• La maison d’André Chénier

     

     

     

    La maison d’André Chénier

    Avant le 7 thermidor
    Le vendredi 23 septembre 2005.

    Quand au mouton bêlant, la sombre boucherie Ouvre ses cavernes de mort, Pâtre, chiens et moutons, toute la bergerie Ne s’informe plus de son sort

    […]

    Oubliés comme moi dans cet affreux repaire, Mille autres moutons comme moi, Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire
    Seront servis au peuple roi

     

    […]

      

    André Chénier, Dans ma prison.

     

      

    Bernard Vassor, auteur du blog http://bernardvassor.canalblog.com.

      

      

    La maison d’André Chénier (1762-1794), à l’angle de la rue de Cléry et la rue Beauregard, sur la placette appellée aujourd’hui pointe Trigano (photo B. Vassor).  

      

      

    Il vécut là, avant d’être l’hôte de la prison Saint Lazare, dont nous reparlerons dans un prochain article.

    Voici l’une de ses dernières poésies :

    L’épi naissant mûrit de la faux respecté ; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l’été Boit les doux présents de l’aurore ; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l’heure présente ait de trouble et d’ennui, Je ne veux point mourir encore.

    Qu’un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, Moi je pleure et j’espère ; au noir souffle du Nord Je plie et relève ma tête.
    S’il est des jours amers, il en est de si doux ! Hélas ! Quel miel jamais n’a laissé de dégoûts ? Quelle mer n’a point de tempête ?

    L’illusion féconde habite dans mon sein. D’une prison sur moi les murs pèsent en vain. J’ai les ailes de l’espérance : Échappée aux réseaux de l’oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
    Philomène chante et s’élance.

    Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m’endors, Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords Ni mon sommeil ne sont en proie. Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ; Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.

    Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J’ai passé les premiers à peine, Au banquet de la vie à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé La coupe en mes mains encor pleine.

    Je ne suis qu’au printemps, je veux voir la moisson ; Et comme le soleil, de saison en saison, Je veux achever mon année. Brillante sur ma tige et l’honneur du jardin, Je n’ai vu luire encor que les feux du matin ; Je veux achever ma journée.

    Ô mort ! Tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi ; Va consoler les coeurs que la honte, l’effroi, Le pâle désespoir dévore. Pour moi Palès encore a des asiles verts, Les Amours des baisers, les Muses des concerts. Je ne veux point mourir encore. "

    Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois S’éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix, Ces voeux d’une jeune captive ; Et secouant le faix de mes jours languissants, Aux douces lois des vers je pliais les accents De sa bouche aimable et naïve.

    Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, Feront à quelque amant des loisirs studieux Chercher quelle fut cette belle : La grâce décorait son front et ses discours, Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours Ceux qui les passeront près d’elle.

     La jeune captive

      

      

    La maison en 1900 (archives B. Vassor).

     
     

     

    Prison Saint Lazare.... les prisionniers attendent leur verdict et la mort......
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