• Au JARDIN des MODES... au XVIIIè siècle

     

    A la reine de France. 4 octobre 1779
    Feuille imprimée et manuscrite (facture sur le recto).  

     

     

    A l'image Saint-Jacques. 9 juin 1780
    Feuille imprimée et manuscrite (facture sur le recto verso). 

     

    Il ne faut pas minimiser l'importance des pratiques vestimentaires de la noblesse. Elles apprennent beaucoup sur le fonctionnement des codes sociaux. Le vêtement est le fidèle reflet des hiérarchies sociales. La noblesse est un acheteur de premier ordre, elle a un rôle moteur dans l'économie et plus spécialement dans les échanges urbains.

    Elle anime la construction, le développement des commerces, par de nombreuses dépenses de prestige dictées par la nécessité de tenir et de marquer son rang. Le vêtir nobiliaire entraîne avec lui toute une économie de luxe, avec en amont la fabrication et en aval la commercialisation : la noblesse est la première cliente de la mode. Et ce ne sont pas les factures de Madame de Bercy (documents 11 à 18) qui vont contredire cette affirmation.

    Madame de Bercy est noble mais est également une femme, ce qui est important, quoique la mode masculine atteigne au XVIIIe siècle un raffinement jamais égalé. La femme pour tenir son rang doit porter un soin attentif aux artifices de la mode. Une femme dépense pour cela deux fois plus que son mari. On se laisse de plus en plus séduire par le superflu.                  

    Emilie du Châtelet n'était pas indifférente à ce "superflu" si veut en croire le surnom que lui avait donné Voltaire "Pompon Newton". A cette époque, « Pompon » est le terme générique que les femmes emploient pour parler des ornements de peu de valeur qu'elles ajoutent à leur coiffure.
    Nombre de métiers répondent à cette demande. Parmi lesquels les merciers et les marchandes de modes. Au Moyen-Âge, on disait des merciers : "Merciers, marchands de tout, faiseurs de rien". Si au début chaque artisan vendait ses produits, il fallut rapidement quelqu'un pour rassembler les marchandises les plus diverses afin de les mettre à la disposition des acheteurs. C'est le rôle des merciers qui réuniraient aujourd'hui nos décorateurs, antiquaires, orfèvres et couturiers.

    Ils ne fabriquent rien directement mais montent les objets (par exemple, les pendules dans leurs cartels de bronze ou autre). C'est une profession du luxe (la maison Hermès serait un équivalent acceptable). Gersaint, passé à la postérité par l'enseigne que lui peint Watteau, était à l'époque de la marquise Du Châtelet, un des premiers merciers de Paris.

    A la fin du XVIIIe siècle, les marchandes de modes (ou modistes) apparaissent dans le giron des merciers. Elles sont au cœur de l'accélération de la consommation vestimentaire. A Paris, on dépense deux fois plus pour sa garde-robe en 1780 qu'en 1700. Les modistes elles non plus ne prennent pas en charge la fabrication directe des objets toujours produits par les autres corps de métiers - rubaniers, passementiers, galonniers, lingères, couturières et tailleurs - mais elles s'occupent de leur enjolivement.

    Les grandes figures de ce milieu avant la Révolution sont Rose Bertin, modiste de Marie-Antoinette, et Mme Eloffe. Les marchandes de modes sont au centre du système de redistribution des objets, des goûts et des manières.

      

    Elles mobilisent l'activité de milliers d'artisans et de fournisseurs en recherchant toujours plus "d'ingrédients" comme on peut l'observer au travers des documents présentés : de la soie, des plumes, des bijoux, gazes, rubans, dentelle, taffetas… 

      

    PARFUMS  


     Mémoire de ce que doit Madame la Marquise de Bercy à Moriset marchand gantier

    parfumeur. 19 février 1748
    Feuille manuscrite (mémoire sur le recto).

    De retour d'Orient, les croisés ont dans leurs bagages des huiles, des potions et des peaux parfumées qui introduisent en Occident un véritable engouement pour les parfums provoquant du même coup des tensions commerciales : en 1190, le privilège du commerce des parfums est attribué aux gantiers, enviés par les merciers, ce qui provoque de nombreuses querelles.

    En 1594, un édit interdit aux uns comme aux autres de s'intituler parfumeurs, mais les autorise néanmoins à parfumer leurs marchandises.

    Vingt ans plus tard, les gantiers reconquièrent le droit de s'appeler "parfumeurs", à condition de ne vendre que des produits de leur fabrication. Ceci explique pourquoi dans les documents 19 à 21 on peut voir les termes gantier parfumeur associés de cette manière.

    Sous Louis XIV, Versailles rayonne et impose sa mode et ses usages. L'usage du bain étant réduit, femmes et hommes usent et abusent de parfums et de cosmétiques. Le XVIIIe est tout autre.

    Certes la Cour de Louis XV est baptisée la "Cour parfumée" et l'usage d'un parfum différent chaque jour est prescrit ; tout y est parfumé : gants, vêtements, bains et aussi l'atmosphère avec l'apparition des pots-pourris.

    Mais avant tout on redécouvre l'hygiène et les goûts olfactifs évoluent vers des parfums plus légers qui font la fortune des premières grandes maisons parisiennes, les Fargeon, les Houbigant ou les Lubins.
    On peut voir au travers des trois documents présentés la diversité des éléments utilisés par Madame de

    Bercy mais également l'importance des dépenses occasionnées.

    L'engouement pour le parfum fait se développer l'art du flacon. Les contenants précieux, envahissant les boudoirs et les tables de toilettes, se multiplient : nécessaires de beauté, boîte à mouche, deviennent de véritables œuvres d'art. Le flacon émaillé peint se développe également comme c'est le cas à Vincennes, puis à Sèvres.

    Il faut également noter qu'à cette époque, contenu et contenant sont vendus séparément : le parfumeur fournit ses créations dans des fioles toutes simples, et c'est la dame qui ensuite les transvase dans des flacons ouvragés.

     

     

     

     

     

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