendre les grandes mesures qu’exige le salut de la chose publique ? Je sais à quel point il est important de prendre des mesures qui punissent les contre-révolutionnaires… »
    Une voix dans la salle : « Septembre ! »
    « Le salut du peuple exige de grands moyens et des mesures terribles. Puisqu’on a osé dans cette assemblée rappeler les journées sanglantes sur lesquelles tout bon citoyen a gémi je dirai, moi, que si un tribunal révolutionnaire eût existé le peuple auquel on a si souvent, si cruellement reproché ces journées ne les aurait pas ensanglantées. Faisons ce que n’a pas fait l’Assemblée législative, soyons terribles pour éviter au peuple de l’être et organisons un tribunal non pas bien, c’est impossible, mais le moins mal qui se pourra, afin que le peuple sache que le glaive de la liberté pèse sur la tête de tous ses ennemis. Je demande que, séance tenante, le tribunal révolutionnaire soit organisé, et que le pouvoir exécutif reçoive les moyens d’action et d’énergie qui lui sont nécessaires. »
    Une voix dans la salle : « Tu agis comme un roi ! »
    Danton : « Et toi comme un lâche[39]!» »

    Après une intervention de Robespierre visant à empêcher qu'il ne puisse toucher les patriotes, la loi instituant le Tribunal révolutionnaire - devant lequel, après la reine et les Girondins, il devait lui-même comparaître un an après - est votée.

    C'est dans la salle du Manège des Tuileries que se réunit la Convention jusqu’au 9 mai 1793.

    Le 15 mars, la Convention reçoit une lettre menaçante de Dumouriez, la rendant responsable de ses défaites. Malgré l’indignation générale, Danton s’oppose à un décret d’accusation contre lui et se fait envoyer en Belgique pour le raisonner. Il le rejoint le 20 ; dans l’intervalle, Dumouriez s’est fait écraser à Neerwinden le 18. Danton n’obtient qu’un vague billet de soumission (« J’ai épuisé tous les moyens de ramener cet homme aux bons principes. » dira-t-il) ; il rentre à Paris, mais au lieu de venir rendre compte de sa mission, disparaît plusieurs jours. Parti de Bruxelles le 21, il ne réapparait au Comité de défense général que le 26, ce qui a intrigué contemporains et historiens. Lorsque la Convention apprend la défaite de Neerwinden et les tractations de Dumouriez avec les Autrichiens, elle renouvelle le 25 mars, dans un élan d’union, son Comité de défense générale en y élisant des Girondins, des hommes de la Plaine et des Montagnards, Danton, Desmoulins, Dubois-Crancé et Robespierre. A la première séance, le 26, Danton, enfin réapparu, prend encore la défense de Dumouriez, reconnaît que le général a des torts, mais se porte garant de son désintéressement. Robespierre s’étonne de l’attitude de Danton et demande la destitution immédiate du général en chef. Les Girondins font bloc avec Danton pour la faire refuser. Le lendemain 27, à la Convention, Robespierre fait de nouveau le procès de Dumouriez. C’est seulement le 30 mars qu’elle se décide à envoyer des commissaires pour le citer à comparaître. Dumouriez les fait arrêter le 1er avril et les livre aux Autrichiens. Il tente ensuite d’entrainer son armée contre Paris mais se heurte à ses propres troupes et passe à l’ennemi accompagné de quelques généraux, dont Egalité fils (le duc de Chartres, futur Louis-Philippe, fils du duc d’Orléans, Philippe-Egalité, qui va être arrêté à Paris par les comités).

    Jusqu'au dernier moment, Danton a cherché à établir l’union entre les républicains, contrairement à Robespierre et aux Montagnards qui jugeaient l’union avec les Girondins impossible (« Quoique assis au sommet de la Montagne, écrit le robespierriste Levasseur[40], il avait été jusque-là, sinon l’homme de la Droite, du moins en quelque sorte le chef du Marais. »). La trahison de Dumouriez va provoquer la rupture de Danton avec la Gironde. Le 1er avril, à la Convention, les Girondins l’accusent de complicité. Danton, soutenu par la Montagne (qui comprit, dit Levasseur, « que son impétueuse éloquence allait rompre toutes les digues ») répond en attaquant à son tour. Se tournant vers la Montagne, il s’écrie :

    « Je dois commencer par vous rendre hommage, citoyens qui êtes placés à cette Montagne : vous avez mieux jugé que moi. J’ai cru longtemps que, quel que fût l’impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m’a départis, je devais employer, dans les circonstances difficiles où m’a placé ma mission, la modération que m’ont paru commander les évènements. Vous m’accusiez de faiblesse ; vous aviez raison, je le reconnais devant la France entière… Eh bien ! je crois qu’il n’est plus de trêve entre la Montagne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés dans toute la France. »

    Au cours d’une séance dramatique, la Gironde et lui se renvoient l’accusation d’avoir trempé dans le complot monarchique du général en chef. Seul résultat immédiat de cette mêlée : les Girondins font décréter que les députés suspects de complicité avec l’ennemi ne seront plus protégés par l’inviolabilité parlementaire. Le soir, aux Jacobins, Robespierre prend la défense de Danton et demande la mise en accusation des Girondins.

    La Plaine ne songe pas à suivre Robespierre, mais les circonstances l’inclinent vers Danton. Le 6 avril, la Convention crée enfin le Comité de Salut public, réclamé par Danton et Robespierre dès le 10 mars et y place des hommes qui ne sont pas trop impliqués dans le conflit entre Gironde et Montagne et qui souhaitent l’unité: sept députés de la Plaine, Barère en tête, la Montagne n’est représentée que par Danton et son ami Delacroix.

    Second passage au gouvernement (avril - juillet 1793) – Membre du Comité de salut public

    Danton à la Convention, croqué en quelques coups de crayon par son collègue David. C'est le Danton un peu fatigué et alourdi de 1794. L'artiste, qui a cédé à quelques préoccupations caricaturales, a saisi une attitude caractéristique de l'orateur écoutant et bougonnant à part lui[41].
    Louise Gély (1776-1856), seconde femme de Danton, qu’elle épouse le 17 juin 1793, se tient debout derrière Antoine Danton, fils de Gabrielle Charpentier, première femme de l’avocat. Louise sera veuve à 17 ans. Peinture de Boilly gravée en couleurs par Cazenave sous le titre L'Optique.

    Le Comité de salut public, chargé de surveiller et d’animer le Conseil exécutif des ministres devient très vite le véritable pouvoir exécutif de la Convention. Composé de neuf membres rééligibles tous les mois par la Convention, il se réunit au deuxième étage du pavillon de Flore, devenu le pavillon de l’Egalité et ses délibérations demeurent secrètes. Dominé par Danton, il va être réélu intégralement le 10 mai et le 10 juin (il s’agrandit à cette date de 4 adjoints, 3 robespierristes, Saint-Just, Couthon, Jean Bon Saint-André, et un ami de Danton, Hérault de Séchelles).

    Danton, « le plus modéré des Montagnards[42] », se refuse aux mesures révolutionnaires réclamées par les sections et les clubs parisiens (économie dirigée, levée en masse, loi des suspects) face à une situation extérieure et intérieure de plus en plus menaçante (invasion étrangère, contre-révolution intérieure). La Terreur ne sera mise à l’ordre du jour qu’après son départ. Chargé au Comité de salut public des Affaires étrangères, il rêve d’un compromis avec l’Europe et essaie de négocier en secret pour fissurer le bloc de la coalition, prêt à offrir la libération de la reine. Le 13 avril, il détermine la Convention à désavouer la guerre de propagande et à déclarer qu’elle « ne s’immiscerait en aucune manière dans le gouvernement des autres puissances ». Mais ses tentatives n’aboutissent pas et se heurtent à une situation militaire défavorable. La Belgique et la rive gauche du Rhin reprises par les coalisés, la France ne disposait plus de monnaie d'échange. « Que pouvait offrir Danton ? se demande Georges Lefebvre[43] L’abandon des conquêtes de la République ? Les coalisés les avaient reprises et comptaient démembrer la France ; ils se moquaient des propositions dérisoires d’un régicide aux abois. Cette diplomatie, souvent louée depuis, supposait la victoire ou la capitulation déguisée en compromis. »

    Cette politique de ménagements mécontente les sans-culottes exaspérés par la cherté des denrées de première nécessité ainsi que Robespierre et ses amis qui aspirent à le remplacer. « Tes formes robustes, dira Saint-Just dans son réquisitoire, semblaient déguiser la faiblesse de tes conseils (…) Tous tes exordes à la tribune commençaient comme le tonnerre et tu finissais par faire transiger la vérité et le mensonge. »

    À la la Convention, la lutte entre la Gironde et la Montagne s’exacerbe. Pour écraser les Girondins, les Montagnards vont s’allier aux sans-culottes, en acceptant certaines de leurs revendications sociales. Le 13 avril, malgré Danton qui tente de s’y opposer (« N’entamez pas la Convention ! » s’écrie t-il), les Girondins font voter la mise en accusation de Marat, mais le jury du Tribunal révolutionnaire l’acquitte et il est ramené en triomphe par la foule à l’assemblée. Le 18 mai, la Convention élit une commission de douze membres, tous girondins, pour enquêter sur les agissements de la Commune. Le 24, cette commission arrête Hebert et Varlet. Le 25, Isnard répond par des menaces[44] à une délégation de la Commune venue demander leur libération. Le 26, Robespierre lance aux Jacobins un appel à une « insurrection » des députés « patriotes »contre leurs collègues accusés de trahisons. Danton tente de désamorcer la « journée » qui se prépare en faisant voter le 27 à minuit la cassation de la Commission des Douze ; en vain car elle est rétablie le lendemain. Le 31 mai, la Convention est encerclée par les sans-culottes qui réclament l’arrestation des Girondins et des mesures sociales. L’assemblée se contente de supprimer de nouveau la Commission et renvoie les pétitions au Comité de salut public. Le lendemain 2 juin, une foule de 80 000 hommes armés de 150 canons investit la Convention. Après une tentative de sortie en cortège qui se heurte aux canons de Hanriot, l’assemblée doit se résigner à décréter d’arrestation 29 de ses membres. Danton a laissé faire. Les Cordeliers l’accuseront d’avoir voulu empêcher sinon modérer l’action des sans-culottes.

    Danton va essayer de ne pas achever d’anéantir la droite. Les députés girondins consignés chez eux sont gardés si mollement qu’une partie s’échappe. Encouragés par l’attitude du Comité de salut public, 73 députés signent une protestation contre le 2 juin. Le 6, Barère et Danton proposent la suppression de tous les comités révolutionnaires de sections, la destitution d’Hanriot et l’envoi d’otages aux départements dont on avait arrêté les députés (preuve que Danton ne voulait pas la mort des Girondins) mais Robespierre fait repousser ces mesures. Danton n’insiste pas.

    Le 16 juin, Danton se remarie. Il épouse Louise Gély, jeune fille qui s’occupe de ses enfants, amie de sa première femme. Elle est charmante, jeune (16 ans) et pieuse. Pour l’épouser, il consent se marier devant un prêtre insermenté échappé aux massacres de septembre. La dot de 40 000 livres apportée par la jeune fille est en réalité payée par lui et le régime est celui, rare à l’époque, de la séparation des biens.

    Plus occupé par son bonheur privé que par les soucis d’État, il ne vient plus aux Jacobins. Ses absences à la Convention sont remarquées. Il néglige même le Comité. Les clubs et la Commune l’accusent d’inertie. Le 23 juin Vadier dénonce les « endormeurs » du Comité. Marat attaque le Comité « de la perte publique ». Même son ami Chabot lui reproche aux Jacobins d’avoir « perdu son énergie ».

    Danton semble las, usé par les défaites de l’été. Attaqué vivement le 8 à la Convention, il ne se défend pas. Le 10 juillet, lors du renouvellement du Comité de salut public, il demande à la Convention de l’écarter, par fatigue ou par calcul, ou les deux à la fois.

    « Peut-être, écrit François Furet[45], fait-il un calcul politique qui va se révéler redoutable : puisque le pouvoir l’a compromis, que les autres se compromettent à leur tour et le laissent se refaire une virginité ! Le 10 juillet, à sa demande, la Convention l’écarte du Comité qu’elle renouvelle. Élu malgré lui le 5 septembre, il refuse encore sa participation au pouvoir. Jaurès a bien vu quel danger cette attitude faisait planer sur la majorité et sur lui-même : un ministrable puissant qui refuse le pouvoir risque d’être demain le pôle autour duquel se cristallisera l’opposition. »

    Les robespierristes entrent au Comité. Robespierre lui-même s’y fait porter deux semaines plus tard. « Jamais substitution d’une équipe à l’autre ne se fit plus simplement » écrit Louis Madelin[46].

    Le chef des « Indulgents »

    Camille Desmoulins (1760-1794), « l’homme du 14 juillet », l’ami de Danton et de Robespierre. À la fin de 1793, il veut, avec Danton et ceux qui le soutiennent, les Indulgents, arrêter la Terreur et négocier la paix. Il écrit dans son journal (Vieux Cordelier, n° 4) : « Ouvrez les prisons à 200 000 citoyens que vous appelez suspects, car, dans la Déclaration des Droits, il n’y a point de maisons de suspicion… Vous voulez exterminer tous vos ennemis par la guillotine ! Mais y eut-il jamais plus grande folie ! … Croyez-moi, la liberté serait consolidée et l’Europe vaincue si vous aviez un Comité de Clémence ! »

    Le nouveau Comité de Salut public à peine installé, les événements désastreux se multiplient pendant l’été 1793 : soulèvements dans les provinces après l’élimination des Girondins (Lyon, Bordeaux, Marseille), victoire des vendéens à Vihiers (17 juillet), aux frontières capitulation de Valenciennes (28 juillet) et Mayence, Toulon livrée aux Anglais (29 août). La République « n’est plus, dit Barère le 23 août dans son discours sur la levée en masse, qu’une grande ville assiégée ». À Paris, où la crise économique s’accentue, les luttes pour le pouvoir entre les factions révolutionnaires s’exacerbent. Les revers militaires résultent surtout de la confusion et des désaccords sur le plan de la direction politique et du commandement militaire.

    Hébert (1757-1794), rédacteur du Père Duchesne, le journal des sans-culottes, se veut le successeur de Marat. Les Hébertistes, nom que les historiens donneront après coup à cette faction, veulent renforcer l'économie dirigée et radicaliser la terreur. Ils dirigent le mouvement sans-culotte et contrôlent le club des Cordeliers (on les appelle aussi les Cordeliers), le ministère de la Guerre dont le secrétaire général est Vincent et l’armée révolutionnaire parisienne, créée sous la pression de la rue, dont le chef est Ronsin. Autre appui : la Commune dont le maire Pache, le procureur Chaumette et le commandant de la garde nationale Hanriot leur sont favorables.

    Danton, de retour aux Jacobins dès le 12 juillet où il se fait applaudir, participe à ces luttes en essayant de déborder le Comité avec tous ceux que mécontente Robespierre et va faire pendant l’été de la surenchère révolutionnaire. Le 25, il est élu président de la Convention. Mais les Hébertistes, qui sont aussi candidats à la succession du pouvoir avec l’appui des sans-culottes, l’accusent de modérantisme : « Cet homme peut en imposer par de grands mots, cet homme sans cesse nous vante son patriotisme, mais nous ne serons jamais dupes… » dit Vincent aux Cordeliers, le vieux club de Danton. Le 2 septembre, à la nouvelle que Toulon s’est livrée aux Anglais, les sans-culottes, soutenus par la Commune, préparent une nouvelle « journée ». Les Jacobins s’y rallient pour canaliser le mouvement. Le 5, la Convention, cernée par les manifestants, met « la Terreur à l’ordre du jour ». La pression sans-culotte accélère les mesures révolutionnaires et fait entrer Billaud-Varennes et Collot d’Herbois au Comité, mais elle ne parvient pas à le remettre en cause. Désormais ce qu’on est convenu d’appeler le Grand Comité, dominé par Robespierre, va reprendre la situation en main et exercer une dictature de fait jusqu’en juillet 1794.

    Le 5 et le 6 septembre, Danton prononce des discours révolutionnaires très applaudis à la Convention qui décrète « qu’il soit adjoint au Comité ». Après deux jours de réflexion, il refuse. « Je ne serai d’aucun Comité, s’écrie-t-il le 13 septembre, mais l’éperon de tous. »

    Et puis, subitement, du 13 septembre au 22 novembre 1793, il va disparaître. Le 13 octobre, le président communique à la Convention la lettre suivante :

    « Délivré d’une maladie grave, j’ai besoin, pour abréger le temps de ma convalescence, d’aller respirer l’air natal ; je prie en conséquence la Convention de m’autoriser à me rendre à Arcis-sur-Aube. Il est inutile que je proteste que je reviendrai avec empressement à mon poste aussitôt que mes forces me permettront de prendre part à ses travaux. »

    Garat raconte : « Il ne pouvait plus parler que de la campagne… Il avait besoin de fuir les hommes pour respirer[47] ». Telle attitude indique que la neurasthénie l’assaillait et déjà le terrassait, dit son biographe Louis Madelin.

    En son absence, ses amis continuent leurs attaques à la Convention contre le Comité. Le 25 Thuriot met en cause sa politique économique et sociale. L’assemblée applaudit et élit au Comité Briez, qui était en mission à Valenciennes lors de la capitulation. Robespierre doit menacer de quitter le Comité pour faire repousser la décision : « celui qui était à Valenciennes lorsque l’ennemi y est entré n’est pas fait pour être membre du Comité de Salut public. Ce membre ne répondra jamais à la question : pourquoi n’êtes-vous pas mort ? ». Il faut, exige-t-il, proclamer que vous conservez toute votre confiance au Comité. La Convention, se dressant alors en fait le serment. Fin octobre, vingt-deux Girondins comparaissent devant le Tribunal révolutionnaire. « Je ne pourrai les sauver » dit Danton à Garat, les larmes dans les yeux. Le 1er novembre, ils sont guillotinés en chantant encore « la Marseillaise » au pied de l’échafaud. Suivent Mme Roland, Bailly, Barnave, Houchard, Biron, 177 condamnations à mort dans les trois derniers mois de 1793.

    Danton rentre le 20 novembre pour venir au secours de ses amis, députés montagnards compromis dans l'affaire de la falsification du décret de suppression de la Compagnie des Indes (voir le détail dans l’article en question) : Chabot et Bazire, ont été arrêtés le 19 novembre par le Comité de Salut public. Fabre d'Églantine, lié politiquement à Danton, reste libre bien que le Comité soit au courant de sa signature de complaisance. Car Robespierre a besoin de Danton et des modérés pour combattre la déchristianisation dans laquelle il voit une manœuvre politique de débordement par les Hébertistes .

    L’offensive des Indulgents (décembre 1793-janvier 1794)

    Pendant plus d’un mois, de décembre au milieu de janvier, il se forme comme un axe Robespierre-Danton sur la base d’une vigoureuse offensive contre la déchristianisation et les « ultra-révolutionnaires ». Les amis de Danton attaquent les leaders hébertistes avec l’approbation tacite de Robespierre. Camille Desmoulins lance un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, dont les premiers numéros qui s’attaquent aux Hébertistes et à tout le courant déchristianisateur, obtiennent un énorme succès. En même temps, on apprend les premières victoires révolutionnaires. Les menaces militaires s’atténuent sans disparaître : la première guerre de Vendée est gagnée, Lyon révoltée capitule en octobre, l’insurrection de Toulon est battue en décembre, l’armée repousse les coalisés sur les frontières.

    Danton incarne alors un courant plus modéré de la Montagne qui pense qu’avec le redressement de la situation militaire il convient de mettre fin à la Terreur et de faire la paix : « Je demande qu’on épargne le sang des hommes. », s’écrie-t-il le 2 décembre à la Convention. Il semble qu’il ait espéré détacher Robespierre des membres du Comité liés aux Hébertistes (Billaud-Varennes et Collot) et partager avec lui les responsabilités gouvernementales[48].

    Le 12 décembre, Bourdon demande à la Convention le renouvellement du Comité de Salut public dont les pouvoirs expirent le lendemain et Merlin de Thionville propose de le renouveler tous les mois par tiers. La majorité ne les suit pas. Le 15, le n° 3 du Vieux Cordelier a un grand retentissement dans l’opinion. Il ne se borne plus à attaquer les Hébertistes mais s'en prend au système de la Terreur et au Gouvernement révolutionnaire lui-même. Le 17, Fabre, Bourdon et Philippeaux font décréter d’arrestation par la Convention deux chefs hébertistes Ronsin et Vincent, sans même en référer aux Comités. Le 20, des femmes viennent supplier la Convention de délivrer les patriotes injustement incarcérés et Robespierre lui-même fait nommer un « comité de clémence » chargé de réviser les arrestations. Le 24, le n° 4 du Vieux Cordelier réclame pratiquement la libération des suspects.

    Mais le revirement a eu lieu le 21 décembre. Collot d’Herbois, de retour de Lyon et se voyant directement menacé, défend ses amis Ronsin et Vincent aux Jacobins et obtient que le club proteste contre leur arrestation. Billaud-Varennes fait révoquer par la Convention le comité de clémence. Robespierre met fin le 25 décembre aux espoirs d’alliance de Danton en impliquant les deux factions adverses dans un même complot : « Le Gouvernement révolutionnaire doit voguer entre deux écueils, la faiblesse et la témérité, le modérantisme et l’excès ; le modérantisme qui est à la modération ce que l’impuissance est à la chasteté ; et l’excès qui ressemble à l’énergie comme l’hydropisie à la santé .» Le 7 janvier, le 5ème numéro du Vieux Cordelier est attaqué aux Jacobins. Robespierre affecte d’abord de traiter Camille en « bon enfant gâté qui a d’heureuses dispositions et qui est égaré par de mauvaises compagnies » ; mais celui-ci, l’entendant demander que son journal soit brûlé, riposte par une citation de Rousseau : « Brûler n’est pas répondre. ». Robespierre éclate alors : « L’homme qui tient aussi fortement à des écrits perfides est peut-être plus qu’égaré .» Pour isoler Danton de Robespierre, Billaud et Collot font manœuvrer le Comité de sûreté générale qui « découvre » le faux décret de liquidation de la Compagnie des Indes signé par Fabre d’Eglantine, dont le gouvernement connaît l’existence depuis un mois. Fabre est arrêté le 12 janvier. Le lendemain, Danton prend sa défense mais il est isolé. « Malheur à celui qui a siégé aux côtés de Fabre, s’écrie Billaud-Varenne, et qui est encore sa dupe. » C’est l’échec de l’offensive des Indulgents[49].

    Provisoirement, les divers courants de la Montagne tombent d'accord à la Convention pour voter le 4 février l’abolition de l'esclavage dans les colonies sur proposition de Levasseur après un rapport d’un des trois députés de Saint-Domingue arrivés à Paris. Danton intervient presque seul dans un célèbre discours où il proclame : « Lançons la liberté dans les colonies », liant le fait de libérer les esclaves à la volonté de ruiner l’Angleterre (« c’est aujourd’hui que l’anglais est mort »). Mais il se félicite également de l'entrée la veille (3 février 1794) des deux nouveaux députés de couleur à la Convention et place l'abolition sous le signe philosophique du "compas des principes" et du "flambeau de la raison[50]". L’abolition sera fêtée au Temple de la Raison (Notre-Dame) par la Commune en présence de Chaumette, d’Hébert et des nouveaux députés de Saint-Domingue le 18 février.

    La contre-offensive des Hébertistes (février 1794)

    La crise des subsistances, aggravée par la loi du maximum général (taxation des denrées et des salaires) et la libération de Ronsin et de Vincent (2 février) marquent une reprise de l’agitation des sans-culottes : attroupements devant les boutiques, pillages, violences. Le club des Cordeliers, dirigé par Vincent mène l’attaque. Le 12 février, Hébert dénonce la clique qui a inventé le mot « ultra-révolutionnaire » ; le 22, il réclame des solutions à la crise des subsistances. Le Comité répond par les décrets de ventôse : nouveau maximum général (Barère), confiscation des biens des suspects au profit des patriotes indigents (Saint-Just). Mais le 2 mars, Ronsin parle d’insurrection. Le 4, Hébert affirme que Robespierre est d’accord avec les Indulgents; les Cordeliers voilent les Droits de l’homme. Carrier réclame une « sainte insurrection » ; Hébert s’y rallie. Mais, mal préparée, non suivie par la Commune, elle échoue.

    La liquidation des factions (mars-avril 1794)

    Isolés, les dirigeants cordeliers sont arrêtés dans la nuit du 13 au 14 mars. Le procès se tient du 21 au 24 mars. La technique de l’amalgame permet de mêler à Hébert, Ronsin, Vincent et Momoro des réfugiés étrangers Cloots, Proli, Pereira, afin de les présenter comme des complices du « complot de l’étranger ». Tous sont exécutés le 24 mars sans que les sans-culottes ne bougent.

    Le lendemain de l’arrestation des Hébertistes, Danton et ses amis qui ont gardé le silence pendant ces évènements, reprennent l’offensive. Le numéro 7 du Vieux Cordelier, qui ne paraîtra pas, réclame le renouvellement du Comité et une paix aussi rapide que possible. Mais Robespierre est décidé à frapper les chefs des Indulgents. « Toutes les factions doivent périr du même coup » dit-il à la Convention le 15 mars. Il semble néanmoins qu'il ait hésité à mettre Danton sur la liste en considération du passé commun et des services rendus à la République. Il a accepté de le rencontrer. On ne sait pas ce qui s’est dit entre les deux hommes mais on sait que Robespierre est sorti de l’entretien avec une froideur que tous les témoins ont notée. D’après les confidences de Barère, Robespierre aurait voulu sauver Camille, son ancien camarade de collège, celui qui l’avait choisi comme témoin de son mariage. Mais les pressions de Collot d’Herbois, Billaud-Varennes, Barère et surtout Saint-Just ont emporté la décision.

    Mandat d'arrêt de Danton et de ses amis par le Comité de Salut public et le Comité de sûreté générale le 30 mars 1794. Archives Nationales, Paris.
    On a l’impression que ces quelques lignes raturées et surchargées ont été écrites au cours d’une discussion dans un certain désarroi. Barère aurait tenu la plume. Billaud-Varenne signe fermement le premier. Carnot aurait dit en mettant sa signature[51] : « Songez-y bien, une tête comme celle de Danton en entraîne beaucoup d’autres. » Robespierre signe tout en bas un des derniers. Du Comité de Salut public, seul Lindet refuse de signer.

    Le 30 mars, le Comité ordonne l’arrestation de Danton, Delacroix, Desmoulins et Philippeaux. C’est Saint-Just qui est chargé du rapport devant la Convention. Soutenu par Robespierre, il veut que les accusés soient présents à la lecture du rapport et qu’on les arrête en fin de séance. La majorité du Comité s’y oppose par crainte d’un débat dangereux. « Si nous ne le faisons pas guillotiner, nous le serons. » De rage, Saint-Just aurait jeté son chapeau au feu[52].

    Le lendemain, à la Convention consternée, Legendre demande que les accusés puissent venir se défendre. Une partie de l’assemblée est prête à le suivre. C’est Robespierre qui intervient : « Legendre a parlé de Danton, parce qu’il croit sans doute qu’à ce nom est attaché un privilège. Non, nous ne voulons point de privilèges ! Nous n’en voulons pas d’idoles ! Nous verrons dans ce jour si la Convention saura briser une prétendue idole pourrie depuis longtemps, ou si dans sa chute elle écrasera la Convention et le peuple français ! ». Et fixant Legendre : « Quiconque tremble est coupable. » Après son intervention et celle de Barère, Saint-Just présente son rapport rédigé à partir des notes de Robespierre[53]. Comme pour les Hébertistes, on associe aux accusés politiques, les prévaricateurs (Fabre, Chabot, Basire, Delauney) et des affairistes comme l’abbé d’Espagnac, les banquiers autrichiens Frey et le financier espagnol Guzman, étrangers de surcroit pour rattacher les accusés à la « conspiration de l’étranger ».

    Le procès, ouvert le 2 avril, est un procès politique, jugé d’avance. Au bout de deux séances, l’accusateur Fouquier-Tinville et le président Herman doivent réclamer l’aide du Comité : « Un orage horrible gronde… Les accusés en appellent au peuple entier… Malgré la fermeté du tribunal, il est instant que vous vouliez bien nous indiquer notre règle de conduite, et le seul moyen serait un décret, à ce que nous prévoyons[54]. » Un projet de complot en vue d’arracher les accusés de leur prison (Lucile Desmoulins aurait proposé de l’argent « pour assassiner les patriotes et le Tribunal ») permet à Saint-Just de faire voter par la Convention un décret mettant les accusés hors des débats. La défense de Danton est étranglée comme avait été étouffée celle des Girondins.

    Danton conduit à l’échafaud. Sanguine attribuée à Wille. « Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine ! »

    Danton est guillotiné le 5 avril à trente-quatre ans. Il existe un récit de son exécution par Arnault :

    « L’exécution commençait quand, après avoir traversé les Tuileries, j’arrivai à la grille qui ouvre sur la place Louis XV. De là, je vis les condamnés, non pas monter mais paraître tour à tour sur le fatal théâtre, pour disparaître aussitôt par l’effet du mouvement que leur imprimait la planche ou le lit sur lequel allait commencer pour eux l’éternel repos (…) Danton parut le dernier sur ce théâtre, inondé du sang de tous ses amis. Le jour tombait. Je vis se dresser ce tribun, qui, à demi éclairé par le soleil mourant. Rien de plus audacieux comme la contenance de l’athlète de la Révolution ; rien de plus formidable comme l’attitude de ce profil qui défiait la hache, comme l’expression de cette tête qui, prête à tomber, paraissait encore dicter des lois. Effroyable pantomime ! Le temps ne saurait l’effacer de ma mémoire. J’y trouve toute l’expression du sentiment qui inspirait à Danton ses dernières paroles, paroles terribles que je ne pus entendre, mais qu’on répétait en frémissant d’horreur et d’admiration : « N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple : elle est bonne à voir[55]. »

    Le 13 avril, une dernière « fournée » envoie à la guillotine Lucile Desmoulins, la femme de Camille, Chaumette et la veuve d’Hébert.

    Ayant obligé la Convention à livrer Danton, le Comité se croyait sûr de sa majorité. "« Il se trompait », écrit Georges Lefebvre, « elle ne lui pardonnait pas ces sacrifices. Tant de places vides répandaient une terreur secrète qui, aisément, tournerait en rébellion, car c’était sa position de médiateur entre l’assemblée et les sans-culottes qui avaient fait la force du Comité; en rompant avec ces derniers, il libérait l’assemblée et, pour achever de se perdre, il ne lui restait plus qu’à se diviser[56]. » »

    Historiographie

    Au XIXe siècle, la tradition républicaine a vite réhabilité Danton. Michelet, qui va se consacrer pendant dix ans aux sept volumes de son histoire de la Révolution française, parus entre 1847 et 1842, fait de Danton l’incarnation de la Révolution, « le vrai génie pratique, la force et la substance qui la caractérise fondamentalement ». Son génie ? « L’action, comme dit un ancien. Quoi encore ? L’action. Et l’action comme troisième élément[57]. » Edgar Quinet, dans sa Révolution de 1865 voit dans le triple appel de Danton à l’audace « la devise de tout un peuple ». Pour Auguste Comte et les positivistes, la philosophie encyclopédiste a produit au moins deux héros : « l’un théorique – c’est Condorcet, l’autre pratique – c’est Danton. »

    Le véritable promoteur du culte de Danton est le docteur Robinet, un disciple de Comte, qui consacre 25 ans de sa vie à militer pour Danton. Son premier livre Danton. Mémoire sur sa vie privée date de 1865 ; son dernier, Danton, homme d’Etat, de 1889.

    Les républicains fondateurs de la IIIe République qui veulent une incarnation républicaine de la Révolution (ce qui exclut Mirabeau) non compromise dans la Terreur (ce qui exclut Robespierre), font de Danton le héros par excellence de la Révolution française. Danton a alors sa rue, sa statue, son cuirassé. Son nom est évoqué dans toutes les cérémonies officielles.

    Le début du XXe siècle va être marqué par une célèbre polémique entre deux grands historiens universitaires de gauche, Aulard et Mathiez (le premier est radical, le second socialiste) au sujet de Robespierre et Danton. Alphonse Aulard, le premier à occuper la chaire d’histoire de la Révolution française à la Sorbonne, créée en 1886, est un admirateur de Danton qui incarne pour lui la synthèse de la Révolution française et en qui il voit un précurseur de Gambetta. La réaction a lieu en 1908 avec Albert Mathiez, ancien collaborateur d’Aulard qui a été son directeur de thèse. C’est lui qui va établir de façon quasi irréfutable, en épluchant minutieusement ses comptes et en faisant un inventaire systématique de ses amis douteux, la corruption de Danton. Il fonde sa propre revue destinée à exalter l’œuvre de Robespierre et va reprendre, en l’étayant de documents, le réquisitoire de Robespierre et de Saint-Just contre Danton. Pour lui et pour les historiens de la Société des études robespierristes qui se réclament de lui, Danton est un vendu et un débauché qui a mené une politique de double-jeu.

    Georges Lefebvre, qui occupe à son tour en 1937 la chaire d’histoire de la Révolution à la Sorbonne et sera jusqu’à sa mort en 1959 le spécialiste incontesté du domaine, adopte une position moins partisane et plus équilibrée : admettant la vénalité, il n’en tire pas toutes les conséquences qu’en déduit Mathiez sur la politique de Danton. C’est la position qu’adoptent les historiens contemporains François Furet et Mona Ozouf qui s’intéressent surtout aux contradictions et à la complexité du personnage. Pour François Furet, Danton est « un homme politique opportuniste, intermittent, peu délicat sur les moyens, en même temps qu'un orateur un peu génial dans l'improvisation, et un vrai tempérament politique dans les grandes occasions : la Patrie en danger, la levée en masse, le Salut public, son procès enfin[58] ». Il reproche à Mathiez d'avoir tout mélangé : la corruption privée très vraisemblable avec la vénalité politique qui l'était beaucoup moins : comment sinon expliquer le déroulement du procès dan lequel "le personnage fut mis hors des débats pour être plus facilement condamné sur les ordres de Robespierre[59]" ?".

    Gérard Walter écrit dans son introduction au procès de Danton (Actes du Tribunal révolutionnaire, Mercure de France, 1986) :

    « Que demandons-nous à Danton? Est-ce de savoir combien d’argent il a gagné au cours de sa carrière politique, et comment ? Ou quels sont les services qu’il a rendus à la Révolution ? Si l’on entend le juger sous ce dernier rapport, ce n’est pas le bilan de sa fortune qu’il y a lieu de dresser, mais celui de ses actes. Si celui-ci, en fin de compte, est en mesure d’établir que l’activité de Danton a contribué effectivement au triomphe de la Révolution, peu importe s’il a reçu de la Cour ou ailleurs, 30 000 livres, ou 300 000, ou même 3 millions. Par contre, s’il avait été démontré qu’il n’eût jamais touché un sol de personne, mais qu’il ne fut pas le sauveur de la France révolutionnaire à l’époque où les Allemands et les émigrés marchaient sur Paris, on aurait bien le devoir de le proclamer « grand honnête homme », mais aussi celui de le rayer définitivement du nombre des grands révolutionnaires. »

    Citations

    • Au club des Jacobins : à propos du boycottage d'un décret émancipateur des mulâtres par le député des colonies, Gouy d'Arcy
    • Je tiens pour lâche sinon pour cupide, quiconque prétend opposer sa résistance particulière à un décret. Il faut que le membre s'explique soit en se justifiant soit en sortant de la société(10 juin 1791)[60].

     

    • Au club des Jacobins : sur la guerre voulue par Brissot

    Je vous prouverai les dangers de cette guerre.(14 décembre 1791)[61].

     

    • A l’Assemblée législative et à la Convention :
      • De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace et la France est sauvée (2 septembre 1792)
      • Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple[62](13 août 1793).

     

    • A la Convention:
    • Sur le maintien de la liberté des cultes
    • Quand vous aurez eu pendant quelque temps des officiers de morale qui auront fait pénétrer la lumière auprès des chaumières, alors il sera bon de parler au peuple morale et philosophie. (30 novembre 1792)[63]

     

    • Sur le jugement du roi
    • Le jugement du ci-devant roi est attendu avec impatience ; d'une part, le républicain est indigné de ce que ce procès semble interminable ; de l'autre, le royaliste s'agite en tous sens, et comme il a encore des moyens de finances et qu'il conserve son orgueil accoutumé, vous verrez au grand scandale et au grand malheur de la France, ces deux partis s'entrechoquer encore.(30 novembre 1792)[63]

     

    • Sur la libération des prisonniers pour dettes
    • Je demande que la Convention nationale déclare que tout citoyen français, emprisonné pour dettes, sera mis en liberté, parce qu'un tel emprisonnement est contraire à la saine morale, aux droits de l'homme, aux vrais principes de la liberté.(9 mars 1793)[64]

     

    • Sur la création d'un Tribunal Révolutionnaire
    • Faisons ce que n'a pas fait l'Assemblée législative ; soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être ; organisons un tribunal, non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal qu'il se pourra, afin que le glaive de la loi pèse sur la tête de tous ses ennemis. (10 mars 1793)[64]

     

    • Sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies,
    • Représentants du peuple français, jusqu'ici nous n'avions décrété la liberté qu'en égoïstes, pour nous seuls ; mais aujourd'hui nous proclamons à la face de l'univers et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret, nous proclamons la liberté universelle. (16 Pluviôse an II- 4 février 1794) [65]

     

    • Notes de Robespierre contre Danton utilisées par Saint-Just dans son rapport d'accusation à la Convention le 11 Germinal an II-31 mars 1794 :
      • « Le mot de vertu faisait rire Danton ; il n'y avait pas de vertu plus solide, disait-il plaisamment, que celle qu'il déployait toutes les nuits avec sa femme. »
      • « Quand je montrais à Danton le système de calomnie des brissotins développé dans les papiers publics, il me répondait : "Que m'importe ! L'opinion publique est une putain, la postérité une sottise !. »

     

    • Avant son arrestation (à ceux qui lui conseillent de fuir) :
      • On n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers.

     

    • A son procès (le procès-verbal du Tribunal révolutionnaire a été très "arrangé" et son grand discours purement supprimé) :
      • Interrogé sur ses noms, prénoms, domicile : Bientôt dans le néant, et mon nom au Panthéon.
      • Moi vendu ! Moi ! Un homme de ma trempe est impayable !
      • J'ai trop servi. La vie m'est à charge.

     

    • A son exécution :
      • Devant la maison de Robespierre :
      • "Robespierre, tu me suis ! Ta maison sera rasée ! On y sèmera du sel !"
      • Au bourreau : Tu montreras ma tête au peuple ; elle en vaut bien la peine.

    Sources

    Les sources principales de cet article sont :

    http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/699568

     

     

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    Prise de la Bastille. Dessin de Cholat

    La prise de la Bastille. Dessin de Cholat Claude, en 1789.
    Ce n'est pas la foule...

    En réalité , cette "prise de la Bastille" petit groupe d'hommes et de femmes qui voulaient

    prendre des Armes dans l'Enceinte de la Bastille.

      

    Prise de la Bastille. Dessin de Prieur

    La prise de la Bastille. Dessin de Prieur Jean-Louis le Jeune en 1792,
    3 ans après les événements. Tout Paris participe !

     

     

    La BASTILLE vue et surtout corrigée par la REPUBLIQUE

      

    1 ) Peu de prisonniers étaient enfermés dans le sérail !

    ( ne pouvait que contenir 42 détenus )

    Les registres d'écrou conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal montre qu'à l'époque du scoop il entrait une moyenne de 25 prisonniers par an.


    Pour la plupart, la détention était de courte durée.

      

    Sous Louis XIV, il y eut à passer par là 40 détenus en moyenne par an ; sous Louis XV il y en eut 43 ; sous Louis XVI il y en eut 19.


    De toutes façons, la forteresse ne pouvait contenir que 42 détenus logés séparément.

     

    2 ) La BASTILLE était une PRISON ROYALE ! ben voyons...

     

    La BASTILLE était une PRISON d'ETAT..

     

    La Bastille, sous Louis XVI, est devenue une prison d'État. Le procès des détenus est instruit au Châtelet ou au Parlement. Les conseillers du Parlement viennent inspecter la Bastille. Breteuil, ministre de Louis XVI, informe les intendants qu'il ne sera plus délivré de lettres de cachet sans motif et sans durée de peine.


    3 ) Les canons de la Bastille sont pointés sur le peuple de Paris !

    Les canons de la Bastille ne servaient qu'à tirer des salves les jours de fête. Depuis la Fronde, aucun boulet n'en était sorti. Tous les habitants du faubourg le savaient. Mais l'échauffement des esprit fait que ce matin là, on leur trouva une allure suspecte.

      

    Les "électeurs" envoyèrent des délégués au gouverneur de la Bastille, de Launey (ou de Launay), qui fit retirer sans manière les canons de leurs embrasures et fermer celles-ci par des planches.

    4 ) La Bastille a été prise au nom de la liberté, contre la tyrannie.

      

    Tous les témoignages d'époque sont unanimes. L'objectif des émeutiers était de se procurer des armes et des munitions.


    La prise de la forteresse s'est faite aux cris de "Vive le roi !", comme les pillages de grains dans les provinces depuis plusieurs mois.

      

    5 ) Face au peuple, une troupe aguerrie, avide de sang...

    La garnison de la Bastille se compose de 82 vétérans, dits Invalides, auxquels s'est adjoint le 7 juillet un détachement de 32 gardes suisses du régiment de Salis-Samade commandés par le lieutenant de Flüe.

      

    6 ) Les insurgés parisiens firent preuve d'un courage indomptable face à une puissance militaire impressionnante.

      

    Les émeutiers prennent en otage une adolescente,

    fille du capitaine des Invalides, M. de Monsigny, et tentent de la brûler vive.
    Le père accourt, et il est tué de deux balles.

     

    Deux détachements de gardes françaises commandés par Élie et Hulin arrivent en traînant avec eux deux canons.
    Ceux-ci, mis en batterie, causent un début d'incendie à l'entrée de la forteresse.

    Les canons des gardes françaises et l'assassinat de Monsigny font disparaître toute velléité de résistance chez les Invalides qui exigent dès lors la reddition de leur gouverneur.

    Témoignage d'
    Élie :

    "La Bastille n'a pas été prise de vive force. Elle s'est rendue, avant d'être attaquée, sur la parole que j'ai donnée, foi d'officier français, qu'il ne serait fait aucun mal à personne si elle se rendait".

    Le chancelier Pasquier confirme : 

      

    "Ce qu'on a appelé le "combat" ne fut pas sérieux : la résistance fut complètement nulle. (...) La vérité est que ce grand combat n'a pas un instant effrayé les nombreux spectateurs qui étaient accourus pour en voir le résultat. (...)

    A côté de moi était Mlle Contat, de la Comédie-Française.

    Nous restâmes jusqu'au dénouement

    et je lui donnai le bras jusqu'à sa voiture."

     

     

    6 ) Le pont-levis qui donnait accès dans la cour intérieure avait été relevé.

    Deux assaillants grimpèrent sur la toiture d'un petit bâtiment voisin, d'où ils purent, à l'aide de haches, rompre les chaînes du pont levis qui retomba lourdement.

    Cet acte fut véritablement héroïque car il se déroula sous le feu des assiégés.
    La foule s'était avancée en confiance, parce que le gouverneur de Launay avait envoyé de menteuses paroles de paix. Mais le traître, quand la foule fut à portée, ordonna la mitraille, et beaucoup de citoyens furent massacrés

     --------------- 

      L'Histoire authentique, principale source documentaire, indique que les hommes de M. de Launay s'en tiennent aux menaces.
    Quand le pont levis retombe, les émeutiers entrent dans la place et tirent sur la garnison.
    C'est seulement alors que le gouverneur de la Bastille, s'apercevant enfin de la gravité de la situation, ordonne aux soldats de faire feu.

    Les héroïques assaillants, confrontés à une résistance imprévue, refluent en désordre.
    Les deux seuls blessés graves de cet épisode, Cholat et Baron, dit La Giroflée, l'ont été par le recul du canon qu'ils avaient dirigé et mis à feu

     

     

       
       
       
    Le génie parisien... Encore un coup des Allemands !...
    Selon Marat : " La Bastille, mal défendue, fut prise par quelques soldats et une foule d'infortunés, la plupart Allemands et provinciaux. Les Parisiens, ces éternels badauds, venaient là par curiosité ".

     

     
    La première réaction des vainqueurs de la Bastille fut de délivrer les prisonniers. La première réaction des vainqueurs de la Bastille fut de courir au pillage et aux caves. Les pillards, ne connaissant plus que leurs intérêts personnels, se tiraient les uns sur les autres.
    Les clés de la prison royale furent portés triomphalement dans Paris, sans avoir préalablement ouvert les portes des cellules. Celles-ci durent être enfoncées pour délivrer les prisonniers.
    Le peuple de Paris a délivré les victimes du despotisme. Les prisonniers étaient au nombre de sept :
    - Béchade, Laroche, La Corrège et Pujade étaient des faussaires qui avaient arnaqué deux banquiers parisiens. Ils furent remis en prison le lendemain. Après une journée de triomphe, les sans-culottes les ont trouvés incorrigibles.
    - Le comte de Solages, installé là par sa famille pour éviter les rigueurs de l'asile psychiatrique, était un pervers sexuel. Il le resta.
    - Tavernier et de Whyte étaient fous. Ils furent transférés à l'asile de Charenton, où ils furent moins bien traités qu'à la Bastille.
    On découvre dans la Bastille de terrifiants instruments de torture. "Un corselet de fer, inventé pour retenir un homme par toutes les articulations et le fixer dans une immobilité éternelle."
    On découvrit aussi une machine "non moins destructive qui fut exposée au grand jour, mais personne ne put en découvrir ni le nom ni l'usage direct."
    Dans le magasin d'armes anciennes de la Bastille figurait une armure de chevalier du moyen-âge.

    La machine "non moins destructive, etc." était une imprimerie clandestine saisie chez un nommé François Lenormand en 1786.
    On retrouva des os humains en creusant dans le bastion, ce qui éveilla le spectre d'exécutions secrètes et inspira à Mirabeau une terrible apostrophe : "Les ministres ont manqué de prévoyance, ils ont oublié de manger les os". Il s'agissait de restes anciens de Protestants qui ne pouvaient être enterrés, selon les prescriptions religieuses de l'époque, dans des cimetières catholiques.
    Parmi les emprisonnés de la Bastille, celui qui éveilla le plus d'émotion fut le comte de Lorges. Il vivait depuis 32 ans, enchaîné et presque nu, au fond d'un cachot noir et humide. Il fut porté en triomphe par une foule généreuse. Pendant quinze jours, tout Paris vint visiter le sinistre cachot, symbole de la tyrannie.
    Comte de Lorges
    Délivrance du comte de Lorges. Gravure d'époque.
    Le comte de Lorges, prisonnier de la Bastille, n'a jamais existé.





    Les chroniqueurs sans-culottes (et sans scrupule) parisiens ont inventé le personnage, sa libération, son triomphe, et son cachot.
    Les Parisiens, révoltés par l'iniquité et la férocité du régime, ont fait preuve d'une grandeur d'âme exemplaire. Le marquis de Launay est lynché par la foule. Il est décapité au canif par un garçon cuisinier nommé Desnot, qui "savait travailler les viandes".
    Celui-ci avouera que son exploit charcutier avait été accompli dans l'espoir d'obtenir une médaille.
    Le peuple de Paris se réjouit de la prise de la Bastille avec sa bonhomie habituelle. Cannibalisme :
    "Je ne sache pas qu'on ait jamais vu porter la tête, fut-ce des plus odieux personnages, au bout des lances, boire leur sang, leur arracher le coeur, le manger... Je l'ai vu dans Paris ; j'ai entendu les cris de joie du peuple effréné qui jouait avec des lambeaux de chair en criant : Vive la liberté ! Vive le roi !"

    Saint-Just
    La prise de la Bastille, combat titanesque, fit des centaines de martyrs de la liberté. Les assiégeants comptèrent quatre-vingt dix huit morts, dont une partie provenait du fait qu'ils s'étaient tirés les uns sur les autres au moment du pillage. Plusieurs autres s'étaient tués en tombant dans les fossés du donjon.
    Sur le total, dix-neuf seulement étaient mariés et cinq avaient des enfants. Curieuse sociologie pour un "peuple".

    On ne songea pas plus à enterrer les vainqueurs que les vaincus.
    La liste définitive des vainqueurs de la Bastille porte 863 noms. A vrai dire, la confection de cette liste fut assez laborieuse. Plusieurs "vainqueurs" avaient déjà été pendus du fait de leurs débordements, et les autres ne souhaitaient pas forcément être connus.
    Quand on sut que les héros bénéficieraient de médailles et de pensions, plusieurs centaines de personnes restées jusqu'alors dans un modeste anonymat se persuadèrent être allés, elles aussi, en première ligne.
    Une voyageuse anglaise, Miss Helena Williams, raconte que tous les Parisiens qui viennent en province racontent être monté à l'assaut de la Bastille ; la plupart d'entre eux avaient même pris au collet le gouverneur.
    Les vainqueurs de la Bastille, de fiers républicains ! Sous l'Empire, les vainqueurs de la Bastille tentent de se faire décorer de la légion d'honneur en bloc.
    Ils sont encore là à quémander des pensions jusqu'en 1833, puis de nouveau en 1848 (59 ans après).
    Démolition de La Bastille.   Elle fut attribuée (d'abord par lui-même) au citoyen Palloy.   Avec les pierres, notre entrepreneur fabriqua en série des « petites bastilles » qu’il vendait en province en les recommandant à la vénération des gogos.
    Pendant les fêtes civiques, ces bibelots sacrés étaient exposés à la ferveur du public.
    Avec les chaînes des prisonniers, Palloy fit fabriquer des médailles patriotiques.
    Pour la clientèle riche, il fabriqua des bijoux avec les célèbres pierres. Madame de Genlis, successivement maîtresse du Duc d’Orléans puis d’une brochette de meneurs révolutionnaires, portait au cou un pendentif en pierre de la Bastille, sur lequel étaient incrusté des diamants qui composaient le mot Liberté.

    Sous la Restauration, le citoyen Palloy, devenu Monsieur Palloy, se fit royaliste et sollicita d’être décoré de l’Ordre du Lys.
    Il le fût.
    Medaille Palloy1
    Médaille Palloy représentant le roi Louis XVI.
    Palloy en offrit une à chacun des ministres, Duport, De Narbonne, Bertrand, Delessard, Cahier et Tarbé.
    Medaille Palloy2
    Médaille Palloy représentant Palloy lui-même, dit "Le patriote".
    C'est finalement plus valorisant et moins dangereux de couler des médailles à sa propre effigie.


    Sources utiles mais non exhaustives :
    F. Funck Brentano, Les secrets de la Bastille tirés de ses archives, Ed Flammarion, 1932
    F. Funck-Brentano, Scènes et tableaux de la Révolution, Ed. Gautier-Languereau, 1934
    A. Soboul, Les Sans-culottes parisiens de l'an II, Ed Seuil, 1968
    G. Michaud, Les médailles de Pierre-François Palloy sous la révolution dans Numismatique & Change, N° 364, Octobre 2005

     

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    AFFAIRE de substitution de Madame ROYALE

    et Mademoiselle ERNESTINE LAMBRIQUET....

     

     

    J’en reviens à l’affaire Madame Royale, la Duchesse d’Angoulême, Lambriquet.
    Le départ de cette affaire Lambriquet a été donné par Frédéric de Saxe-Altembourg dans son livre « l’énigme de Madame Royale » en 1954.

     

    Cet écrivain a découvert l’histoire de Philippine Lambriquet surnommée Ernestine par Marie Antoinette dans le livre de Montjoye publié en 1797 dont je donne ci dessous un passage :


    «Comme l’avoit voulu la reine, les sous gouvernantes la (la=Ernestine) reçurent et son éducation fut soignée comme dans le palais même du roi.

      

    Mais, après la mort de la généreuse princesse ( Pourquoi Montjoye emploie t il le mot princesse pour désigner le reine ?) qui vouloit être appelée sa mère, elle quitta cet asile.

     

    Elle fut réclamée, m’a-t-on dit, par sa mère à qui en effet on ne pouvoit guère la refuser.

    Elle entra dans la boutique d’une lingère de la rue Saint-Denis, où je la crois encore aujourd’hui. »

     

     

     


    Ici encore cet écrivain n’a pas fait de vérification. On lui a dit qu’elle fut réclamée par sa mère or la mère de Philippine Lambriquet , Marie Philippine Noirot épouse de Jacques Lambriquet est décédée le 30 avril 1788 à Versailles bien avant le décès de Marie Antoinette.

     

    D’ailleurs un inventaire après décès est établi le 26/6/1788 et le 9/11/1788 une pension de 1200 livres est octroyée à Marie Philippine alias Ernestine avec effet du 1er avril en considération des services rendues par sa mère femme de chambre de Madame Royale.

     

     

     

     

     


    Et puis cet écrivain ne s’est même pas assuré d’aller voir Rue St Denis si ce qu’on luit a dit était vrai.. Donc méfions nous de certains témoignages.
     

    Maintenant suivons ensemble à partir de 1788 d’après les actes officiels les enfants du couple Lambriquet-Noirot :
     

    Le 26/6/1788 par acte notarié chez Maître Fourchy notaire à Paris et par Maître Poiret huissier est établi l’inventaire après décès de Marie Philippine Noirot épouse Lambriquet.

     

    Dans cet acte les héritiers mineurs sont Marie Philippine et Augustin Louis Lambriquet. Pourquoi le père aurait il caché un autre enfant pour hériter de sa mère ?

     

    Lui ou d’autres auraient ils eu des dons de voyance (la Révolution n’ayant pas encore eu lieu) pour savoir qu’un échange aurait été effectué après pour qu’une substitution ait lieu entre Madame Royale et un enfant du couple?.

     

     

      

     

    Cela relève du roman .
     

    En 1790 a lieu à Versailles un recensement( d’ailleurs c’est le premier plus ancien recensement nominatif que je connaisse pour la France)

    Eh bien au 90 de la Rue Royale paroisse St Louis habitent Mr Lambriquet garçon de Chambre de Monsieur avec 2 enfants encore à sa charge et 2 domestiques.
     

     

    En 1792 a lieu un autre recensement plus complet à Versailles et voici ce qu’on voit pour le N° 90 de la rue Royale sur la paroisse St Louis :

     

     

      

      

    Jacques Lambriquet 52 ans natif d’Alquines habitant Versailles depuis 25 ans garçon de la Chambre de frère du roi,

    Auguste Louis son fils âgé de 10 ans,

    sa fille Marie Philippine âgée de 13 ans,

     

    Marie Jeanne Cauville âgée de 76 ans d’Alquines depuis 4 ans à Versailles et Gallet Elisabeth Marie 20 ans de Vernaux depuis 2 ans ½.
     

    Donc le père étant veuf en 1788 (étant trop pris par ses fonctions à la Cour) a fait appel à sa tante d’Alquines dans le Pas de Calais pour élever ses 2 enfants.

     

     

      

     

     

    Puis sa tante étant trop âgée il demande l’aide d’une cuisinière de 20 ans

    (Vernaux près de Luzenac se trouve dans l’Ariège)
     

      

    Puis les barbares sanguinaires sans cœur

    ne croyant pas à Dieu guillotinent

    le père le 27 Messidor an II(15/7/1794)

    comme ils l’ont fait avec Louis XVI

      

    et Marie Antoinette rendant ainsi maintenant les deux enfants totalement orphelins comme Louis XVII et Marie Thérèse Charlotte
     

     

     

     

    Suite à la mort de leur père a lieu le 26 thermidor an II (16/8/1794) à Versailles devant Antoine Louis Rauté juge de paix un conseil de famille et là aussi on ne voit figurer que Auguste et Marie Philippine
     

      

    Le 7 décembre 1810 Marie Philippine se marie par contrat passé

    chez Maîtres Maisne et Robin à Paris

    avec Jean Charles Germain Prenpain
     

    Le 29 décembre 1813 Marie Philippine Lambriquet alias Ernestine la compagne

    d’enfance de Madame Royale décède à Passy.

     

    Parmi les enfants Lambriquet il n’y avait que Marie Philippine qui avait été élevée à la cour avec Madame Royale et les autres enfants

    comme Monsieur Crépin en a fait part au Cercle Louis XVII

    sont décédés avant .

     

    Mme de Rasky avait aussi repris cette hypothèse de substitution.


    Donc merci d’enterrer une fois pour toute cette affaire de substitution avec une fille Lambriquet.


    La vérité, que la vérité rien que la vérité et surtout pas de roman.

     

    sources

    D.R

    Fin_de_texte

     

     

     

     

     

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  •  

    Comtesse des Ténèbres

     

    L'énigme de la "Comtesse des Ténèbres" est liée à

    Marie-Thérèse de France, fille aînée de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

      

    Marie-Thérèse fut remise le 26 décembre 1795 au gouvernement autrichien en échange de prisonniers français, avant d'épouser

    son cousin Louis-Antoine, duc d'Angoulême.

     

     

      

    Duchesse d'Angoulême, Reine de France  (pendant quelques minutes, en 1830), Comtesse de Marnes, elle vécut en exil à Frohsdorf jusqu'à sa mort, se consacrant à l'éducation de son neveu Henri V de France, Comte de Chambord.

     

     (Ausschnitt) "Le Tapis Vert au moment de l´abattage des arbres", in den Gärten von Versailles - im Vordergrund: Louis XVI. und Marie Antoinette (Winter 1774/75, Hubert Robert)

      

    L'identité de Marie-Thérèse et de la duchesse d'Angoulème est cependant discutée.

    Dès le XIXe siècle, dans les familles souveraines d'Allemagne, apparaît la rumeur selon laquelle une substitution aurait permis à Marie-Thérèse de se retirer du monde, tandis qu'une autre personne aurait pris sa place auprès de Louis XVIII et au sein de la famille royale.

      

      

    Marie-Thérèse aurait été placée sous la protection d'un diplomate hollandais, Leonardus Van der Valck dit Comte Vavel de Versay et aurait vécu en sa compagnie, sous le surnom de "Comtesse des Ténèbres", tout d'abord à Hildburghausen, puis au château d'Eishausen dans

    le duché de Saxe-Meiningen jusqu'à sa mort en 1837.

      

    Si de nombreux éléments viennent accréditer cette thèse, défendue par certains historiens, l'énigme n'a toujours pas, à ce jour, été résolue.

     

      

    Le mystère d'Hildburghausen :

    En 1803 apparaît en Allemagne un couple étrange :

    l'homme se fait appeler "Comte Vavel de Versay" et n'est pas allemand (il s'agit en réalité d'un hollandais du nom de Leonardus Cornélius Van der Valck,

    né le 22 septembre 1769 à Amsterdam, fils d'Adianus Van der Valck et

    de Maria Johanna van Moorsel, il est secrétaire à l'ambassade de Hollande à Paris de juillet 1798 à avril 1799);

    la femme est totalement vêtue de noir, le visage dissimulé d'un épais voile noir, son compagnon et son cocher (nommé Scharre) lui témoignent un immense respect.

    La femme de chambre engagée, une certaine Fredericka, affirmera plus tard que le linge de la "dame" était brodé de fleurs de lys.

      

    Sa tenue vestimentaire (vêtements noirs, voiles noirs, gants noirs) lui vaut (aujourd'hui encore) le surnom de Comtesse des Ténèbres (Dunkelgräfin).

     

     

    Résidences itinérantes (179?-1807)

    En juin 1803, le couple arrive à Ingelfingen, petite principauté des princes de Hohenlohe située dans le royaume de Wurtemberg auquel elle fut plus tard incorporée (des recherches menées par les historiens ont établi que le Comte était très lié à la famille Hohenlohe-Bartenstein).

      

    Il reçoit un abondant courrier, entretenant notamment une correspondance nourrie avec la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, maîtresse du duc d'Enghien, qui demeure à Ettenheim, dans le duché de Bade.

     

    Le 17 mars 1804, au lendemain de l'arrestation du duc d'Enghien, le couple quitte précipitement Ingelfingen puis se réfugie en Wurtemberg.

      

    Le comte et la "dame" résideront quelque temps à Gerlingen, non loin de Stuttgart.

    En 1806, le couple séjourne dans un château isolé près de Leyde, en Hollande.

     

     

     

    Résidence à Hildburghausen (1807-1845)

    Le 7 février 1807, le mystérieux couple s'installe à Hildburghausen, en Thuringe, où il bénéficie de la protection des souverains locaux,

    le duc Frédéric Ier de Saxe-Hildburghausen et son épouse, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz (elle-même amie d'enfance de Marie-Antoinette).

      

    La duchesse Charlotte s'intéresse personnellement au couple, facilitant leur logement successivement chez divers notables de la ville (Hotel d'Angleterre, pavillon ducal, maison Radefeld).

    La vie quotidienne du couple est organisée autour de la protection de la dame :

    nul ne doit l'approcher, ni tenter de voir son visage qu'elle dissimule sous d'épais voiles noirs.

      

    La cuisinière, Johanna Weber (qui sera renvoyée en 1835, pour avoir tenté d'introduire son fils au château), se voit interdire l'accès aux pièces de la maison autres que la cuisine.

      

    Le couple effectue de nombreuses promenades en voiture.

     

    Installation à Eishausen :

    En 1810, la couronne d'Hildburghausen hérite des biens du baron de Hessberg, parmi lesquels figure le château d'Eishausen, situé à 7 kilomètres d'Hildburghausen.

     

    Le 14 octobre 1810, ce château est loué, par l'administration des Domaines, au sénateur Andreae qui le sous-loue au Comte Vavel de Versay.

     

      

    Le bail du château sera renouvelé chaque année jusqu'à la mort du "comte" en 1845, avec l'autorisation des souverains successifs.

    Ce château est alors vendu, par l'administration des Domaines, au conseiller Andrae qui le loue ensuite au Comte Vavel de Versay.

    Le château ressemblait aux propriétés seigneuriales : une grande maison à trois niveaux, un bloc carré et massif auquel on pénètre par deux perrons. Il était situé près de la grand-route de Cobourg, au-delà de la rivière Rodach, à l'extrémité du village ; une allée de marronniers (qui existe encore) menait du château au presbytère.

    En 1873, lors de sa démolition, on découvrira un souterrain partant des caves du château et aboutissant à un bois, situé non loin de là ... Ce souterrain (qui fut bouché lors des travaux de démolition) aurait permis à la famille ducale d'Hildburghausen de rendre anonymement visite au couple.

      

      

    Le couple résidera définitivement à Eishausen, pratiquement coupé du monde, et selon un train de vie princier (vins de grands crus, liqueurs, toilettes de Paris, agneau pascal, légumes de Bamberg).

    La dame loge au second étage du château, dans un appartement donnant à l'Est et au Sud tandis que le comte loge dans un autre appartement, ouvrant au Nord et au Sud ; elle ne sort presque jamais, sauf pour se promener dans le parc du château.

      

      

    En 1826, suite à la réorganisation des duchés saxons, le duché d'Hildburghausen est incorporé au duché de Saxe-Meiningen : les nouvelles autorités reprendront à leur compte les mêmes mesures de protection envers le Comte Vavel de Versay et sa compagne que celles prises précédemment

    (ils s'abstiennent, notamment, de vérifier leurs papiers).

      

      

    Décès de la Dunkelgrafin

    La dame décède le 28 novembre 1837, au château d'Eishausen.

    Elle est inhumée (civilement) le soir même au Jardin de la Montagne, petite colline surplombant Hildburghausen.

     

      

      

    La cause de son décès est inconnue.

    La tombe sera ouverte le 8 juillet 1891 et les restes seront identifiés comme étant ceux d'une femme.

    Le docteur Lommler, chargé d'établir le certificat de décès, affirma que la défunte devait avoir une soixantaine d'années et que son visage présentait une ressemblance frappante avec celui de la reine Marie-Antoinette.

     

      

      

    Grâce à une discrète intervention

    du duc Bernard Erich de Saxe-Meiningen-Hildburghausen, l'ensemble des biens de la succession (principalement des effets vestimentaires)

    fut remis au Comte Vavel de Versay.

      

      

      

      

    Décès du Dunkelgraf

    Le comte Vavel de Versay décède le 8 avril 1845 et est inhumé au cimetière d'Eishausen.

    L'examen de ses papiers personnels, après son décès, révèlera l'identité de la "dame" : Sophie Botta, 58 ans, célibataire, originaire de Westphalie ;

    en dépit des minutieuses recherches effectuées par les historiens français et allemands, il ne fut retrouvé aucune trace de Sophie Botta dans les registres de Westphalie.

     
      
    Une affaire d'identité 

    Le mystère d'Hildburghausen repose sur une question essentielle :

    Qui était cette dame ?

    et pourquoi fut-elle volontairement recluse loin du monde dans ces conditions ?

      

      

    Les historiens qui ont étudié l'affaire tiennent pour acquis les éléments suivants :

    • l'énigme de Hildburghausen consiste en un secret de très grande importance et qui devait être gardé à tout prix ;
    • l'objet de ce secret était la dame qui était née vers 1778 ;
    • le couple ducal de Hildburghausen connaissait l'identité de l'étrangère et savait par conséquent les raisons de sa retraite ;
    • la dame n'était pas séquestrée contre sa volonté par son compagnon ;
    • les moyens employés pour garder ce secret sont si extraordinaires que l'importance en est soulignée.

      

      

    Hypothèses

    Sophie Botta : tel fut le nom donné par le comte Vavel de Versay au décès de la dame.

    Malgré des recherches approfondies, il ne fut trouvé nulle trace d'une telle personne dans les registres de Westphalie.

    Aucune famille de Westphalie n'a d'ailleurs jamais porté ce nom.

    Agnès Berthélémy : elle était la maîtresse de Van der Valck lors de son séjour à Paris.

      

    Une princesse de Condé : cette identité fut révélée par la reine Marie de Hanovre, (fille de Joseph Ier de Saxe-Altenbourg, petite-fille de Frédéric Ier de Saxe-Hildburghausen et de Charlotte de Mecklembourg-Strelitz) à sa dame de compagnie, Mme von Heimbruch.

      

      

    Marie-Thérèse de France, Comtesse des Ténèbres ?

      

    Faits et présomptions :

    Selon certains historiens, plusieurs éléments tendent à accréditer la thèse selon laquelle cette mystérieuse femme serait Marie-Thérèse de France,

    fille de Louis XVI :

    • physiquement, malgré l'épais voile noir qui le dissimulait, le visage de la Comtesse fut aperçu à deux reprises, outre le fait qu'il fut exposé au regard de ceux qui assistèrent à ses obsèques.

     

    • Tous ceux qui le virent, et qui furent ultérieurement mis en présence de portraits de la Reine Marie-Antoinette ou de portraits de Marie-Thérèse peints avant 1795, jurèrent de bonne foi qu'ils reconnaissaient, en ces deux femmes, les traits de la mystérieuse Comtesse.

     

    Les faits physiologiques sont en effet particulièrement troublants :

    autant Marie-Thérèse et la Comtesse des Ténèbres présentaient de grandes similitudes physiologiques avec Marie-Antoinette, autant la duchesse d'Angoulême ressemblait indubitablement à Louis XVI et ne présentait aucune des caractéristiques physiques de Marie-Antoinette.

     

     

     

     

    • psychologiquement, la duchesse d'Angoulême adoptera, sous la Restauration, une attitude qui ne sera pas sans rebuter tous les anciens familiers de Versailles : rejetant systématiquement tout souvenir de Marie-Antoinette (dont elle refusera d'honorer la mémoire), elle exclut systématiquement de la Cour et de son entourage toutes les personnes qui, avant la Révolution, avaient fréquenté la famille royale.

     

     

    • Son caractère s'inscrira en contradiction avec tous les principes d'éducation et de bonté inculqués par Louis XVI et Marie-Antoinette à leurs enfants.

     

    De nombreux graphologues ont comparé les lettres écrites

     

    par Marie-Thérèse pendant sa captivité au Temple, avec celles écrites ultérieurement par la duchesse d'Angoulême et ont conclu que ces lettres ne pouvaient émaner de la même personne.

     

    • matériellement, de nombreux éléments de la vie de la Comtesse, à Eishausen, indiquent son appartenance à une famille royale, voire sa proximité avec la famille de Bourbon :

     

    • linge marqué de fleurs de lys, train de vie particulièrement élevé, et surtout protection systématique et pointilleuse des autorités
    • (d'abord, de la part de la famille ducale de Saxe-Hildburghausen puis, à partir de 1826, de la part de la famille grand-ducale de Saxe-Meiningen-Hildburghausen).

     

    Un certain nombre d'éléments semblent donc indiquer que la duchesse d'Angoulême ne pouvait, ni physiquement ni psychologiquement,

    être Marie-Thérèse de France ; en revanche, de lourdes présomptions pèsent sur l'identité de personnes entre cette dernière et la Comtesse des Ténèbres.

     

    Ces présomptions sont accentuées par le contenu des correspondances entre les diverses maisons régnantes d'Allemagne (Saxe-Meiningen-Hildburghausen,

    Saxe-Altenbourg, Mecklembourg-Schwerin, Wurtemberg, Hanovre), la plupart de ces familles étant convaincues que la "Comtesse des Ténèbres" était la fille légitime de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

     

     

     

    Si tous les documents ont été détruits avec soin, c'est que la révélation de la vérité aurait risqué de bouleverser l'Europe, en contrecarrant de trop grands intérêts.

    Cette position fut également confirmée par les descendants naturels du duc de Berry, fils de Charles X.

     

    Substitution de personnes ?

    L'identité de Marie-Thérèse de France et de la Comtesse des Ténèbres ne peut se fonder que sur une substitution de personnes : avant d'être remise à l'Autriche en échange de prisonniers français, le 26 décembre 1795, Marie-Thérèse de France se serait vu substituer une autre personne, qui aurait alors pris sa place à la Cour d'Autriche, puis au sein de la famille royale de France.

      

      

    Ernestine Lambriquet.

    Le Registre des Enfants de France indique qu'une certaine Ernestine Lambriquet a été élevée avec Marie-Thérèse :

     

    les deux fillettes, nées à quelques mois d'intervalles, sont élevées comme des jumelles ; en toutes circonstances, Ernestine est aux côtés de Marie-Thérèse et bénéficie du même train de vie et des mêmes dépenses (pension, robes, appartement, éducation) que la princesse.

     

      

      

    Fille de Jean Lambriquet (guillotiné en 1793), valet de chambre

    de Madame France (1764-1794) Élisabeth de France, sœur de Louis XVI, Ernestine Lambriquet est très certainement une fille naturelle de Louis XVI et

    de Marie-Philippine Lambriquet : opéré de son phimosis Louis XVI aurait (avec l'accord de son épouse), effectué un essai qui aurait permis de constater qu'il n'était ni impuissant ni stérile ...

     

      

    Les Archives nationales témoignent ainsi que

    Marie-Philippine Lambriquet recevra une pension annuelle, laquelle sera à sa mort reversée à sa fille.

     

    C'est Ernestine Lambriquet qui aurait été

    substituée à Marie-Thérèse de France, avant l'échange de Huningue, et serait devenue duchesse d'Angoulême.

     

     

    Louis XVIII et Charles X auraient été, bien entendu, informés et auraient joué le jeu (ce qui explique pourquoi la fausse Marie-Thérèse aurait été mariée à son cousin Louis-Antoine, futur Louis XIX, lequel était en outre incapable de procréer).

     

    Les raisons de la substitution sont aujourd'hui encore inconnues.

     

    Selon certains, Marie-Thérèse aurait voulu se retrancher du monde pour vivre dans le souvenir de ses parents.

      

    On peut également envisager une forme de neurasthénie plus ou moins aigüe, un délabrement nerveux, ou encore un déséquilibre psychologique grave, consécutif aux graves traumatismes subis pendant ses années d'emprisonnement et de terreur, vécus, rappelons le, en pleine adolescence.

    Selon d'autres, elle aurait été écartée du monde pour que l'on puisse s'assurer de son silence quant à l'évasion de Louis XVII.

      

    La sœur de Marie-Thérèse se prénommait Sophie, et mourut en bas âge, de là découlerait probablement le prénom de la Comtesse des Ténèbres.

     

    Commentaires actuels :

    Divers éléments viennent cependant réfuter la thèse de la substitution de personnes et écarter l'hypothèse selon laquelle la Comtesse des Ténèbres et Madame Royale ne seraient qu'une seule et même personne :

    a) Isabelle d'Orléans Bragance, comtesse de Paris écrit ainsi que :

    "Ah, qu'il est tentant de rêver à de si romanesques histoires! Les heures sombres de la Révolution en sont nourries et le siècle suivant en a vu naître, particulièrement sur la famille royale.

     

    Mais j'ai effectivement entendu parler de cette comtesse des Ténèbres, à l'intitulé délicieusement mystérieux !

     

     

      

    Voici mon avis puisque vous me le demandez.

    L'on a beaucoup parlé d'un manque de ressemblance entre Madame Royale et la duchesse d'Angoulême.

    Mais vous savez comme moi que les portraits de l'époque étaient volontiers flatteurs et peu objectifs, alors les portraits d'une enfant...

     

    De même, l'écriture se modifie avec l'âge.

    Voyez la mienne aujourd'hui, ce n'est plus celle de la jeune fille que j'étais.

    Je ne fais personnellement que peu de cas de cette prétendue fille illégitime de Louis XVI dont on a également parlé, inutile de revenir sur les difficultés qu'a connues son couple pour lui infliger de surcroît des aventures extra-conjugales! Mais au-delà de ces considérations anecdotiques,

    pensez-vous un instant que la famille royale permette à une intrigante d'épouser le futur héritier du trône?

      

    Dans quel but une telle substitution, un tel risque?

      

    Madame Royale a connu un destin tragique qui lui a modelé une personnalité plus ombrageuse - on parlerait aujourd'hui de dépression- mais il est faux de dire qu'elle n'a jamais honoré la mémoire de ses parents.

    Cette épouse vertueuse et pieuse a simplement gardé un voile pudique sur les heures noires qu'elle a connues.

      

    Quant à cette dame vêtue de noir, son accoutrement devait avoir une raison qui nous échappe peut-être aujourd'hui : une blessure au visage... ou un goût certain pour le romanesque.

    Comme vous le mentionnez, les soi-disant documents qui nous auraient apportés une preuve irréfutable de cette substitution ont été malencontreusement détruits!

    Quel dommage... (et quelle coïncidence) !

      

    Nombre d'ouvrages ont été écrits sur ce sujet, je vous en recommande la lecture car ils sont parfois fort bien documentés, sur le contexte historique du moins."

     

    b) Le comte de Fersen confirme et reconnaît

    bien Marie Thérèse comme la fille de Louis XVI

    et Marie Antoinette ;

     

    c) Monsieur Hue, fidèle serviteur de la famille royale confirma également l'identité de Marie Thérèse, de même que Pauline de Tourzel, amie d'enfance et sa mère , Mme de Tourzel, ancienne gouvernante royale à Versailles qui suivirent la famille royale de Versailles aux Tuileries ;

     

    d) L'attitude de la duchesse d'Angoulême sous le consulat et le Premier Empire confirme son éducation royale.

     

    Une correspondance importante avec les différentes cours européennes mais aussi membres de la famille Royale atteste de l'importance du rôle de la "Nouvelle Antigone" dans la politique de retour au trône des Bourbons.

     

    Tant son rôle mais aussi sa stratégie politique sous la restauration prouve l'origine de sa naissance.

      

    Pour des raisons politiques et d'expansion de la sphère d'influence de l'Autriche, l'Empereur Franz II souhaitait marier l'Archiduc Karl avec sa cousine Marie Thérèse et l'Empereur, bien informé, aurait sans nul doute refusé un tel mariage ;

     

    e) l'hypothèse selon laquelle Ernestine Lambriquet serait la fille de Louis XVI et de Marie-Philipine Lambriquet, choisie pour "tester" le bon résultat de l'opération du phimosis du roi, se heurte à un obstacle de taille :

    contrairement à une légende tenace, Louis XVI n'a jamais été opéré d'un phimosis, pour la bonne raison qu'il n'en était pas atteint.

      

    L'historienne Simone Bertière a définitivement prouvé le fait dans

    son "Marie-Antoinette, l'insoumise"...

    Le pieux Louis XVI n'avait donc aucune raison d'entreprendre une brève relation extra-conjugale de ce genre, ni de donner naissance à une quelconque fille naturelle.

     

    Ces arguments laissent toutefois sans réponse la question de la véritable identité de la Comtesse des Ténèbres

     

     

     

    WIKIPEDIA

    Sources

    D.R.

    http://dona.centerblog.net/30-

     

     

     

     

     

     

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      Cimetière des Errancis  - CIMETIERE REVOLUTIONNAIRE

      

    On y inhuma les 943 personnes décapitées place de la Révolution entre le 25 mars et le 09 juin 1794, puis ultérieurement les 176 personnes qui le furent entre les 11 et 28 thermidor an II (juillet 1794).

    Les figures les plus connues de la Révolution y furent donc inhumées :

    Danton, Camille Desmoulins, Lavoisier, Madame Elisabeth, Robespierre,

    Saint-Just pour n’en citer que quelques uns.

    Il continua à servir sous le Directoire (on y inhuma Fouquier-Tinville et le cordonnier Simon).

    En août 1796, il fut affecté aux inhumations de la population des quatre premiers arrondissements de la rive droite en remplacement du cimetière de la rue Pigalle. Il fut finalement fermé le 23 avril 1797.

    Un bal (la Chaumière) s’installa en son emplacement.

    En 1817, Louis XVIII entreprit en vain des fouilles pour retrouver sa soeur.

     

    Entre 1844 et 1859, lors de la construction du boulevard de Courcelles, on transporta aux Catacombes le grand nombre de squelettes que l’on y retrouva.

    Il fut finalement lôti.

    Aujourd’hui, une simple plaque rue Monceau rappelle son souvenir.

     

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    Cimetière des Errancis

     

    Le cimetière des Errancis, également appelé cimetière de Monceau ou cimetière de Mousseaux, est un ancien cimetière parisien de la période révolutionnaire.

    Il tire son nom d’un lieu-dit qui signifiait « les estropiés ».

    Il était l'un des quatre cimetières du Paris de la Révolution à avoir reçu des corps suppliciés par la guillotine

      

    Historique

    À la fin du XVIIIe siècle, vers le haut de la rue du Rocher,

    entre l'enceinte des Fermiers généraux, dont le tracé est aujourd'hui marqué

    par le boulevard de Courcelles et la rue de Valois-du-Roule,

    aujourd'hui rue de Monceau, un terrain vague s'étendait de la rue du Rocher jusqu'à la Folie de Chartres,

    aujourd'hui parc Monceau.

      

    Il servit en 1794 de lieu d'inhumation ordinaire, du 5 au 25 mars, puis de lieu d'inhumation pour 1 119 personnes guillotinées pendant la Révolution française, du 25 mars au 10 juin.

    C'est là que fut ensevelie Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, le 10 mai 1794.

    À l'entrée du cimetière se trouvait un panneau sur lequel était marqué

    « Dormir, enfin ».

    Un bal s'y installa au début du XIXe siècle jusqu'à ce

    que le prolongement de la rue de Miromesnil et le percement du boulevard Malesherbes viennent morceler le terrain.

      

    Les ossements retrouvés à l'occasion des travaux furent transportés pêle-mêle aux catacombes de Paris.

      

    Contrairement à ce qui a été fait pour le cimetière de la Madeleine, l'autre grand cimetière révolutionnaire, il n'y a pas de plaque dans les Catacombes de Paris pour commémorer le lieu exact des ossements transférés du cimetière des Errancis.

     

      

    La tradition dit que les victimes tronquées amenées là avaient été dépouillées de tout objet personnel au greffe du Tribunal révolutionnaire.

    Il restait encore un pourboire pour les fossoyeurs.

      

    On leur avait ôté la vie mais ce n'était pas encore fini.

      

    Nous citons :

      

    « C’est dans ce cimetière que les corps étaient entièrement déshabillés avant d’être déposés dans une fosse commune de dix/douze personnes ventre contre terre et inversés, les têtes servant à boucher les trous.

    Pas gai mais c’est la vérité. »

     

    — « Reine Claude » op. cit. Cimetière des Errancis,

      

    Cimetière des Errancis

    L'absence de restes de vêtements rendait les ossements impossibles à identifier avec les moyens de l'époque de Louis XVIII, lorsque les fosses furent fouillées.

     

     

    Liste des personnalités inhumées

    Furent inhumés, entre juillet 1793 et mai 1795 :

      

     

     

     

     

     

     

     

     

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