• 21 janvier 1793 : le bourreau espère l'évasion de Louis XVI

      

    21 janvier 1793 : le bourreau espère l'évasion de Louis XVI

     

    Sanson, bourreau qui donna la mort à
    Louis XVI tout en espérant
    la réussite d’un complot d’évasion

    (D’après « Le Gaulois », n° du 21 janvier 1893)

     

    Grand fournisseur de nouvelles pour diverses gazettes parisiennes, le journaliste Ange Pitou eut l’idée, le jour même de la décapitation de Louis XVI, d’aller entretenir le bourreau Sanson.

      

    Pitou s’engageant à n’en faire usage que plus tard, l’exécuteur des hautes œuvres lui confie avoir été horrifié par la condamnation ainsi que la mort du roi, et avoir espéré, jusqu’au moment fatal, qu’une opération d’évasion serait couronnée de succès

    C’est l’âme à jamais ulcérée que j’ai dû procéder à l’exécution de Louis XVI.

      

    Révolutionnaire à l’origine, l’injustice des accusations portées contre le Roi a contribué plus que tout autre chose à me faire revenir de mon illusion.

      

    La perfidie des accusations portées contre Louis XVI, l’oubli volontaire des plus simples formes juridiques n’ont montré que trop que sa perte était résolue d’avance.

    Quel égarement aveuglait donc cette assemblée pour qu’elle imputât à Louis XVI jusqu’aux attentats dirigés contre lui ?

    Lorsque je connus l’issue de cet affreux et inique procès, je fus atterré ; je fus sur le point de m’évanouir lorsqu’on me présenta le papier, l’ordre de faire dresser l’échafaud dans la nuit et d’y attendre le condamné à partir de huit heures du matin.

     

     

    Le dernier moment de la vie du roi Louis XVI, d’après Charles Benazech

     

    Je reçus presque en même temps diverses lettres, la plupart sans signature, dans lesquelles on m’avertissait que toutes les mesures étaient prises pour la délivrance du Roi pendant le trajet du Temple et place de la Révolution, et qu’à la moindre résistance que je ferais, je serais percé de mille coups.

    D’autres lettres m’adjuraient de me joindre aux libérateurs du Roi, de traîner l’exécution en longueur, pour donner le temps à des hommes bien déterminés, qui devaient se trouver dans la foule, de rompre les rangs de la milice et d’enlever le Roi de dessus l’échafaud.

      

    Je l’avoue, ce dernier moyen ne me semblait ni impossible ni même improbable, et c’était le seul qui me laissât une lueur d’espoir. Je vous étonnerai bien, mon cher Pitou, en vous disant jusqu’où est allé le dévouement de certains royalistes pour le royal martyr.

      

      

    La veille de l’exécution, un jeune homme est venu s’offrir à mourir à sa place, si l’on pouvait lui procurer des habits exactement semblables à ceux du Roi, de manière à ce qu’une substitution pût s’opérer sur l’échafaud sans que la foule s’en aperçût.

      

    Une foule d’autres projets, non moins chimériques, me furent confiés. Mon fils faisait partie d’un des bataillons de garde nationale chargés d’assister à l’exécution. Il était parfaitement résolu à se joindre à ceux qui essaieraient de sauver le Roi.

    La foule était si grande dans les rues, qu’il était déjà plus de huit heures lorsque nous arrivâmes place de la Révolution.

     

     

    Gros et Barré, mes aides, avaient fait monter la machine, et c’est à peine si je l’examinai, tant je pensais qu’elle ne servirait point.

      

    Mes frères et moi, nous étions solidement armés : nous avions, sous nos houppelandes, outre nos épées, des couteaux-poignards, quatre pistolets passés dans notre ceinturon, une boîte à poudre et nos poches pleines de balles.

      

    Nous pensions qu’on ferait une tentative pour délivrer le malheureux prince et que nous ne saurions être munis de trop de moyens pour lui livrer un passage.

    Aussitôt arrivé sur la place, j’ai cherché des yeux mon fils et je l’ai aperçu, à peu de distance de moi, avec son bataillon.

      

    Il me regardait d’un air d’intelligence et paraissait m’encourager en me flattant de l’espoir que, cette fois, je ne boirais pas le calice jusqu’à la lie.

      

    Je prêtais une oreille inquiète pour entendre quelque bruit qui fût l’indice d’une de ces tentatives que l’on m’avait annoncées la veille.

    De temps à autre, mes yeux plongeaient avec anxiété du côté des boulevards.

      

    Tout à coup, je vois déboucher un corps de cavalerie, et, peu après, une berline attelée de deux chevaux, entourée d’une double haie de cavaliers. Plus de doute possible, plus d’illusions, c’est le Roi-Martyr qui s’avance.

      

    Ma vue se trouble, un frémissement s’empare de moi. Le Roi descend, puis il gravit les marches de l’échafaud. Hélas ! j’ai fait mon devoir.

      

    Le Roi est mort, mais ce n’est pas moi qui l’ai tué.

      

    Oh ! pourquoi n’a-t-on pu le délivrer, j’aurais donné mon sang pour ne pas répandre le sien ! Il est mort en Roi, en héros, en saint.

    Son auguste image ne s’effacera jamais de ma mémoire. »

      

      

    Source :

    http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article5609

     

     

     

     

     

     

     

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