• AXEL de FERSEN

     

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    Le grand départ :

     

    C'est le 3 juin 1770 que le jeune comte Hans-Axel von Fersen quitte la Suède pour la première fois. Il est le fils aîné du maréchal Frédérik-Axel Von Fersen, l'homme le plus riche et le plus influent de Suède sur le plan politique. Comme tout jeune aristocrate respectable, il entame son tour d'Europe. Il part étudier à l'étranger dans des académies et des écoles de guerre. Il n'a que quatorze ans. C'est également ce jour-là qu'il commence son journal qu'il n'achèvera qu'en 1808.

     

    Bien qu'une multitude de notes aient été détruites pendant la Révolution, le journal contient plus de 20 000 pages (Les notes entre 1779 et 1791 ont été détruites par le valet de chambre du comte). Axel de Fersen traverse le Danemark, passe par l'Allemagne, l'Italie, Paris et Londres.

     

    En Allemagne, il s'inscrit à l'académie et commence ses études tout en préservant ses loisirs. Il se rend à la Cour et assiste à de nombreuses réceptions. Il accueille le prince Charles, frère du Roi Gustave III de Suède, en visite. Il reçoit alors son premier grade militaire suédois, il est caporal au régiment des hussards de la garde. En janvier 1771, il reçoit encore des princes suédois en visite, sa courtoisie et son dévouement lui valent un autre grade. Il est fait membre du corps des officiers de la garde Royale.

     

     

     

      

      

    Il quitte enfin l'Allemagne et se rend à Strasbourg pour des études militaires. Il apprend le droit naturel, le Français, l'Allemand, les mathématiques et l'histoire de l'art militaire. Puis il continue son voyage en passant par la Suisse où il a la chance de rencontrer Voltaire, le plus grand philosophe de son temps.

      

    Sa prochaine étape, Turin, en Italie, où il reste dix-sept mois, sera un très bon souvenir pour Fersen. Il apprend l'Italien et suit des cours à l'académie de médecine. Il est présenté au Roi Charles-Emmanuel III. Il fréquente l'académie militaire, mais aussi le théâtre, l'opéra et les dames de Turin qui le fascinent.

     

    Il passe par Rome et par Naples où il rencontre la reine Marie-Caroline, sœur de la princesse Marie-Antoinette. A la fin de son séjour en Italie, Fersen parle Allemand et Italien.

    En 1773 il est nommé porte-étendard au régiment de cavalerie de Smäland et promu lieutenant la même année. Grâce à son père il est également lieutenant à la suite du Royal Bavière, un régiment Français.

      

     

    En 1774, Axel de Fersen arrive à Paris. Il vient de faire 18 ans. Il s'installe non loin de l'université avec son précepteur et ses domestiques. Il est reçu par l'ambassadeur de Suède, Creutz, qui le présente à la Cour de Versailles. Fersen s'enivre des plaisirs parisiens, il va aux bals masqués de l'opéra, au théâtre. Il s'inscrit à la Sorbonne et suit des cours de physique et de sciences naturelles. C'est pendant ses cours qu'il fait la connaissance de la fille de Diderot. Marie-Angélique Diderot.

    Fersen la décrit comme « joyeuse, intelligente, mais pas belle ». Lors d'un dîner il rencontre l'ambassadeur d'Autriche, le comte de Mercy, celui-ci lui déplait et tous ces dîners sont très ennuyeux selon Fersen. C'est à cette époque qu'il rencontre aussi Catherine Leijel, anglaise d'origine suédoise, de très bonne famille. D'ailleurs leurs deux familles se connaissent et sont en relations.

     

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     Marie-Antoinette :

     

    En janvier 1774, Axel de Fersen rencontre la princesse royale Marie-Antoinette à Versailles à un bal où il est invité, c'est la première fois qu'il la voit. Le jeune Comte de Fersen préférait les manifestations moins traditionnelles et surtout moins ennuyeuses. C'est le 30 janvier, au Bal de l'Opéra qu'il revoit Marie-Antoinette, Louis le prince héritier et son frère, le Comte de Provence.

      

    Travel “alarm clock” c. 1788 by Charles Le Roy. Marie-Antoinette is believed to have ordered this watch as a gift for the man thought to be her lover, Count Axel de Fersen, Ambassador and Marshall of  Kingdom of Sweden.

      

    Ils sont tous masqués et dans un premier temps, Fersen ne reconnaît pas la jeune Dauphine avec laquelle il plaisante pendant plus d'une demi-heure. Il dira dans son journal « Lorsqu'elle fut enfin reconnue et donc très entourée, elle se retira dans sa loge. Je suis parti à trois heures ».

     

    A cette époque Axel de Fersen est un jeune homme grisé par les plaisirs faciles et l'amusement, ses notes écrites hâtivement durant cette période en témoignent. Il se partageait entre bals, déjeuners, rendez-vous galants. On est bien loin du beau suédois totalement fasciné dès le premier jour par la beauté de Marie-Antoinette, se vouant corps et âme à un amour impossible ! Une chose est pourtant sûre, il a été captivé par la cour de Versailles et la France. En Mai 1774, il part en Angleterre et étudie l'Anglais et l'Histoire. Il ne cesse de faire part de sa déception et fait des comparaisons avec la France.

    « Quoique prévenu, je ne fut pas moins frappé de la différence totale qu'il y a entre ces deux nations voisines et qui est d'autant plus sensible qu'elle est subite. Je ne jugerai ni pour l'une, ni pour l'autre, il y a du bon et du mauvais des deux côtés. Ce que je sais c'est que malgré les raisons que j'avais de regretter l'Angleterre, je fus fort aise de revoir la France ».

     

    Il retourne en Suède en décembre 1774 et obtient le titre de Capitaine dans l'Armée en mai 1775. En Mai 1778, avec la permission de son père, il retourne à Londres pour demander la main de Catherine Leijel. Celle-ci refuse, prétextant ne point vouloir quitter l'Angleterre. En vérité, elle est éprise de quelqu'un d'autre.

    C’est la seule demande en mariage qu'il fera au cours de sa vie.

     

     

     

      

    En Août 1778, il est de retour en France et à Versailles. Dans une lettre à son père il mentionne « La Reine qui est charmante, dit en me voyant : Ah, c'est une ancienne connaissance !...Le reste de la famille ne me dit pas mot ». Cette remarque de Marie-Antoinette touche beaucoup Fersen, qui est aussitôt introduit dans le cercle de la Reine.

      

      

    Il écrit de nouveau à son père le 8 septembre « la Reine, qui est la plus jolie et la plus aimable princesse que je connaisse, a eu la bonté de s'informer souvent de moi ; Elle a demandé à Creutz pourquoi je ne venais pas à son jeu le dimanche (…)

      

    Sa grossesse est très visible » . En effet, Marie-Antoinette attend son premier enfant, Madame Royale qui naîtra le 19 décembre 1778.

     

    Marie-Antoinette in a redingote, c. 1780, drawing, gift from Axel de Fersen to his sister Sophie 

    Marie-Antoinette aimait s'entourer d'étrangers à Versailles. Dans son cercle, des noms reviennent souvent, comme Esterhazy, le baron de Stedingk ou encore Fersen.

    Elle dira « Ceux-là ne me demandent rien ».

    En effet, Axel de Fersen ne ressemblait pas aux courtisans Français qui mendiaient des faveurs.

    Il était simple, poli, loyal, franc mais surtout discret et réservé.

     

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    La Reine comble Fersen de faveurs et cherche par tout moyen à lui témoigner son intérêt. Axel s'en aperçoit et est tellement flatté qu'il en parle encore à son père « La Reine, me traite toujours avec bonté (…) C'est la princesse la plus aimable que je connaisse » .

      

    Un jour, elle émet le désir de le voir revêtir son uniforme suédois, ce qui fait jaser la Cour de Versailles. Dès lors, on ne parle plus que d'un certain comte Fersen « grand, élancé et parfaitement bien fait » comme le décrit le comte de St Priest. Les fêtes de Versailles et la vie parisienne sont tellement enivrantes, qu'Axel ne note rien dans son journal pendant six mois.

     

     Départ aux Amériques :

     

    Certainement plus ambitieux que romanesque, Fersen décide de s'engager pour la guerre d'Amérique. C'est un désir qu'il a depuis qu'il sait que la France compte y envoyer un corps expéditionnaire. Il est persuadé d'avoir tous les honneurs et la gloire militaire à son retour.

     

    Les derniers jours avant son départ, il est dit que Marie-Antoinette avait les larmes aux yeux. La duchesse Fitz James dit à Axel « Quoi, Monsieur, vous abandonnez ainsi votre conquête ? » Ce à quoi il répond « Si j'en avais une, je ne l'abandonnerais pas. Je pars libre et sans laisser de regrets ».

     

    Après de longs mois d'attente à Brest, il embarque à bord du « Jason », le vaisseau de guerre armé, le 13 Avril 1780. Nommé Colonel d'Infanterie, Fersen sera l'interprète du Général Rochambeau avec le titre de « Mestre de camp ». Pourtant très exigeant, Rochambeau dira à Louis XVI que Fersen était " un des officiers sur les talents duquel il se repose le plus ".

     

    Creutz quant à lui écrit à Gustave III que " Fersen qui a rang de mestre de camp, se conduit avec une sagesse et une raison étonnante...".

      ean-Baptiste-Donatien de Vimeur, Comte de Rochambeau, Marechal De France (1725-1807), by Charles-Philippe Larivere. Lieutenant General in command of some 7,000 French troops and sent to join the Continental Army, under George Washington in the American Revolutionary War Rochambeau commanded more troops than did Washington. Count Axel von Fersen the Younger served as Rochambeau's aide-de-camp and interpreter. 

      

    Il assiste à quelques discussions entre Washington et Rochambeau. Fersen dira de Washington « C'est l'homme le plus célèbre de nos jours. Son beau visage est doux et franc et reflète ses qualités morales. Il a bien l'air d'un héros.

    Il est froid et parle peu, mais il est courtois et bon ».

     

    Il participe en octobre 1781 à la bataille de Yorktown. Il prend part à la direction des combats et fait fonction d'officier de liaison entre les Français et les Américains. Loin de là, le 22 octobre 1781, naît à Versailles, Louis-Joseph, 2eme enfant de louis XVI et Marie-Antoinette.

     

    La plupart des officiers, camarades de Fersen, rentrent à Paris, mais lui reste, la guerre n'est pas terminée. Gustave III confie également une mission à Fersen au profit de son pays qui consiste à savoir si quelques îles américaines pourraient être cédées à la Suède. Il a toute confiance en Fersen et le fait chevalier de l'Ordre de l'Epée.

     

    En mars 1782, il reçoit une lettre de l'Ambassadeur de Suède à Paris qui l'informe que la Reine vient de le nommer Mestre de camp en second au Régiment Français Royal deux-ponts. Il est également nommé Colonel dans l'armée Suédoise.

     

    Lors d'une expédition en Amérique du Sud à bord d'un bateau de guerre, Fersen tombe malade. Ils abordent à Puerto Cabello, au nord du Venezuela. C'est là qu'ils apprennent la fin de la guerre.

     

    La guerre terminée, Axel de Fersen peut enfin rentrer…Il a 28 ans. Il regagne la France fiévreux et affaibli… Il arrive à Paris le 23 Juin 1783. Mûrit par la guerre, mais toujours aussi séduisant il devient rapidement la coqueluche des salons parisiens. Il envisage un autre projet de mariage avec la fille du ministre des Finances Français, Jacques Necker.

    Ce projet n'aboutit pas, Germaine Necker épouse un autre Suédois, Erik Staël von Holstein, nouvel ambassadeur de Suède en France. Fersen en est soulagé, en vérité, il ne fait ces projets de mariage que pour satisfaire son père.

     

    Retour en France et Royal Suédois :

     

    Au cours de sa vie, Axel de Fersen entretient une correspondance avec son père, quelquefois houleuse lorsqu'il s'agit d'argent. Son père se plaint de donner beaucoup trop d'argent à son fils aîné, au détriment de ses autres enfants, en particulier de son fils cadet, Fabian, parti faire son tour d'Europe.

     

    Depuis son retour d'Amérique Axel veut servir en France, il souhaite l'acquisition d'un régiment français. Aussi, après beaucoup d'insistance auprès de son père, grâce à Gustave III et à l'appui de Marie-Antoinette, il finit par obtenir ce qu'il veut.

     

    Le Roi de Suède intervient personnellement auprès de Louis XVI. Fersen écrit à Gustave III : « Le Roi a consenti tout de suite et a témoigné la plus grande envie de faire quelque chose qui put être agréable à Votre Majesté. La Reine a bien voulu s'en mêler dès qu'elle a su que vous le désiriez (…) » .

     

    Axel de Fersen devient donc propriétaire du régiment Royal-Suédois.

     

    Il écrit à sa sœur « Mon affaire est décidée, ma chère amie, je suis colonel, propriétaire du Royal-Suédois, mais je n'ai pas encore mon brevet. N'en dîtes rien à mon père, s'il ne vous en parle pas (…) ».

     

    C'est à cette époque que Fersen et Marie-Antoinette deviennent très proches. Axel écrit à sa sœur, Sophie Piper « J'ai pris la décision de ne jamais me marier. Ce serait contre nature…Je ne peux appartenir à la seule personne à laquelle je le voudrais vraiment…Je ne veux donc appartenir à personne. »

     

    Contraint de suivre Gustave III, il fait partie de sa suite au cours du voyage du Roi en Italie puis en France. C'est à Naples qu'il reçoit la médaille de l'ordre de Cincinnati (Haute décoration distribuée aux chefs et aux officiers supérieurs des soldats de la liberté d'Amérique). Au cours de ce voyage Fersen entretient aussi une correspondance avec Marie-Antoinette, son courrier est adressé à «Joséphine » et noté en tant que tel dans ses notes.

      

    C'est le 7 juin 1784 que Gustave III et sa suite arrivent à Paris. Une fête est donnée en cet honneur par Marie-Antoinette à Trianon le 21 juin 1783. Gustave III parle de cette fête dans une lettre adressée à son frère le Duc de Sudermanie « On soupa dans les pavillons des jardins et, après souper, le jardin anglais fut illuminé. C'était un enchantement parfait.

      

    La Reine avait permis de se promener aux personnes honnêtes qui n'étaient pas du souper et avait prévenu qu'il fallait être habillé en blanc (…) La Reine ne voulut pas se mettre à table (…), elle parla à tous les suédois et s'occupa d'eux avec un soin et une attention extrême. »

     

    Le Roi alloue à Axel un salaire de vingt mille livres par an comme chef d'un régiment français. Il peut retourner auprès de son père la tête haute.

     

    En août 1784, Fersen rentre à Stockholm. Entre 1784 et 1785 très sollicité, il écrit à d'anciennes maîtresses, rencontrées en Italie. Il écrit aussi régulièrement à Joséphine… Nostalgique de la France et de Versailles, Fersen se sent mal à l'aise au sein de la Cour de Gustave III où plus rien ne lui est familier.

     

    Il retourne en France en 1785 et lorsqu'il écrit à sa sœur et qu'il nomme la Reine, il parle de « mon amie ». Le 25 mars 1785, naît à Versailles, le Duc de Normandie, (futur Louis XVII). En Avril 1788, Fersen est rappelé auprès de son pays, il part en Finlande à l'occasion de la guerre contre la Russie. En novembre 1788, il est de retour à Versailles, chargé de mission par Gustave III.

      

    Mais en France plus rien ne va, les pires pamphlets circulent sur la Famille Royale, la Reine est souvent appelée « L'Autrichienne » ou « Madame Déficit », l'avenir s'annonce sombre et incertain.

     

     

     

     Début de la tourmente :

     

    Le 10 décembre 1788, Fersen écrit à son père « La fermentation des esprits est générale, on ne parle que de constitution (…) Tout le monde est administrateur et ne parle que de progrès (…) » Dans une autre lettre il ajoute « En attendant le public est innondé d'écrits, de brochures et de pamphlets, il n'y a pas de jour où il n'en paraisse quatre ou cinq.

      

    La plupart n'ont pas de sens commun, ne contiennent que des pensées vides de sens ou des pensées tout à fait séditieuses (…) Les femmes ne sont occupées maintenant que de constitution, et les jeunes gens pour leur plaire et être de bon ton, ne parlent que d'états généraux et de gouvernements (…) je ne sais pas si le royaume gagnera à tous ces changements, mais la société y a perdu ».

     

    Alors qu'en France, la révolte gronde, en Suède, Gustave III décide de se venger d'une noblesse rebelle. Il convoque le parlement et fait arrêter les chefs de la haute noblesse, dont le Maréchal conseiller, Frederik Axel von Fersen. Le père de Fersen restera prisonnier pendant dix semaines.

    Malgré le coup d'Etat de Gustave III, son père aux arrêts, Fersen ne renie pas pour autant la Royauté et reste fidèle à ses principes. Le Maréchal Fersen donne l'ordre à ses enfants de ne pas quitter leurs postes à la Cour et de ne changer aucune de leurs habitudes, il considère son conflit avec Gustave III, comme personnel.

     

    Entre temps, en France, la situation empire, mais Fersen malgré son inquiétude est heureux. Il écrit dans son journal que la période 1788-1791 a été la meilleure de sa vie. Il a la confiance absolue du couple royal, il est au cœur des évènements et peux montrer son dévouement.

    Les amis de la Reine disparaissent et il reste un de ses seuls conseillers et fidèles. Pendant cette période, il écrit à sa sœur Sophie « Elle est terriblement inquiète, mais très courageuse. C'est un ange de Dieu. J'essaie de la conforter du mieux que je peux ».

     

    En mai, les Etats Généraux se réunissent à Versailles. Fersen s'installe à Paris, 27 avenue Matignon, à l'angle de la rue du Faubourg Saint Honoré. Il apprend le décès du Dauphin, Louis-Joseph le 4 juin 1789 et le retrait du Roi au château de Marly, accablé de chagrin. Les troubles gagnent les provinces et Axel est contraint de rejoindre son régiment à Valenciennes.

    Le 14 juillet, la Bastille est prise. Fersen tient au courant depuis Valenciennes son Roi et sa famille en Suède. Il écrit à son père « Ce pays traverse une crise hors du commun…Tous les liens sont coupés et la discipline militaire disparue… »

     

    Désormais il s'installe dans un logement près de Versailles. Dans sa correspondance avec Sophie, le Reine devient « Elle ». Elle était pour lui au-dessus de toute appréciation ordinaire, c'était La Reine, qu'il fallait préserver et protéger.

     

    En Suède, la famille Fersen s'inquiète pour Axel. Le 8 Août Hedda (sœur aînée d'Axel) écrit à Fabian en Finlande « Ce n'est pas pour vous seul mon cher ami que j'ai des craintes et Axel en France n'est guère plus sûrement. Il y aura certainement une guerre civile dans ce malheureux pays (…)

    Axel avec son régiment sera peut-être dans le cas de se battre contre les gardes françaises et le peuple de Paris. Nous sommes bien malheureux en Suède, mais je crois cependant que nous le sommes moins que les Français ».

     

    Le 5 octobre, le peuple marche sur Versailles.

    Ce sont pour la majorité, des femmes venant chercher du pain à Versailles. Fersen est présent ce jour-là et prie la famille Royale de s'enfuir. Ils n'en feront rien et le 6 octobre les manifestants, pénètrent dans le château. La famille Royale doit quitter Versailles pour Paris et s'installe aux palais des Tuileries.

     

    Gustave III, comprend que la révolution est un danger pour la monarchie française, mais aussi pour toutes les monarchies d'Europe. Aussi en janvier 1790, il charge Fersen d'une haute responsabilité. Axel devient l'agent de liaison entre Gustave III et le couple royal. Il voit souvent l'Ambassadeur Russe, Johan Simolin qui le met en contact avec Quentin Craufurd, un agent secret britannique, qui vit rue de Clichy en compagnie de sa concubine Eléonore Sullivan.

    Cette dernière devient la maîtresse de Fersen.

     

     La fuite :

     

    Le journal de Fersen montre qu'il ne poursuit qu'un seul but : sauver la famille royale. Il aurait le choix de rentrer en Suède, de poursuivre une carrière politique, mais il préfère rester en France, malgré l'inquiétude de sa famille.
    La situation est alarmante aussi bien pour la Monarchie que pour la famille Royale. Fersen et la Reine, mettent sur pied un plan de fuite. S'amorcent alors des correspondances secrètes écrites à l'encre invisible et chiffrées entre la Reine, les ambassadeurs et les hommes politiques. C'est Fersen qui fait sortir les lettres, s'occupe de leur acheminement. En 1791, Fersen a 36 ans. Il rassemble les fonds pour organiser la fuite du Roi et de sa famille.

     

    L'argent étant difficile à trouver, outre la participation de la Reine, il donne tout ce qu'il a, emprunte trois mille livres à son maître d'hôtel, quatre-vingt treize mille livres à une dame Suédoise et cent soixante neuf mille livres à Madame Von Korff. Eléonore Sullivan donnera mille livres. Simolin se charge des passeports. La famille Royale voyagera sous de fausses identités.

     

    Les rumeurs d'une supposée fuite de la famille Royale gagne Paris.

    Le journal de Marat « L'ami du peuple », y contribue fortement. C'est dans cette atmosphère tumultueuse que s'organise la fuite. Fersen et le marquis de Bouillé préparent activement les opérations, mais Axel ne peut s'empêcher d'être inquiet et se méfie de tout le monde.

    Ses lettres adressées à Bouillé en témoignent « occupez-vous bien de la sûreté de la route jusqu'à Châlons »… «Assurez-vous bien des détachements ou n'en placez que depuis Varennes »…

    « Tâchez, s'il est possible de ne pas envoyer le duc de Choiseul (…) je crains quelques indiscrétions ».

     

    Après bien des péripéties, le départ est fixé à la nuit du 20 au 21 juin 1791.

     

    Au courant du projet de fuite, Gustave III décide de se rendre à Aix-la-Chapelle pour attendre le couple Royal. Un important détachement royaliste, dirigé par Bouillé, les attendra à Montmédy. Consciente des frais qu'occasionnait cette fuite, la Reine donna un reçu à Fersen signé par elle et le Roi dans lequel il est demandé à l'ambassadeur d'Autriche, Mercy de rembourser Fersen des sommes engagées.

    Plus tard, malgré ses démarches, Axel ne récupèrera jamais la totalité de l'argent, il devra rembourser en partie lui-même les frais considérables.

     

    Fersen avait désiré faire le voyage avec la famille Royale jusqu'au bout, mais Louis XVI s'y opposa, il devait juste les faire sortir de Paris et les quitter ensuite. Axel s'inclina, mais le regretta vivement par la suite.

     

    Le jour du départ, Fersen note sur son journal : « Le Roi me dit, Monsieur de Fersen, quoi qu'il arrive, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi ». Fersen quitte le Roi et la Reine à 18H.

     

    A 21 heures, il donne l'ordre à son cocher de conduire ses chevaux, rue de Clichy, chez Craufurd, où est cachée la Berline qui conduira la famille Royale en lieu sûr.

     

    Axel de Fersen s'habille en cocher et conduit une voiture légère le long du Faubourg St Honoré, puis de la rue Saint Honoré, traverse la cour du Carrousel et arrive à la Cour des Princes.

     

    Madame de Tourzel et les enfants Royaux montent les premiers dans la voiture

    (Louis-Charles est déguisé en fillette), suivis par Madame Elisabeth, sœur du Roi.

     

    Après avoir réussi à fausser compagnie à La Fayette, Louis XVI parvient à sortir des Tuileries, vêtu en simple laqué. La Reine sera la dernière à les rejoindre. Enfin ils partent et Fersen passe rue de Clichy pour s'assurer que la berline n'y est plus et les attend aux portes de Paris.

    Arrivés à la Porte Saint Martin ils trouvent la Berline, ainsi que le cocher de Fersen et deux officiers de la garde, Valory et Moustier. Ils se dirigent vers Bondy.

     

    C'est à Bondy que Fersen prend congé de la famille royale, sur ordre du Roi. Il part seul à cheval à bride abattue en direction du Bourget, puis passe en Belgique, manquant se faire arrêter à la frontière.

     

    Il arrive à Mons où l'attendent des réfugiés et madame Sullivan, qui elle aussi avait prit la fuite le même jour. Il prévient Taube (ministres des affaires étrangères en Suède) et Gustave III de la réussite du projet, ainsi que son père « Le Roi et sa famille ont réussi à quitter Paris le 20 de ce mois…J'ai dirigé les opérations jusqu'au premier relais de chevaux… ».

    Rouillac 

    ENSEMBLE de cinq MÉDAILLONS ovale en laiton contenant des reliques de la famille royale dont : cheveux de Louis XVI avec au dos une inscription manuscrite : "cheveux de Louis XVI coupés pendant la journée qu'il a passé à l'Assemblée nationale le (...) recueillis par la Duchesse de Tourzel qui était avec lui". Cheveux de Charles X, cheveux de Mademoiselle avec inscription manuscrite au dos "1829", cheveux du Duc de Bordeaux, cheveux de Madame La Dauphine.
    Mais à l'heure où la fuite du Roi est découverte à Paris, la berline se trouve à seulement 60 km à l'Est de la ville. La voiture trop lourde avait prit beaucoup de retard…. Drouet, receveur des postes de Ste Menehould avait reconnu la Reine….. Fersen arrive le 23 juin au poste-frontière d'Aron, il rejoint le général Bouillé, mais tout est fini…Le Roi , sa famille, ainsi que la voiture des dames d'honneur sont arrêtés à Varennes.

    sources :  http://www.rouillac.com/Calendrier/da-FR-9-134-45859-list-4-2009-objets_de_vitrine_et_de_collection_78

     

    http://imageshack.us/ 

    Les passagers sont conduits chez l'épicier Sauce. On identifie le Roi. Les hussards, fidèles à Louis XVI, qui se trouvaient là, auraient pu sauver la famille royale, mais aucun ordre fut donné, par ailleurs certains avaient trop bu. La Berline fait demi-tour pour Paris le 22 Juin.

     

    Fersen écrit à son père « Tout est perdu, mon cher père, je suis désespéré. Le Roi a été pris à Varennes, à 160 km de la frontière. Représentez-vous ma douleur et plaignez-moi » . Il écrit aussi à Gustave III « Tout a échoué….Je vais rendre visite à Monsieur de Mercy et lui remettre une lettre du Roi de France invitant l'empereur d'Autriche à prendre toute mesure nécessaire à son propre intêret ».

     

    Il écrit dans son journal « Personne ne connaît les détails, sinon que le détachement militaire n'a pas fait son devoir. Le Roi a manqué de fermeté et de présence d'esprit. » …. « Tout le monde est désolé par la capture du Roi. Au Luxembourg, c'est le désespoir…Arrivé à Namur, j'ai rencontré Monsieur » (le comte de Provence, frère du Roi). Les historiens s'entendent pour dire que si Fersen avait décliné l'ordre du Roi et accompagné la famille royale jusqu'au bout, la fin aurait certainement été différente.

     

     La contre-révolution :

     

     * Sauver le couple royal :

     

    La fuite à Varennes et surtout l'échec de son entreprise a totalement bouleversé la vie de Fersen. Plus que jamais il souhaite sauver Louis XVI et sa famille. Quelque temps après le retour de la famille Royale aux Tuileries, il reçoit une lettre de Marie-Antoinette

    « Je saisis une occasion de pouvoir vous dire que je vous aime et c'est à vrai dire ma seule occupation.

     Je vais bien, ne vous inquiétez pas pour moi. Je voudrais bien savoir s'il en est de même pour vous (…).Au revoir, vous qui êtes le plus aimé et le plus affectueux des hommes. Je vous embrasse de tout cœur ».

     

    Fersen n'a qu'une idée en tête, mettre sur pied un plan contre-révolutionnaire, nécessitant une collaboration internationale. Tout le monde sait qu'il est l'instigateur de la fuite du Roi. C'est alors pendant un an et 4 mois, que Fersen va jouer un rôle politique primordial, un des rôles les plus importants de sa vie, puisqu'il sert d'intermédiaire entre la famille Royale et l'extérieur. Presque toutes les lettres du Roi et de la Reine passent par lui.

     

    Le 29 juin 1791, il rejoint Gustave III à Aix-la-Chapelle. Le Roi de Suède est le plus engagé des monarques pour sauver le Roi de France. Gustave III reçoit les émigrants Français et décide d'engager une contre-révolution internationale. Il envoie des officiers suédois espionner à Paris. De son côté Fersen part pour Vienne, tenter de négocier avec l'Empereur Léopold II, frère de Marie-Antoinette, il propose à l'Empereur un nouveau plan de fuite.

     

    Il tente de se convaincre que tout effort n'est pas vain, que la famille Royale a des liens de parenté dans toute l'Europe. On ne peut leur refuser de l'aide…Mais, chaque pays a ses propres préoccupations et finalement le sort du Roi de France est bien moindre. La contre-révolution a du mal à prendre forme. Gustave III n'est pas pris au sérieux.

      

    A Vienne Fersen n'a pas plus de succès, il se heurte à l'indifférence de l'Empereur qui à l'air de se moquer royalement du sort de sa soeur.

     

     

      

    Marie-Antoinette propose la réunion d'une conférence des puissances étrangères près de la frontière Française. Fersen est chargé par le Roi et la Reine de réunir cette conférence, mais une fois de plus le projet échoue, personne ne veut s'engager concrètement.

     

    La correspondance entre la Reine et Fersen prend des proportions considérables.

    Axel écrit des pages entières à Marie-Antoinette, la conseillant, la guidant, lui dictant presque sa conduite, « il faudrait après avoir remercié le Roi d'Espagne de tout ce qu'il a fait pour vous (…) lui communiquer le plan que vous avez adopté (…)

    Vous lui demanderez d'user de son influence sur le Portugal, la Sardaigne et Naples pour les engager à des démarches pareilles (…) Il serait bon d'ajouter que c'est le baron de Breteuil qui restera chargé de votre correspondance. Il serait utile que le Roi écrivît un mot au Roi d'Espagne…. »

     

    Fersen fait un compte rendu à la Reine « L'impératrice de Russie, les rois de Prusse, de Naples, de Sardaigne et d'Espagne sont favorables à nos plans, surtout les trois premiers. La Suède est prête à se sacrifier pour vous. L'Angleterre nous promet la neutralité. L'Empereur d'Autriche est le moins bien disposé ; il est faible et peu fiable ».

     

    En septembre 1791, Louis XVI signe officiellement la nouvelle Constitution. Fersen et Marie-Antoinette continuent à entretenir une correspondance secrète, chiffrée, écrite à l'encre invisible, courrier caché dans des boîtes à gâteaux ou cousu dans les doublures de chapeaux.

     

    La Reine adresse sa correspondance à l'Abbé de Beauverin, poste restante, Bruxelles.

     

    Fersen échange des messages avec toutes les Cours d'Europe, fait l'impossible, mais rien n'avance. Gustave III rentre en Suède au grand soulagement des Cours d'Europe. Axel est de plus en plus inquiet…À l'indifférence des Cours étrangères, s'ajoute celle des fidèles de Versailles qui s'intéressent plus aux princes émigrés qu'à la famille Royale.

     

    Pendant tout ce temps, Fersen loge chez Madame Sullivan à Bruxelles, avec l'accord de Craufurd, qui sait que le comte Suédois a de très bons rapports avec la famille Royale aux Tuileries, il peut donc être utile et avoir des informations intéressantes. Mais dans le journal de Fersen on peut lire « Dîner chez Craufurd, très jaloux de moi… » .

    La liaison de Fersen et d'Eléonore fait jaser et irrite Craufurd au plus haut point.

     

    Sa sœur Sophie écrit à Axel : « …Cher Axel, laisse-moi te dire que si Elle venait à être au courant de ces rumeurs, elle pourrait, dans son amour, en éprouver un chagrin mortel. Tout le monde épie ce que tu fais et parle de toi. Pense à Elle, la malheureuse, et épargne-lui ces peines fatales. »

     

    Mais une autre rumeur naît …Marie-Antoinette serait liée à quelques constitutionnels, dont Antoine Barnave, l'un des chefs révolutionnaires modérés. Celui-ci se rapprocha de la famille Royale lors du retour de Varennes. Barnave et la Reine entretiennent une correspondance et de folles rumeurs courent sur leur compte. D'autres bruits courent encore…

    Le Reine douterait de Fersen, de son dévouement et de sa loyauté. Il reçoit une chevalière de Marie-Antoinette portant l'inscription « Lâche qui les abandonne ». La Reine écrit que c'est une bague qu'elle a elle-même portée.

     

    Mais ce qui peine le plus Axel c'est la rumeur selon laquelle, il aurait organisé la fuite du Roi seulement pour se faire valoir. Déconcerté, il écrit à Marie-Antoinette « Staël dit des horreurs sur moi ; il a même débauché mon cocher et l'a pris à son service, ce qui m'a fait de la peine. Il a séduit beaucoup de monde contre moi qui blâme ma conduite, ils disent que je ne me suis conduit que par ambition et que je vous ai perdue et le Roi (…)

    Ils ont raison, j'avais l'ambition de vous servir, et j'aurai toute ma vie le regret de ne pas avoir réussi (…) Je voulais leur montrer qu'on peut être attaché à des gens comme vous sans aucun autre intérêt. Le reste de ma conduite leur aurait prouvé que c'était là ma seule ambition, et que la gloire de vous avoir servis était ma plus chère récompense ».

     

    * Visite secrête à Paris :

     

    Inquiet et troublé, Fersen décide de se rendre secrètement à Paris et de voir la Reine. Il la prévient de son intention. Celle-ci lui déconseille fortement « C'est absolument impossible que vous veniez ici. Ce serait un risque pour notre sécurité. Et quand je dis cela, je vous prie de me croire, car j'ai une envie sans borne de vous voir. » Mais, la situation s'améliore à Paris et le 21 décembre 1791, Fersen écrit dans son journal « La Reine m'a autorisé à venir à Paris ».

     

    Ce voyage est risqué, car depuis la fuite à Varennes, Fersen est considéré comme un émigré. Sa famille et ses amis en Suède s'inquiètent de cette initiative tant périlleuse. Le feld maréchal Fersen, écrit à son fils Fabian « J'ai des fréquentes nouvelles de votre frère à Bruxelles, nous ne nous entretenons guère que l'objet de sa mission… ». Son ami Taube lui écrit « Votre lettre, mon meilleur ami, m'a causé la plus grande inquiétude (…) Vous venez de faire, mon cher ami, plus d'une imprudence en vous exposant à aller à Paris depuis ce décret sur les passeports (…) Si le bon Dieu vous ramène et sauf, je désapprouve ce que venez de faire (…) »

     

    Sophie écrit à Axel « Vous n'avez pas besoin de vous justifier au sujet de madame Craufurd, le voyage que vous avez fait et les soins auxquels vous avez voué votre vie, si digne de vous et de l'honneur m'en disent plus que toutes vos assurances. Mon Dieu à quels dangers vous vous êtes exposé, je n'ose y penser ».

     

    La duchesse Charlotte écrit à son amie Sophie Piper : « Si votre frère n'a pas réussi dans l'entreprise (la fuite du Roi) , vous avez la satisfaction qu'il a agit en honnête homme (…) un sentiment plus vif y a contribué sans doute et je souhaite que ce sentiment ne le perde….Qu'il veuille retourner en France, ce qui serait une imprudence affreuse.

    J'ai vu une lettre de Paris où était dit « Le comte Fersen a commandé la voiture qui était dans une remise de la rue St Honoré, tout Paris lui en veut ... »

     

    Mais il s'entête et son départ a lieu le 11 février 1792 à 9h30. Il est accompagné de son adjoint au Royal-Suédois, le Baron Reutersward, aucun serviteur. Ils se feront passer pour des courriers diplomatiques suédois se rendant à Lisbonne. Pour ce faire, Fersen n'hésite pas à falsifier des documents portant la signature de Gustave III. Il prend avec lui de vraies lettres de Gustave III pour Louis XVI. Cachés sous des perruques, méconnaissables, ils sont reçus partout avec respect. Ils arrivent le 13 février à Paris.

    Pendant que Reutersward descend à son hôtel, Fersen se rend chez Goguelat, agent de liaison entre Marie-Antoinette et le monde extérieur.

     

    Dans un premier temps Goguelat n'est pas chez lui et Axel décide de retourner à l'hôtel de Reutersward, mais il n'y est pas. Il retourne donc chez Goguelat, en longeant la rue Saint Honoré, on peut l'imaginer bien caché sous sa perruque et son chapeau, car il est connu dans le quartier. Il rencontre enfin Goguelat. Puis il prend le chemin des Tuileries.

      

    Il rentre par le parc, malgré la crainte des gardes nationaux il se dirige vers les appartements de Marie-Antoinette par son chemin habituel. Il note dans son journal, « je rentrai par mon chemin ordinaire ». Il voit la Reine, ils ne se sont pas vus depuis huit mois. Fersen note dans son journal « Elle se porte fort bien. Je n'ai pas rencontré le Roi » . Une rature suit…après recherche, il adviendrait que sous la rature il y eût écrit : « Je suis resté chez elle » . Personne ne sait ce qui c'est passé ce soir là, tout ce que l'on peut affirmer c'est qu'il aurait été fort dangereux pour Fersen de sortir en pleine nuit, passer devant la garde, se cacher dans Paris et retourner le lendemain voir le Roi.

     

    Le lendemain, Fersen rencontre le Roi et lui donne les lettres de Gustave III. Mais le Roi ne veut plus partir, malgré les plans d'évasions proposés par Gustave III. Fersen note dans son journal « J'ai rencontré le Roi à quatre heures de l'après-midi. Il ne veut absolument pas partir… » Le Roi ne pense pas que c'est dangereux pour lui de rester, il est encore persuadé de la chute des rebelles. D'après le journal de Fersen le Roi lui aurait confié « Nous sommes seuls et nous pouvons parler librement. Je sais que l'on me trouve faible et irrésolu, mais personne ne s'est jamais trouvé dans ma situation. Je sais que j'ai laissé passer ma chance ; j'aurai dû fuir le 14 juillet (…) »

     

    Fersen prend congé du couple Royal, ils ne se reverront jamais. En attendant de pouvoir repartir, il se cache dans le grenier de Madame Sullivan à l'insu de Craufurd et occupe son temps à lire des romans. Il repart avec Reutersward dans la nuit du 21 février à une heure du matin. Bien couverts et arborant des cocardes tricolores pour plus de sûreté, ils prennent la route. Il écrit « Ni lui ni moi n'avions dans nos poches quoi que ce soit susceptible de nous trahir, mais j'étais cependant fort inquiet. » Le voyage se passe bien, malgré quelques imprévus, ils arrivent à Bruxelles.

     

     * Assassinat de Gustave III :

     

    Le 16 Mars 1792, Gustave III est victime d'un attentat, mortellement blessé lors d'un bal à l'opéra de Stockholm. Il meurt le 29 mars. C'est le Duc Charles qui prend la régence en attendant la majorité du fils de Gustave III, qui n'a alors que 13 ans. Lorsqu'il apprend l'attentat, Fersen se dit « désespéré ». Il écrit à Taube : « Oui, mon ami, notre perte est grande et jamais je ne cesserai de le regretter toute ma vie ».

     

    À la confirmation de la mort du Roi, il se demande s'il restera encore ministre à Bruxelles, ville qu'il ne veut absolument pas quitter, il ne veut pas être plus éloigné de la famille Royale qu'il ne l'est déjà. Il a peur que son père, inquiet et désireux de le voir rentrer en Suède, exerce la pression sur le Duc Charles. Mais il n'en est rien et Fersen garde son poste à Bruxelles.

     

    * Le manifeste de Brunswick :

     

    e 20 avril 1792, Louis XVI est contraint de se rendre à l'Assemblée Législative et de déclarer la guerre à l'Autriche, ce que désiraient les jacobins.

     

    Le 20 juin 1792, les révolutionnaires fêtent l'anniversaire de la tentative de fuite manquée, mais dans l'euphorie, se précipitent aux Tuileries et obligent le Roi à arborer le bonnet révolutionnaire. Ils le forcent à trinquer à la santé de la nation. Humiliation terrible d'après certains témoins, dont Germaine de Staël.

     

    Fersen et Marie-Antoinette pensent qu'il serait intéressant d'écrire un puissant manifeste, signé par le Duc de Brunswick. Ce document aurait pour but d'effrayer le peuple, le ramener à la raison par la peur. Le projet est rapidement mis en place, Fersen y travaille. Le 18 juillet, il écrit à la Reine « Je l'ai montré à Monsieur de Limon qui l'a donné à Monsieur de Mercy » .

      

    Persuadés de l'impact positif du manifeste, oubliant que le temps est précieux et qu'il faut se hâter, les émigrés travaillent à la formation d'un ministère et d'une Cour. Aveuglé par son amitié pour le Baron de Breteuil, Fersen souhaite qu'il fasse parti de « ce nouveau gouvernement ». Aussi il le recommande à Marie-Antoinette…Il reçoit une réponse ferme de la Reine, rédigée par Goguelat « Au milieu de tant de dangers, il est difficile de s'occuper du sort des ministres (…)

    Pour le moment il faut songer à éviter les poignards et à déjouer les conspirateurs qui fourmillent autour du trône.

      

    Depuis longtemps les factieux ne prennent plus la peine de cacher le projet d'anéantir la famille Royale (…) Vous avez pu juger lors de la précédente lettre comme il est important de gagner vingt-quatre heures ; Je ne fais que vous le répéter aujourd'hui en y ajoutant, que si on n'arrive pas, il n'y a que la providence qui puisse sauver le Roi et la Reine ».

     

    Ces mots reviendront sûrement en mémoire à Fersen très souvent après la mort de la Reine.

     

    Fersen demande aussi l'avis de Craufurd sur le manifeste.

    A Taube il écrit « c'est moi qui ai écrit le manifeste du duc de Brunswick ».

    Le manifeste est présenté au peuple de paris le 1 er Août.

     

    Partie du manifeste de brunswick (…) La ville de Paris et tous ses habitants sans distinction seront tenus de se soumettre sur-le-champ et sans délai au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté, et de lui assurer, ainsi qu'à toutes les personnes royales, l'inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens oblige les sujets envers les souverains ;

    leurs Majestés impériale et royale rendant personnellement responsables de tous les événements, sur leur tête, pour être jugés militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu'il appartiendra, déclarant en outre, leursdites majestés, sur leur foi et parole d'empereur et de roi, que si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale, s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d'attentats aux supplices qu'ils auront mérités.

      

    Leurs Majestés impériale et royale promettent au contraire aux habitants de la ville de Paris d'employer leurs bons offices auprès de sa majesté très-chrétienne pour obtenir le pardon de leurs torts et de leurs erreurs, et de prendre les mesures les plus rigoureuses pour assurer leurs personnes et leurs biens s'ils obéissent promptement et exactement à l'injonction ci-dessus. (…)

     

    Mais le manifeste ne produit pas l'effet espéré, bien au contraire il accentue la colère du peuple. Le 10 Août, les Parisiens déchaînés, envahissent les Tuileries. C'est un carnage, des centaines de Parisiens et de gardes suisses qui protègent les Tuileries sont massacrés, le couple royal est allé se réfugier à l'Assemblée Législative. Il sera ensuite conduit à la prison du Temple.

     

    Les portes de Paris sont fermées et la guillotine fait son apparition place du Carrousel. Fersen à Bruxelles, apprend la nouvelle une semaine plus tard. Jour après jour, il y a des exécutions, des massacres, la Princesse de Lamballe, amie de la Reine, en fait partie.

     

    Fersen est de plus en plus inquiet, il n'a presque plus contact avec le couple Royal, enfermé au Temple. Le 9 novembre 1792, il est contraint de quitter Bruxelles avec ses amis (Eléonore, Craufurd, Simolin) car les troupes françaises s'approchent dangereusement. Le 11 novembre il est à Aix-la-Chapelle et rencontre les frères de Louis XVI. Fersen apprend que le procès du Roi a commencé.

     

    L'éxécution du couple royal :

     

     La guillotine se trouve à présent place de la République (ancienne place Louis XV et actuelle place de la Concorde). Le 20 janvier 1793, les membres de la Convention votent la peine de mort pour Louis XVI. Le Duc d'Orléans votera la mort de son cousin. Montrant un courage exemplaire, digne d'un Roi, Louis XVI monte sur l'échafaud, le 21 janvier 1793 à dix heures et quart .

      

    « Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute et je pardonne à tous ceux qui sont responsables de ma mort » Ce seront ses derniers mots.

     

    Pendant ce temps à Dusseldorf, Fersen qui n'est pas encore au courant écrit dans son journal : « (…) Leur sort m'afflige beaucoup. Je porte le deuil de la Suède, de mon avenir, de la politique. S'ils meurent tout est fini pour moi ».

     

    C'est le 26 janvier que Fersen apprend les détails, mais outre la mort du Roi, des rumeurs courent selon lesquelles le reste de la famille royale aurait été massacré. Axel écrit à sa sœur :

    « Ma chère et tendre Sophie ah plaignez- moi ! L'état où je suis ne peut être perçu que par vous. J'ai donc tout perdu dans le monde, seule vous et Taube me reste.

    Ne m'abandonnez pas ! celle qui faisait mon bonheur, celle pour laquelle je vivais.

    Oui, ma tendre Sophie, car je n'ai jamais cessé de l'aimer (…) Celle pour qui j'aurais donné mille vies n'est plus (…) Tout est fini pour moi ma chère amie. Ah ! que ne suis-je mort pour Elle, pour eux le 20 juin. Je serais plus heureux que de traîner ma triste existence dans d'éternels regrets…(…) »

      

    Il écrit encore « Il est minuit, nous recevons la triste certitude de l'exécution du Roi, mon cœur est si déchiré que je n'ai pas la force de vous rien dire de plus. On ne parle pas du reste de la famille, mais mes craintes sont affreuses. Ah mon Dieu ! Sauvez-les et ayez pitié de moi ».

     

    On imagine sans peine son soulagement en apprenant que le massacre du reste de la famille n'était qu'une rumeur.

     

    Mais le sort s'acharne, Axel apprend également la mort de sa sœur aînée, Hedda et que son père est gravement malade. De plus, le gouvernement suédois lui fait savoir que son poste n'a plus lieu d'être, on lui propose un poste de ministre à Londres, qu'il refuse.

     

    La mort de Louis XVI représente une des périodes les plus malheureuses de la vie de Fersen. En peu de temps il a perdu deux Rois qu'il affectionnait énormément.

    Il écrit à Sophie « Mon âme est sans cesse affectée des deux pertes que je viens de faire et des craintes sur celles dont je suis encore menacé. L'assassinat des deux Rois dont les bontés me seront toujours présentes ne cesse d'occuper ma pensée (…)

    Joignez encore à cela le mauvais état de la santé de mon père, mes craintes pour sa mort (…) J'éprouve sans cesse une mélancolie et un dégoût de tout que je ne puis vaincre, mes idées se portent toujours sur un même objet et l'image de Louis XVI montant à l'échafaud ne me quitte jamais ».

     

    Mais malgré tout il veut garder espoir. La contre-Révolution mieux organisée, gagne du terrain. Les Autrichiens remportent des victoires, Bruxelles est libérée. Dumouriez, un des chefs de la révolution s'est laissé acheté par les Autrichiens. La trahison de Dumouriez fait naître une lueur d'espoir chez les émigrés français et Fersen, lui-même, veut y croire. Il note dans son journal « Je ne suis plus inquiet pour la Reine » .

    Une rumeur avance que Dumouriez serait déjà en route pour Paris avec une armée de cinquante mille hommes. Le gouvernement suédois nomme Fersen ambassadeur en France auprès de Louis XVII. Mais Dumouriez ne marche pas sur Paris, il a seulement été destitué de son poste pour trahison. Tout repart à zéro, Fersen pense à un plan pour sauver la Reine et le petit Roi. Hélas, en Juillet 1793 la situation empire, Marie-Antoinette est séparée de son fils. Le 2 Août elle est transférée à la prison de la Conciergerie, bien mauvais présage.

     

    C'est un général Français royaliste, Monsieur de Jarjayes qui remettra à Fersen les derniers messages de la Reine, ainsi qu'un anneau qu'il lui avait offert avec les armes de la famille Fersen, comportant la devise « Tutto a te mi guida » (tout me conduit vers toi).

     

    Bien que les Autrichiens accumulent les victoires sur l'armée française, rien n'est envisagé pour sauver la famille Royale. Devant la suggestion même d'envoyer un corps armé sur Paris, l'ambassadeur d'Autriche (Monsieur de Mercy) « reste de glace », dixit Fersen. Le procès de la Reine commence, mais les Autrichiens restent indifférents….

     

    Axel écrit à Sophie « Tu es certainement au courant Chère Sophie, de l'affreux malheur, le transfert de la Reine à la Conciergerie (…) La Convention la livre au Tribunal Révolutionnaire pour être jugée. Depuis ce moment, je ne vis plus (…) Je donnerai ma vie pour la sauver, mais je n'en ai pas le droit. Mon plus grand bonheur serait de mourir pour Elle, mais ce bonheur m'est refusé (…) »

     

    Axel écrit dans son journal « Si je la perds, je perds tout et me retrouverai pratiquement seul dans ce monde. J'aurai perdu trois souverains qui furent mes amis. Je suis en passe de perdre mon père (…) »

     

    Alors que se joue l'avenir de la Reine, Fersen se pose des questions sur son propre avenir. Eléonore serait prête à quitter Craufurd pour lui, mais à condition qu'Axel se décide : « J'ai besoin de quelqu'un qui prenne soin de moi. Mais si Elle survit, je ne voudrais, ni ne pourrais l'abandonner ».

     

    Dès le mois d'octobre 1793, plus personne ne garde espoir sur le sort de la Reine. Même Fersen n'y croit plus. Dans son journal il écrit, le 10 octobre : « Le jugement de la Reine me fait trembler ; S'il a lieu cette grande et infortunée princesse est perdue (…). »

     

    Pendant ce temps à Paris, s'ouvre le procès de Marie-Antoinette. Les pires accusations sont lancées contre elle, dont certaines abominables (entre autres, l'inceste avec son propre fils). Elle est condamnée à mort le 15 octobre. Son procès était joué d'avance, comment pouvait-il en être autrement ?

    Marie-Antoinette était devenue pour le peuple Français l'ennemie à abattre, il fallait s'en débarrasser. Elle est exécutée le 16 octobre 1793. Tout comme le Roi, elle montra un courage exemplaire dans ses derniers instants, elle resta Reine jusqu'au bout. Elle allait avoir 38 ans.

     

     Apprenant la nouvelle, Axel écrit à Sophie « J'ai maintenant perdu tout ce que j'avais au monde. Toi seule me reste.

    Elle pour qui je vivais, qui faisait mon bonheur, pour qui je vivais, oui ma chère Sophie, je n'ai jamais cessé de l'aimer et j'aurai tout sacrifié pour Elle.

    Elle que j'aimais tant, pour qui j'aurai donné mille fois ma vie, n'existe plus. (…) J'aurai toujours son image devant les yeux, en moi, le souvenir de ce qu'elle était pour moi me fera la pleurer éternellement. Tout est fini pour moi. Pourquoi n'ai-je pu mourir à ses côtés, verser mon sang pour Elle, pour eux ? » Ces quelques mots prouvent à quel point il est accablé de chagrin, de regrets. Dans son journal : « Son image, ses souffrances, sa mort et mon sentiment ne me sortent pas de la tête, je ne puis penser à autre chose.

    Oh mon Dieu ! Pourquoi faut-il l'avoir perdu ! Et que vais-je devenir ? Je lus les interrogatoires et ils font bouillir de colère en pensant que la Reine de France ait été assez avilie pour être menée devant des gueux et des scélérats de cette espèce ».

     

    La vie d'Axel von Fersen sera désormais bien morne, ponctuée de remords, de désirs de vengeance, d'émotions et de souvenirs qu'il notera inlassablement dans son Dagbook.

     

    Désespéré, dépressif, il se tourne une nouvelle fois vers Eléonore, mais ne pense qu'à Elle et à la venger, son journal en témoigne :

    « Qu'elle ait été seule dans ses derniers instants, sans consolation, sans personne à qui parler et à qui elle aurait pu faire part de ses souhaits, voilà qui est affreux. Quels suppôts de Satan ! Non, si je n'arrive pas à me venger, je n'aurai jamais l'âme en paix. »

     

    Son père malade, le prie de rentrer en Suède, mais Axel ne se décide pas à quitter Eléonore, la seule qui dans ces moments de désespoirs lui apporte un peu de réconfort et de soutien. Mais la peur du mariage l'éloigne peu à peu de madame Sullivan.

     

    Il se procure tout ce qu'il peut trouver sur la reine, souvenirs…

    Un jour, il reçoit une feuille avec l'écriture de Marie-Antoinette

    « Adieu, mon cœur est tout à vous » .

     

    Son père meurt le 24 avril 1794, mais toujours à Bruxelles, Axel n'apprend son décès que 18 jours plus tard. Il n'a pas assisté aux obsèques. Il apprend aussi qu'il n'est plus ministre et doit quitter Bruxelles pour Spa, la Belgique étant de nouveau entre les mains des Français dirigés par le général Bernadotte.

     

      Retour en Suède et rôle politique :

     

    * Les désillusions :

     

    La Révolution Française gagne une bonne partie de l'Europe, Fersen se résout enfin à rentrer en Suède après six ans d'absence. Il écrit le 13 octobre 1794 « je suis resté tristement enfermé pendant toute la journée à ruminer le passé, le présent et le futur. Le passé était plein d'agréments, mais ils ont disparu. Mes jours de bonheur sont en tout cas derrière moi. Le présent est sinistre et Dieu sait ce que nous réserve l'avenir. Tel est le résultat de mes méditations » .

     

    Effectivement, tout paraît noir pour Fersen, il n'est plus le même, la plupart des personnes auxquelles il était attaché ont disparu, laissant derrières elles, mélancolie, regrets, peines…À ces regrets s'ajoute son histoire avec Eléonore que la jalousie de Craufurd avait rendue finalement impossible. Même si Axel tente de se convaincre qu'il n'avait aucun avenir avec Eléonore, plus âgée que lui, menant une vie de débauche, il n'en demeure pas moins qu'elle lui manque et qu'elle est un des seuls liens avec sa vie passée.

     

    Le 16 Octobre 1794, jour d'anniversaire de la mort de Marie-Antoinette, Fersen est dans le bateau qui le conduit en Suède. Il écrit « C'était un jour aussi mémorable qu'atroce pour moi, cet anniversaire du jour où j'aie perdu l'être qui m'aimait plus que tout sur terre et que j'aimais d'un amour sincère. Je pleurerai cette perte toute ma vie et je me rends compte que mon amour pour Eléonore, si fort qu'il soit, ne pourra jamais me faire oublier ce que j'ai perdu ».

     

    Il retrouve sa famille le 23 octobre 1794. Il profite de son retour pour s'occuper de son avenir, mais Axel de Fersen se sent comme un étranger dans son propre pays. La Cour du Duc régent est dérisoire en comparaison des autres cours d'Europe, rien ne le séduit dans sa patrie. Il écrit dans son journal « Plus je vois de choses dans mon pays, plus je le trouve changé et moins j'ai de goût pour y habiter. J'aurais voulu naître anglais, c'est le pays le plus agréable à vivre. Ici on s'intéresse exclusivement aux faits et gestes d'autrui et il n'y a aucune sorte de vie en société ».

     

    La plupart des femmes qui essaient de s'approcher de lui n'essuient que des refus. Il est toujours hanté par Eléonore et le souvenir de Marie-Antoinette.

     

    En Juin 1795, il apprend la mort de Louis XVII. Il écrit « J'ai appris la triste nouvelle de la mort du jeune Louis XVII. J'en ai été profondément troublé, car ce prince représentait le dernier sujet d'intérêt qu'il me restait en France. Maintenant je n'ai plus rien là-bas, tout ce que j'aimais à disparu, car je ne me préoccupe pas de Madame dont je prévois qu'elle ne vivra pas longtemps. Ainsi toute la famille sera anéantie. Cette triste pensée me remet en mémoire mes tristes pertes » .

     

    Il y aura beaucoup de confusion et une grande polémique encore de nos jours autour de la mort du jeune Roi. Fersen est un des premiers à avoir des doutes. Il note « J'y ai lu le procès verbal de l'autopsie du malheureux enfant. Ce qui est dit sur sa constitution scrofuleuse est plausible pour le public, mais ne peut pas être authentique. On l'a enterré à la sauvette ; tout cela est pour moi d'une infinie tristesse (… )»

     

    En Juillet 1795, il quitte temporairement la Suède pour rencontrer Eléonore avec laquelle, malgré tout, il a gardé contact. Il voyage incognito et opte pour diverses identités telles que Monsieur Von Ljung. Il voit Eléonore, reste seul avec elle le plus souvent possible, mais sait qu'il ne peut plus vivre de cette manière. Il doit se décider, ce qu'il ne fera jamais.

     

     * La Cour de Vienne :

     

    Le 19 décembre 1795, Marie-Thérèse Charlotte (Madame Royale), la fille de Louis XVI et Marie-Antoinette sort de prison pour être échangée contre des révolutionnaires, prisonniers des Autrichiens, dont faisait partie le fameux Drouet. Depuis la mort du couple royal, Fersen, a tenté vainement de récupérer l'argent entrepris pour la fuite à Varennes, mais ses tentatives avec la cour de Vienne n'ont jamais abouties. Il décide alors d'aller en Autriche rencontrer la fille de Louis XVI…Malheureusement pour lui, il n'aura pas plus de chance avec Madame Royale.

     

    Il n'avait pas vu Madame Royale depuis la fuite à Varennes, elle avait alors douze ans.

     

    Le 19 Février, Fersen se trouvait à la cour de Vienne en compagnie d'un aristocrate français, le Duc de Guiche. Il aperçoit la jeune femme « lorsqu'elle passa devant nous, elle salua en rougissant et, en rentrant chez elle, se retourna comme pour nous voir encore une fois » . Il rencontre l'Empereur François II, le 14 février, mais malgré le reçu de Louis XVI et Marie-Antoinette il ne peut rembourser Fersen. Le 5 mars il rencontre Madame Royale qui lui dit « Je suis bien heureuse de voir que vous êtes en sécurité » .

      

    Elle ne dit pas un mot de plus, s'éclipsa, mais Fersen écrit dans son journal : « J'ai eu au moins vingt fois les larmes aux yeux de joie et de mélancolie ». Enfin il peut s'entretenir en privé avec la princesse, ils discutent et Axel l'observe attentivement ; Il note « Elle parle fort bien et naturellement » puis un peu déçu « Elle tient moins de sa mère que des Bourbons et j'aurais préféré le contraire ». Il ajoute " je remarquais qu'elle était très gênée de nous rencontrer ainsi, le duc de Guiche et moi".

     

    Après entretiens, lettres et audiences, Fersen finit par obtenir un compromis de l'Empereur. Il consent à donner mille ducats à Mesdames Stegelman et Von Korff qui avaient avancé près de trente mille livres !

     

    Il écrit dans son journal « J'étais très content de quitter Vienne mais irrité et désolé d'avoir si complètement échoué. Ces gens, avec leur manque de cœur, de noblesse, de générosité et de sens de la justice m'ont offensé. Le comportement de Madame m'a blessé et désolé ».

     

     * Le congrès de Rastatt :

     

    Juillet 1796, Fersen mentionne le nom de Bonaparte dans son journal. « Bonaparte est un jeune homme plein de feu et d'ambition… ».

     

    En novembre 1796, Gustave IV Adolphe, alors majeur, devient Roi de Suède. C'est la fin du gouvernement de tutelle. Fersen attend un poste au gouvernement, mais souhaite également rester près d'Eléonore, même s'il ne veut pas l'épouser. C'est le 28 avril 1796 qu'il rencontre pour la première fois le Prince Kristian August d'Augustemborg. Il dira « il est blond, avec un beau visage, ses manières ne sont pas d'une grande noblesse, mais agréables ». Il ne sait pas que quelques années plus tard ce prince sera la cause de sa mort…

     

    En 1797, Bonaparte accumule les victoires les unes après les autres, les Autrichiens sont vaincus. La carte de l'Europe est modifiée, c'est ainsi qu'à lieu le congrès de Rastatt. Ce congrès a pour but de régler la réorganisation territoriale de l'Allemagne. Gustave IV considère que la Suède, qui a des possessions en Allemagne doit être présente.

    C'est Fersen qu'il désigne pour défendre les intérêts de la Suède à Rastatt. Il aura ainsi le titre d'ambassadeur. Il rencontre Bonaparte en tant qu'ambassadeur de Suède, mais leur entrevue ressemble plus à une confrontation qu'à un rendez-vous politique. Bonaparte incarne la nouvelle république victorieuse et Axel de Fersen, la royauté déchue, avec ce titre « d'amant de la Reine » qui lui colle à la peau. Fersen écrit dans son journal « Il m'a appelé Monsieur, donc ni ambassadeur, ni comte, offense qui dans d'autres temps, ne serait pas restée impunie. »

      

    Bonaparte déclare que « la République Française ne souffre pas qu'on lui manque le respect et qu'on lui envoie des représentants qui lui déplaise en raison de leur rôle politique, exactement comme le Roi de Suède refuserait de recevoir quelqu'un qui aurait participé à un mouvement dirigé contre lui. Je déclare ainsi, à l'usage du Roi de Suède, que la République, soucieuse de sa dignité, ne tolèrera pas des personnes qui vraissemblablement, figurent sur les listes d'émigrés et ont pris une part active en politique…. »

     

    Fersen écrira « je me sentis offensé et indigné par cette déclaration qui, de toute évidence, me visait personnellement ».

     

    Axel de Fersen ne dit mot et quitte la pièce. Il note tout de même que Bonaparte le raccompagna jusqu'à la porte :

    « Il est petit et fluet, émacié et noiraud ; il semble malade de la poitrine » puis… 

    « Il fallait du sang froid pour ne pas répondre sèchement et durement, mais, dans les circonstances du moment, il m'a paru plus prudent de ne rien dire »

     

      

    De son côté Bonaparte déclare que Fersen n'est autre pour lui qu'un émigré puisqu'il a abandonné son service en France au moment de la Révolution. De plus il était le chef du parti le plus haineux contre la Révolution et enfin, il était l'amant de Marie-Antoinette.

      

    « Il a couché avec la veuve Capet, c'était dans les journaux ».

     

    Fersen est outré « Cet illustre général dans sa façon de se comporter, n'est qu'un simple parvenu qui croit que l'effronterie et l'orgueil sont des qualités ».

     

    Les accusations de Bonaparte sont reprises dans plusieurs journaux, Fersen écrit, désabusé « Ce qu'ils disent de ma conversation avec lui est en partie vrai, mais j'ai été blessé par leurs allusions à mes rapports avec la malheureuse reine ».

     

    Après ces accusations, Fersen ne peut continuer à mener la délégation suédoise à Rastatt. Mais malgré cet affront il est content de passer pour le représentant de l'ancien régime, surtout en voyant les petitesses dont sont capables certaines personnes.

    Il reste à Rastatt encore un moment et part ensuite pour Karlsrhue assurer une mission confiée par Gustave IV.

    Il resta longtemps à Karlsrhue et encore une fois brisa des cœurs à son départ, dont celui de la princesse de Hesse-Darmstatd.

     

     * Le retour en Suède :

     

    ll s'engage dans un mouvement et travaille clandestinement contre la Révolution et le Jacobinisme. C'est à cette même période qu'il rompt définitivement avec Eléonore Sullivan. Il perd aussi son meilleur ami Evert Taube, amant de Sophie, qui meurt des suites d'un empoisonnement.

    Il rentre en Suède en octobre 1799 « j'étais heureux de me retrouver chez moi, mais mon ami Taube me manquait d'autant plus et ma pauvre sœur versait des larmes amères ».

     

    À l'automne 1799, Axel de Fersen est un des plus grands seigneurs de Suède, seul, riche et influent. Il entretient de très bonnes relations avec Gustave IV Adolphe, partisan de la contre-révolution et contre le jacobinisme. Mais voilà qu'en Suède, le peuple gronde, l'économie est au plus bas. Encore sous le choc de la Révolution Française, Fersen, sous l'autorité du Roi donne l'ordre d'arrêter tous les responsables des émeutes.

      

    Le Roi le nomme chancelier de l'université d'Uppsala. Fersen est effaré ! Lui qui s'attendait à un poste de ministre des affaires étrangères... Mais devant des étudiants qui montrent des signes de rebellions, qui approuvent les idées révolutionnaires, le Roi pense que Fersen est le mieux placé pour mettre de l'ordre et calmer les esprits. En effet, il met de l'ordre ! Il met en place des patrouilles militaires de nuit dans les rues d'Uppsala et interdit toute manifestation ou réunion jacobine.

     

    Pendant ce temps, il continue son combat contre la révolution. Il note en 1800 « la sécurité de l'Europe et ma soif personnelle de vengeance s'unissent dans mon espoir de voir la chute de la République.

    C'est une hydre qu'il faut anéantir si l'on veut éviter qu'elle contamine toute l'Europe » . Fersen se rend compte qu'il devient très impopulaire dans son propre pays. En avril 1800, sa mère meurt d'une épidémie qui sévie dans le pays.

     

    Le peuple suédois gronde de plus en plus, certains nobles renoncent même à leurs privilèges pour se ranger du côté de la rébellion. Fersen quant à lui est décoré de l'ordre des Séraphins, premier ordre en Suède et très honorable.

     

    Face à la révolte menaçante, le Roi perd en popularité, Fersen note « tout le monde se plaint que la Cour soit triste et déplaisante …Le roi de jour en jour plus obstiné et plus raide (…) personne ne trouvant plaisir à le servir ». Il parle aussi de l'influence qu'exercent certains sur le jeune monarque.

     

    A 44 ans, Axel de Fersen est un des hommes les plus riches de Suède, il possède des terres, des bois, de nombreuses propriétés jusque dans les Antilles, des mines et des actions. Il est chevalier de l'ordre des Séraphins, chancelier de l'université d'Uppsala, lieutenant de la garde Royale…

      

    Malgré cela il est malheureux, il a perdu ses parents, ses amis et le régime pour lequel il a voué toute sa vie est entrain de sombrer.

      

    À l'automne 1800 il rentre au gouvernement, mais de nouveau ses rapports laborieux avec la France républicaine l'empêchent d'accéder au poste souhaité. Il ne sera pas ministres des affaires étrangères, comme il le désirait, mais « seulement » Maréchal du Royaume ; Poste qu'il refuse au début, mais fini par accepter.

     

    Affectée par la mort de son ami Taube, Sophie tombe malade et Axel décide de l'amener en voyage, ce qui lui rappelle d'innombrables souvenirs. La fille de sa sœur aînée Hedwige, les accompagne ainsi que son mari, Möllersward. Ce dernier moura au cours du voyage. Il est enterré à Pise, au même endroit que sa belle-mère qui elle aussi mourut en Italie au cours d'un séjour.

      

    Fersen retrouve une de ses anciennes maîtresse Marianne Orua, épouse d'un ministre Espagnol. Il constate avec regret que l'Europe n'est plus ce qu'elle était, que les souverains des différents pays sont faibles et plient sous l'influence Française.

     

    Au cours de leur séjour, ils rencontrent le Pape Pie VII. A Naples, l'état de Sophie empire avec la chaleur. Ils décident de rentrer, ils passent par Francfort et Hambourg où il rencontre Madame de Korff qui avait prêté et perdu énormément d'argent pour la fuite de la famille Royale.

      

    Il note « Elle a vieilli, j'étais ravi de la revoir, elle a été tout à fait charmante avec moi. Elle vit confortablement, mais je me sentais triste en pensant à tout ce qu'elle avait perdu et de quelle manière ». Ils passent par le Danemark et rentrent enfin, par un froid glacial le 5 février 1803.

     

    Dès son retour, Fersen s'affirme sur le plan politique, membre du gouvernement, chancelier de l'université, général de corps d'armée et maréchal du royaume. Il est sollicité et respecté.

      

    Sa vie en Suède lui paraît enfin acceptable, il fréquente les membres de la famille royale, se partage entre la Cour et ses occupations. Il finit même par écrire une partie de ses notes en suédois. Sophie va mieux et surmonte la mort de Taube.

     

    En 1804, il apprend que Louis XVIII (Provence), son neveu (Duc d'Angoulême, époux de Madame Royale) et le comte d'Artois (futur Charles X) venaient en Suède. Ils souhaitent établir une protestation contre le fait que Napoléon Bonaparte soit proclamé empereur.

      

    Une réunion des Bourbons doit avoir lieu à Kalmar et Gustave Adolphe charge Fersen de recevoir Provence et Artois.

     

    Louis XVIII est déjà appelé « Votre Majesté » en permanence. Kalmar devient pour quelque temps la capitale de la contre-révolution. Fersen arrive sur place le 13 octobre 1804 et loge chez Alberg, le chef de la Police. Il appréhende cette rencontre et en même temps est heureux de revoir les frères de Louis XVI. Il écrira au sujet de ces retrouvailles « Ils m'ont sauté au cou et notre rencontre fut très émouvante (…)

      

    J'étais très heureux de les voir, cela ravivait en moi tant de souvenirs mais aussi le sentiment de ma perte » .

    Les activités s'organisent et la déclaration contre Napoléon est rédigée. Fersen persuade Louis XVIII de ne proclamer cette déclaration qu'en territoire neutre, en mer. L'ambiance est idéale, des contemporains, ainsi que Fersen lui-même note que Louis XVIII a tendance à boire un peu trop. Après avoir remercié les suédois pour leur hospitalité, les Bourbons quittent la Suède le 23 octobre. Mais malgré la déclaration contre Napoléon, ce dernier est tout de même couronné empereur en décembre 1804.

     

    Gustave Adolphe est déterminé à faire tomber Napoléon et écraser une bonne fois pour toute la Révolution Française afin de rendre le trône aux bourbons. De son côté Fersen est réaliste, il s'est rendu compte que les puissances étrangères ne pouvaient pas faire grand-chose contre la France et Napoléon. Il n'est plus l'homme d'antan prêt à combattre, rêvant de vengeance.

     

    Mais le Roi persiste dans son entêtement et charge Fersen, de se rendre en Poméranie, en tant que ministre des affaires étrangères et d'entretenir des contacts avec les puissances.

    Malgré tout, les armées de Napoléon battent un à un tous les pays. Fersen écrit fin 1805 « L'année se termine sur la déconfiture des dynasties d'Autriche et d'Italie, la dissolution de la coalition, l'Allemagne du nord abandonnée à l'abjecte politique prussienne, pas assez unie pour construire un barrage capable de résister à la force monstrueuse de la France, et toute l'Allemagne du Sud réduite en esclavage.

    Souhaitons de ne pas avoir à subir au cours de l'année qui commence, des évènements encore plus amers » .

     

    Axel tente vainement de raisonner le Roi, il est alors écarté du gouvernement. Il écrit : « J'étais ravi de devoir m'en aller et m'éloigner de la politique car c'est affreux et imparable d'être le bouc émissaire de tout ce qui arrive, ou tout du moins d'en être soupçonné » .

      

    Fersen reste malgré tout maréchal du royaume.

     

    C'est alors qu'il sombre de nouveau dans un profond désarroi, il critique l'alcoolisme des suédois, la méchanceté et l'intrigue. Il note « La galanterie n'est que débauche (…) on cancane beaucoup et toutes les dames d'un certain âge sont des commères. D'une manière générale, ils ne voient pas ce que veut dire aimer ou vivre et il est impossible à Stockholm, d'avoir une liaison convenable ».

     

    Il entame une liaison avec une jeune femme de 26 ans, Emelie de Geer, relation sérieuse, puisqu'il serait même question qu'il l'a demande en mariage. Commence alors une vie « tranquille », loin de la politique, il prend plaisir à la vie simple et sans contrainte. Le 21 Février 1808 la Russie attaque la Suède. Le Danemark déclare à son tour la guerre à la Suède, avec le général Français Bernadotte à sa tête.

    Quant à la Suède elle déclare la guerre à la Prusse. Dans toute cette agitation, Gustave Adolphe perd sa crédibilité et devient très impopulaire.

     

    C'est officiellement le 31 mars 1808, que Fersen ferme son journal sur cette phrase « jeudi 31, le Roi est revenu de Gripsholm ». On ne connaît pas à ce jour la raison pour laquelle, Fersen arrête brusquement ses confidences, alors qu'il a tenu son journal pendant 38 ans. Peut-être pensait-il s'y remettre plus tard ? ou bien était-il impliqué dans un complot pour déposer le Roi ? Encore une fois, aucune preuve ne peut venir apporter une réponse concrète. Quoiqu'il en soit, le 12 mars 1809, le Roi est déposé et mis aux arrêts.

     

    Sa mort :

     

     * La mort du prince héritier :

     

    C'est le Duc Charles qui devient Charles XIII, Roi de Suède. Mais étant donné qu'il n'a aucune descendance un prince héritier doit être désigné. Ce sera Kristian August Augustenborg, appelé Karl August, commandant en chef en Norvège lors du coup d'Etat en Suède. Axel et son frère Fabian, font partis de la délégation chargée d'accueillir le prince héritier. En novembre 1809, Charles XIII est atteint d'une hémorragie cérébrale.

      

    Il est sauvé, mais on parle plus que jamais du règne de Karl-August, on se préoccupe même de sa descendance. Pendant ce temps Gustave IV Adolphe et sa famille sont exilés en Allemagne. De son côté Fersen est de plus en plus écarté du pouvoir politique et du premier gouvernement issu de la nouvelle constitution. La Suède tend vers l'égalité des droits, les nobles perdent un grand nombre de leurs privilèges passés.

     

      

    Axel de Fersen est de plus en plus isolé, ce pays, cette nouvelle Europe n'a plus rien à voir avec ce qu'il a connu. Il reste attaché à l'Ancien Régime, il est conservateur et a du mal à accepter la tournure des évènements. C'est un homme du passé et c'est justement ce qu'on lui reproche. En tant que Maréchal du Royaume, Fersen doit conduire le prince héritier au château de Drottninggholm. Mais le prince n'a pas l'air en très bonne santé, il est souvent malade. Les pamphlets alimentent déjà la rumeur, et on soupçonne la comtesse Piper, aidé de la Reine d'avoir empoisonné le prince héritier. Un constitutionnel actif, Grevesmöhlen s'occupe de répandre la rumeur.

      

    Les Suédois ont toujours à l'esprit les morts subites survenues dans l'entourage de Sophie Piper, en commençant par Evert Taube.

     

    Epuisé et malade, Karl-August est en permanence suivi par un médecin particulier, Rossi, qui s'avère être le médecin de famille des Fersen. Mais cela ne sera pas suffisant, le 28 mai 1810, Karl August tombe de cheval lors de l'inspection d'un régiment de hussards. Il faisait un froid glacial et des témoins disent l'avoir vu chanceler, perdre le contrôle de son cheval et tomber. Malgré les secours, dont son médecin Rossi, Karl-August meurt.

     

    C'est alors que les pires rumeurs circulent, dont l'empoisonnement du prince héritier. Une autopsie immédiate est demandée. Sparre, le chef de cabinet du prince refuse dans un premier temps puis fini par accepter se disant que l'accord de Stockholm serait long à venir.

      

    C'est le docteur Rossi, assisté de cinq médecins qui pratique l'autopsie. Les résultats de l'autopsie révèlent que la mort est due à une attaque, qu'il n'est nullement question d'empoisonnement.

    Une fois de plus la Suède se retrouve sans prince héritier, ce qui accable encore plus le pauvre Charles XIII, dont la santé faiblie.

      

    On pense alors à Fredrik Christian, frère du défunt prince pour le remplacer. Pendant ce temps, des experts médicaux sont envoyés par le gouvernement pour faire l'autopsie de Karl-August et constatent que l'acte médical a déjà été effectué. Les rumeurs vont bon train et Charles XIII lui-même est persuadé que le prince a été assassiné.

     

    Le Roi soupçonne les Gustaviens, dont son épouse fait partie. Il souhaite étouffer l'affaire, mais il est déjà trop tard. Le peuple gronde, des tracts circulent et des groupes se rassemblent devant l'hôtel particulier des Fersen. Les comtes de Fersen et Sophie Piper sont directement visés.

    Des pamphlets qui décrivent « la conspiration des Fersen » sont distribués dans tout Stockholm. Un témoin dit même avoir entendu le Roi dire « Si j'étais à la place de Fersen, je demanderais à être arrêté et j'exigerais d'être jugé. Cela les ferait taire tous. ». Mais Axel de Fersen est loin de tout cela, il est en congé, en province chez Emelie et se souci peu des bruits qui courent.

     

    * 20 juin 1810 : Dernier voyage :

     

    En tant que maréchal du royaume Fersen doit regagner Stockholm pour s'occuper des funérailles du prince. Emelie, consciente du danger tente de l'en dissuader, mais fidèle à ses principes et à ses devoirs, il part pour Stockholm. Ce qu'il ne sait pas c'est que dans la capitale, on le soupçonne d'être à la tête du mouvement Gustaviens qui aurait soit disant assassiné le prince.

      

    D'autant plus que l'autopsie est remise en cause par les médecins experts du gouvernement et Rossi, le médecin de Fersen est accusé d'incapacité et de complicité.

     

    Axel de Fersen souhaite parler au Roi pour l'organisation des funérailles, mais aucune audience ne lui sera accordée. Il est totalement sidéré. Selon les témoignages, il part en disant

    « Si le Roi n'a pas le temps de parler à son maréchal du royaume des mesures à prendre pour le cortège funèbre, alors je m'éloigne ».

     

    Face aux violences et à l'agitation prévue, le préfet de Stockholm demande au Roi de dissuader Fersen de participer au cortège. Ce à quoi le Roi répond « Cela ne fera pas de mal si le monsieur en question voit sa voiture un peu salie ». C'est le général Silfversparre qui est chargé ce jour là de maintenir l'ordre, demande au Roi l'autorisation de distribuer des cartouches à ses soldats et le droit de riposter en cas d'émeutes.

      

    Mais une fois de plus le Roi refuse et dit « il n'y aurait rien de mal à ce que ce monsieur hautain reçoive une leçon ». Le 19 juin au soir, la bière est distribuée à flot dans tout Stockholm et le 20 juin au matin les cabarets ouvrent tôt. On donne même de l'argent aux marins pour boire, tout le monde sait ce qui va se passer.

     

    Pendant ce temps Fersen se prépare. Son serviteur le met en garde et tente de le dissuader, mais rien n'y fait. Ni les mises en garde de ses proches, ni même les lettres anonymes et menaçantes qu'il a reçu, dont voici un extrait « Un seul mot peut t'écraser misérable ! Méprisable créature, avec ta prétendue grandeur et toute ta splendeur, sache que le dernier des paysans te crache dessus ».

     

    Mais Axel de Fersen n'a pas peur, il se moque des menaces et méprise les enragés, comme autrefois les "enragés" Français. C'est donc calme et détendu qu'il monte dans son beau carrosse et quitte sa propriété. A midi le cortège funèbre se met en route.

      

    Les cloches des églises sonnent au rythme de la marche funèbre. Silfversparre est en tête du cortège, suivent les voitures de Cour. Le carrosse étincelant du maréchal est suivi du corbillard. Mais peu de temps après le départ du convoi, l'agitation commence, ce sont d'abord des insultes verbales, crachats, mais Fersen reste calme. Il regarde droit devant lui, ne faiblit pas, peut-être songe-t-il à la fuite à Varennes, survenue il y a 19 ans jour pour jour. Il a si souvent mentionné cette date du 20 juin dans son journal, se reprochant d'avoir cédé au Roi, de les avoir quitté au premier relais et de n'avoir pu sauver la Reine ou de ne pas être mort pour Elle….

      

    Et voilà qu'une fois de plus, un 20 juin tragique survient dans sa vie, ce sera le dernier. Après les insultes, viennent les jets de pierres sur le carrosse, à son passage il entend « Le voilà le meurtrier ! », sa voiture est secouée et les vitres volent en éclats. Axel de Fersen saigne au visage, mais ne bouge pas, il est toujours sûr de lui, froid et impassible. Les cochers et laquais sont atteints par des pierres, la foule devient de plus en plus menaçante et se presse dangereusement autour du carrosse du maréchal. On entend crier « Mort à Fersen ! Mort au meurtrier ! ».

      

    Axel demande à un cavalier d'aller chercher de l'aide. Silfvesparre est prévenu, mais ne se presse pas pour intervenir. Fersen reçoit pierres et ordures, il se protège le visage ensanglanté comme il peut. Mais le carrosse est immobilisé. Un ancien adjudant, Bartholin, fait sortir Fersen du carrosse et l'entraîne vers une maison. Silfvesparre arrive alors et engage Fersen à se protéger dans la maison. Il est amené dans le cabaret au premier étage et dit « Tout cela est pour moi une surprise. Je ne sais pas ce que j'ai bien pu faire au peuple ». . Ses habits sont en lambeaux, il respire péniblement. Mais la foule n'est pas calmée pour autant et Silfvesparre comprend tout à coup, que le peuple ne s'arrêtera pas à quelques insultes ou maltraitances.

      

    Il tente de calmer la foule rassemblée devant la maison où se trouve Fersen, en promettant son arrestation. Mais les injures continuent et Fersen entend même en français : « c'est vous le responsable de la Révolution Française ! ». Axel est bousculé, ses décorations arrachées, il est traîné dehors. Il tente de se justifier « Je suis innocent ! J'aimais le prince héritier et je déplore sa mort autant que vous ! », mais les agitateurs le poussent dans l'escalier pour le faire sortir de la maison et descendre dans la rue. Silfvesparre tient Fersen par le bras, promettant à la foule de l'amener à l'hôtel de ville pour qu'il soit arrêté. Les insurgés les bousculent, tape Fersen avec ce qu'ils peuvent. Silfvesparre est également blessé.

      

    Une fois dans la rue, Fersen demande à un général à cheval de l'aider et de le sauver, mais la foule en délire le pousse, le met à terre, le tire jusqu'à la place de la noblesse. Les deux cents hommes de la garde royale ne bougent pas, ils ont reçu des ordres. Fersen est poussé à coups de pieds et de cannes contre la porte de l'hôtel de ville. Les gardiens parviennent à le faire entrer, un laquais l'a rejoint. Mais la foule force la porte et se rue de nouveau sur le pauvre malheureux et le serviteur.

      

    Ils hurlent « Est-ce ton serviteur ? ». Conscient de la situation Fersen répond « Non, je ne le connaît pas ». Ils sortent Fersen dans la rue et l'achèvent lamentablement à coups de cannes et de parapluies. Ils sautent sur le corps, dansent et le piétinent. Pendant ce temps, Silfvesparre, les gardes, les fonctionnaires de police assistent calmement à la scène. Axel de Fersen est mort, sacrifié à une foule déchaînée.

     

    Aucun des assassins de Fersen n'est condamné pour meurtre. Juste pour « participation à l'émeute » ou encore « avoir avoué des actes de violences ». La plupart sont graciés par Charles XIII quelques années après.

     

    L'enquête sur la mort de Karl-Auguste révéla que le prince n'est pas mort d'empoisonnement, et les Fersen sont entièrement disculpés.

     

    Sophie Piper se bat pour la réhabilitation de son frère, qu'elle fini par obtenir. Le 2 décembre 1810, il est réhabilité et en tant que maréchal du royaume et détenteur de l'ordre des Séraphins, il a droit à des obsèques officielles avec honneurs.

     

    Sophie fit élever un monument à la mémoire de son frère :

     

    Comte Axel de Fersen, grand maréchal de Suède

     

    Chancelier de l'académie d'Uppsala, général de cavalerie,

     

    Chevalier et commandeur des principaux ordres du royaume,

     

    Né le 4 septembre 1755,

     

    Lui qui voulait combattre l'anarchie et la fureur populaire,

     

    Il en a été victime le 20 juin 1810,

     

    Que son innocence soit reconnue

     

    Que vienne la vengeance des innocents,

     

    La gloire et la vérité,

     

    Sa mémoire les garde.

      

     

    sources

    superbe blog - AXEL de FERSEN

    http://axelvonfersen.free.fr/index.php?option=com_

    content&view=article&id=2&Itemid=2  

    photos google

     

    http://imageshack.us/
     
     
     
     
     
     

     

      

      

     

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