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    Le 10 août 1901, deux «misses» anglaises - Miss Moberly et Miss Jourdain - se promènent dans le parc de Trianon, après avoir visité le château de Versailles.   L'après-midi est chaud et orageux, mais nos deux promeneuses se sentent cependant en excellente forme. Les voici parvenues au Grand Trianon. Elles le dépassent, le laissant à leur gauche, et rencontrent «une large allée verte parfaitement abandonnée». Elles la traversent et montent un sentier en face d'elles. C'est alors que commencent les étranges « visions ».

       «Je fus surprise que Miss Jourdain ne demande pas le chemin à une femme qui secouait un vêtement blanc par la fenêtre d'une construction au coin du sentier, mais (la) suivis, supposant qu'elle savait où elle allait. »

    Tout en bavardant, elles grimpent le sentier qui fait un coude aigu vers la droite, dès que sont dépassés quelques bâtiments. «Il y avait trois sentes devant nous, et comme nous vîmes deux hommes un peu en avant sur celle du centre, nous la suivîmes et nous leur demandâmes notre chemin. Plus tard, nous parlâmes d'eux comme de jardiniers, parce que nous nous souvenions d'une quelconque brouette (qui se trouvait) tout près, et de quelque chose qui ressemblait à une bêche pointue, mais c'étaient, en réalité, de très dignes fonctionnaires vêtus de longs habits d'un vert grisâtre, avec de petits chapeaux tricornes. Ils nous indiquèrent notre chemin tout droit. »

      Les deux Anglaises reprennent vivement leur route, tout en devisant : « Mais depuis le moment où nous quittâmes le sentier, un extraordinaire abattement m'avait envahie, qui, en dépit de tous mes efforts pour le chasser, devenait de plus en plus profond. Il paraissait n'y avoir aucune raison à cela.»

    Le sentier se termine, coupé par un autre, perpendiculaire. Devant nos deux promeneuses, un bois, et, dedans, ombragé par les arbres, un kiosque de jardin circulaire. A côté, un petit siège, avec un homme assis dessus.
       Et, « soudain, tout parut non-naturel, et, en conséquence, déplaisant. Même les arbres, derrière la construction, semblaient être devenus plats et sans vie, comme un bois représenté sur une tapisserie ». De plus, il règne un silence absolu et impressionnant.

    L'homme assis près du kiosque tourne la tête et regarde les deux femmes. Sa figure est repoussante, son expression odieuse.   Miss Moberly se sent effrayée, et c'est pour elle un grand soulagement d'entendre quelqu'un courir dans leur direction, avec une hâte haletante.   Elle pense aux jardiniers, ne découvre personne sur les sentiers, mais, presque au même moment, perçoit soudain un autre homme tout près d'elles, plutôt à leur gauche. Il a surgi de derrière un rocher qui bouche la vue à la jonction des sentiers. « La soudaineté de son apparition fut une espèce de choc. »

      Le nouveau venu est visiblement un gentilhomme: haute taille, grands yeux sombres, cheveux noirs bouclés et large «sombrero», en un mot, un homme élégant. Mais sa figure est rouge, comme à la suite d'un gros effort, comme s'il avait parcouru une longue route.   D'une voix pleine d'excitation, il interpelle les deux Anglaises: «Mesdames, Mesdames, il ne faut pas passer par là!» Il agite le bras et, toujours avec autant de vivacité: «Par ici, cherchez la maison. »

    Suivant l'indication du gentilhomme, elles se dirigent vers un petit pont sur leur droite.

    Miss Moberly, tournant la tête pour remercier leur guide, découvre, à sa grande surprise, qu'il n'est plus là, mais elle entend à nouveau le bruit de la course, et, «d'après le son, c'était tout près de nous». Fantôme sonore?... Un pont rustique, une cascade, un nouveau sentier sous les arbres, très sombre, et une sensation de tristesse...
     Voici enfin la maison annoncée. Elle est entourée d'une terrasse sur les deux côtés. Au pied de la terrasse, une pelouse rustique, et, sur la pelouse, une dame assise, qui dessine.

    «Je supposai qu'elle était en train de faire un croquis. (...) Elle nous vit et, lorsque nous passâmes non loin d'elle, à sa gauche, elle se retourna et nous regarda en plein. Ce n'était pas une figure jeune et, quoique plutôt jolie, elle ne m'attira pas. »

       Son costume est étrange, aux yeux de la mode 1900, mais nos deux Anglaises n'y attachent guère d'importance. Elles montent à la terrasse, tandis que Miss Moberly commence à éprouver la sensation de s'avancer dans un rêve: «Le silence et l'oppression étaient si contraires à ce qui est naturel!...»

    Un peu plus loin, se dirigeant vers un jardin à la française, arrive soudainement un jeune homme qui les interpelle en leur disant que le chemin pour aller vers la « maison », passe par la cour d'honneur. Il leur offre même de les guider. C'est - pense la narratrice - un valet de pied. Et de se retrouver près du premier sentier: elles sont toutes désorientées...

    C'est enfin le retour dans Versailles. Elles n'ont, ni l'une, ni l'autre, envie de parler de leur «aventure». Et ce ne sera qu'au bout d'une semaine qu'elles l'évoqueront.

    En narrant cet incident dans une lettre, Miss Moberly revoit les scènes du Petit Trianon, éprouve à nouveau la même sensation de rêve et d'oppression anormale. Elle s'arrête d'écrire et demande à Miss Jourdain :
    - Pensez-vous que le Petit Trianon est hanté ?
    - Oui, je le pense, répond l'autre sans la moindre hésitation.
    Alors, elles récapitulent tous les détails bizarres de leurs rencontres et les trouvent de plus en plus étranges. Mais elles sont en désaccord sur un point : Miss Jourdain n'a pas vu la dame qui dessinait. Nouvel élément de mystère et, rappelons-le, phénomène fréquent au cours des apparitions.

    Les deux amies décident alors d'écrire, chacune de son côté, le récit de leur après-midi à Trianon. Relations qui, naturellement, ne concordent pas, et qui amèneront les deux femmes à entreprendre de longues et minutieuses recherches historiques et topographiques sur Versailles et sur Marie-Antoinette.

    Miss Jourdain a, en effet, eu connaissance d'une tradition selon laquelle on verrait, un certain jour du mois d'août, la Reine assise sur le devant du jardin du Petit Trianon, avec un chapeau léger et une robe rosé. Mieux encore, on rencontrerait, aux alentours, des familiers de la Reine. Et ce jour serait précisément le 10 août, anniversaire de la chute de la royauté.

       Miss Jourdain revient en France à l'occasion des fêtes de Noël et du Jour de l'An de 1902. (Elle est, comme son amie, Miss Moberly, enseignante dans un collège déjeunes filles.)

    Elle retourne à Trianon, le 2 janvier, et elle éprouve la même sensation déprimante: «C'était comme si j'avais franchi une ligne et étais soudain dans une zone d'influence.» De nouvelles «visions» et même des «auditions» aussi étranges que celles de l'été précédent, ajoutent à son malaise.

    Nouveau retour, en 1904, des deux misses. Cette fois, tout est normal; les sites et les aspects sont, d'ailleurs, différents... Elles ne peuvent que se documenter sur le Petit Trianon et acheter des livres et des plans du parc de Versailles.

    En 1908, Miss Jourdain fait sa quatrième visite à Trianon, et elle y vit sa troisième aventure. Après avoir croisé deux femmes en train de se quereller et atteint le corps de gardes, elle ressent un changement indéfinissable: «J'eus le sentiment d'être entraînée dans un état de choses différent, bien qu'aussi réel », et toujours cette sensation déprimante, avec une difficulté de se mouvoir, comme dans certains cauchemars.

    De toutes ces expériences involontaires, Miss Moberly et Miss Jourdain décident de faire un livre. Elles le publient chez Faber and Faber, en 1911, sous le titre fort simple de « An Adventure » (Une Aventure), sous les pseudonymes de Miss Morison et Miss Lamont. C'est un succès immédiat... et durable.

         Mais les «fantômes de Trianon» n'ont pas fini de défrayer la chronique. Ils vont se montrer à d'autres: des Américains, les Crookes, au mois de juillet 1908; deux autres Anglaises, en 1928; et un couple de Londoniens en 1955, avec des variations dans les détails, mais toujours avec des costumes de l'Ancien Régime, et parfois accompagnés par cette atmosphère d'oppression, qui a tant frappé nos deux premières héroïnes.


    Les sceptiques répondent aussitôt: «Mystification!» Or, elle paraît des plus improbables, cette hypothèse du canular: ces «demoiselles » anglaises, professeurs, et on ne peut plus sérieuses - l'une a 38 ans et l'autre 55 - ne passaient pas pour des fantaisistes. De plus, elles ont attendu, pour publier le récit de leurs aventures versaillaises, dix longues années, employées à se documenter, à rechercher des témoignages et des preuves.

    «Alors, répliquent, sans se démonter, les sceptiques, elles ont été victimes d'hallucinations. »
    Passe pour la première fois, mais la répétition de phénomènes à peu près semblables, et non seulement chez Miss Moberly et chez Miss Jourdain, mais chez d'autres personnes - dont certaines ignoraient la «tradition» du 10 août, ainsi que le livre de nos deux Anglaises - cette répétition à des moments variés de l'année, et durant plus d'un demi-siècle, nous paraît relever d'une autre cause que l'hallucination pure et simple, d'une autre cause encore que la suggestion par des hypnotiseurs en veine d'amusement, ou qu'une mise en scène montée par des plaisantins.    Il faut donc chercher une autre explication, peut-être du côté de cette étrange sensation de «dépression», signalée dans plusieurs témoignages sur l'affaire de Trianon.

    Il est un peu simpliste d'alléguer le temps lourd et orageux, assez banal pendant la saison d'été. Mais on peut déplacer la question sur un orage magnétique, et rappeler aussi qu'il règne parfois, aux alentours du Trianon, des conditions atmosphériques inhabituelles, lesquelles pourraient provenir, non du ciel, mais de la terre, mais des courants telluriques, ces courants qui auraient peut-être fait choisir Versailles par Louis XIV, pour y édifier sa ville royale. Et cette atmosphère spéciale pourrait déclencher, chez certaines personnes - des Anglo-Saxons, en l'occurrence - des hallucinations.

       Mais pourquoi ces hallucinations ont-elles toutes porté - entre 1901 et 1955 - sur une seule, sur une certaine période - celle de la fin du temps de la «douceur de vivre» - et sur une femme mystérieuse, en train de dessiner, qui fait songer à la Reine Marie-Antoinette ? Evidemment parce que le souvenir de celle-ci est lié au Petit Trianon et au Hameau.
    Pourtant, si l'on applique à ces manifestations paranormales, les lois habituelles en télépathie, de l'agent émetteur et du percipient récepteur, on trouve les percipients, mais on se demande où sont les agents.

    Faut-il donc admettre des agents morts depuis longtemps, ayant laissé dans les parages du Trianon, où ils ont jadis vécu, une influence qui, dans certaines conditions, telluriques ou atmosphériques, ou d'un autre ordre que nous ignorons, possède la capacité de déclencher des phénomènes paranormaux chez des visiteurs postérieurs, évidemment doués des qualités des percipients ?

    Cette imprégnation, cette influence, laissées par des morts, ne doivent pas être confondues avec la théorie spirite de la survie des désincarnés.   Ce n'est pas un «fantôme», mais une simple trace, un vague souvenir audible et visible, une sorte de radiation de corps radioactif pas tout à fait désintégré, comme le laissent supposer les découvertes assez récentes du R.P. Pellegrino, parvenu à mettre au point et à construire une sorte de récepteur TV du passé.   Il existe des êtres humains capables de capter les images et les sons des temps révolus: ce sont les voyants, dont quelques-uns «voient» aussi le futur. Et ce sont peut-être de ces voyants qui ont assisté aux fantasmagories de Trianon.

    Et si ces fantômes étaient, tout simplement, de véritables fantômes, comme ceux dont nous parle le spiritisme : le fantôme de Marie-Antoinette et ceux de quelques personnes de son entourage, continuant à hanter les lieux qui leur furent chers, dans les dernières années où il faisait bon vivre ?

    Pour ceux qui recherchent plutôt des explications scientifiques, les récentes théories sur la relativité et sur les univers parallèles, pourraient fournir des hypothèses explicatives fort ingénieuses, mais hasardeuses : l'esprit voyagerait dans le temps passé, par le truchement de la quatrième dimension qui, avec nos trois dimensions, constitue l'espace-temps einsteinien.

    On peut encore faire appel à l'hypothèse, encore plus aventurée, des « portes induites », qui livreraient parfois passage à des événements éloignés dans le temps ou l'espace, toujours par le moyen des univers parallèles.   Dans ces « portes induites » se produiraient des phénomènes extraordinaires: de fortes perturbations gravitationnelles, par exemple, allant jusqu'à l'inversion de la pesanteur - une voiture peut, dans ce cas, atteindre le sommet d'une colline en roue libre... Les découvertes de l'avenir n'ont pas fini de nous émerveiller !...



    Source : Rhedae Magazine

     

     

    VIDEO - téléfim - La dernière rose ou les fantômes de Trianon

    Tribunal de l'impossible - 10/02/1968 -

     
     

    Tribunal de l'impossible : En août 1901, deux enseignantes anglaises rencontrent la reine Marie-Antoinette en visitant les jardins de Trianon.Alors qu'elles se promènent et rêvent dans cet endroit célèbre, Miss MOBERLY et Miss JOURDAIN perdent soudain le contact avec la réalité pour vivre une fantastique aventure : elles rencontrent la reine Marie-Antoinette qui, dit-on, hante ces lieux. Voyage dans le temps ? Incursion dans la mémoire ?

    Ces deux demoiselles, l'une romantique, l'autre réaliste, ont-elles réellement vécu quelques instants en compagnie de la reine de France où ont-elles seulement rêvé cette scène troublante ?

      

    Elles mettent dix ans à se convaincre elles-mêmes, après avoir fait des recherches historiques qui semblent confirmer leurs dires. Puis, aidées de quelques amis, elles rédigent un livre destiné à faire connaître cette extraordinaire aventure.

     

     

    na.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CPF86654703/la-derniere-rose-ou-les-fantomes-de-trianon.fr.html
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    Le 10 août 1901, deux «misses» anglaises — Miss Moberly et  Miss Jourdain — se promènent dans le parc de Trianon, après avoir visité le  château de Versailles.

    L'après-midi est chaud et orageux, mais nos  deux promeneuses se sentent cependant en excellente forme.

    Les voici parvenues  au Grand Trianon.

    Elles le dépassent, le laissant à leur gauche, et rencontrent «une large allée verte parfaitement abandonnée». Elles la traversent et montent  un sentier en face d'elles. C'est alors que commencent les étranges « visions ».


     
    Annie Moberly principale du collège de St. Hugh’s Hall, troisième collège féminin de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) 
      
      
    «Je fus surprise que Miss Jourdain ne demande  pas le chemin à une femme qui secouait un vêtement blanc par la fenêtre d'une  construction au coin du sentier, mais (la) suivis, supposant qu'elle savait où  elle allait. »
     
      
      
    Tout en bavardant, elles grimpent le sentier qui fait un  coude aigu vers la droite, dès que sont dépassés quelques bâtiments.
      
      
    «Il y avait  trois sentes devant nous, et comme nous vîmes deux hommes un peu en avant sur  celle du centre, nous la suivîmes et nous leur demandâmes notre chemin.
      
      
     
      
    Ils nous indiquèrent notre chemin tout droit. »
    Les deux  Anglaises reprennent vivement leur route, tout en devisant :
      
      
    Eleanor Jourdain vice-principale du même collège visitent le château de Versailles puis le parc.
      
      
    « Mais depuis le  moment où nous quittâmes le sentier, un extraordinaire abattement m'avait  envahie, qui, en dépit de tous mes efforts pour le chasser, devenait de plus en  plus profond. Il paraissait n'y avoir aucune raison à cela.»
      
    Le sentier  se termine, coupé par un autre, perpendiculaire.
      
    Devant nos deux promeneuses, un  bois, et, dedans, ombragé par les arbres, un kiosque de jardin circulaire.
      
      
     
     
    A  côté, un petit siège, avec un homme assis dessus. Et, « soudain,  tout parut non-naturel, et, en conséquence, déplaisant. Même les arbres,  derrière la construction, semblaient être devenus plats et sans vie, comme un  bois représenté sur une tapisserie ».
      
    De plus, il règne un silence  absolu et impressionnant.
      
    L'homme assis près du kiosque tourne la  tête et regarde les deux femmes.
      
    Sa figure est repoussante, son expression  odieuse. Miss Moberly se sent effrayée, et c'est pour elle un grand soulagement  d'entendre quelqu'un courir dans leur direction, avec une hâte haletante. Elle  pense aux jardiniers, ne découvre personne sur les sentiers, mais, presque au  même moment, perçoit soudain un autre homme tout près d'elles, plutôt à leur  gauche.
      
      
      
      
    Il a surgi de derrière un rocher qui bouche la vue à la jonction des  sentiers. « La soudaineté de son apparition fut une espèce de choc. »
      
    Le nouveau venu est visiblement un gentilhomme : haute taille, grands yeux  sombres, cheveux noirs bouclés et large «sombrero», en un mot, un homme élégant. 
      
    rose blanche
      
      
      
    Mais sa figure est rouge, comme à la suite d'un gros effort, comme s'il avait  parcouru une longue route.
      
    D'une voix pleine d'excitation, il interpelle les  deux Anglaises: «Mesdames, Mesdames, il ne faut pas passer par là!» Il agite le  bras et, toujours avec autant de vivacité:
      
    «Par ici, cherchez la maison. » Suivant l'indication du gentilhomme, elles se dirigent vers un petit pont  sur leur droite.
      
    Miss Moberly, tournant la tête pour remercier  leur guide, découvre, à sa grande surprise, qu'il n'est plus là, mais elle  entend à nouveau le bruit de la course, et, «d'après le son, c'était tout près  de nous». Fantôme sonore?... Un pont rustique, une cascade, un nouveau sentier  sous les arbres, très sombre, et une sensation de tristesse...  
      
    Voici enfin la maison annoncée.
      
    Elle est entourée d'une terrasse sur les deux  côtés.
      
    Au pied de la terrasse, une pelouse rustique, et, sur la pelouse, une  dame assise, qui dessine. «Je supposai qu'elle était en train de faire  un croquis. (...)
      
    Elle nous vit et, lorsque nous passâmes non loin d'elle, à sa  gauche, elle se retourna et nous regarda en plein. Ce n'était pas une figure  jeune et, quoique plutôt jolie, elle ne m'attira pas. »
      
    Son costume est  étrange, aux yeux de la mode 1900, mais nos deux Anglaises n'y attachent guère  d'importance. Elles montent à la terrasse, tandis que Miss Moberly commence à  éprouver la sensation de s'avancer dans un rêve:
      
    «Le silence et l'oppression  étaient si contraires à ce qui est naturel!...» Un peu plus loin, se  dirigeant vers un jardin à la française, arrive soudainement un jeune homme qui  les interpelle en leur disant que le chemin pour aller vers la « maison », passe  par la cour d'honneur.
      
    Il leur offre même de les guider.
      
    C'est — pense la  narratrice — un valet de pied. Et de se retrouver près du premier sentier: elles  sont toutes désorientées...
      
    C'est enfin le retour dans  Versailles. Elles n'ont, ni l'une, ni l'autre, envie de parler de leur «aventure». Et ce ne sera qu'au bout d'une semaine qu'elles l'évoqueront. En narrant cet incident dans une lettre, Miss Moberly revoit les  scènes du Petit Trianon, éprouve à nouveau la même sensation de rêve et  d'oppression anormale.
      
    Elle s'arrête d'écrire et demande à Miss Jourdain : — Pensez-vous que le Petit Trianon est hanté ? — Oui, je le pense,  répond l'autre sans la moindre hésitation.
      
    Alors, elles  récapitulent tous les détails bizarres de leurs rencontres et les trouvent de  plus en plus étranges. Mais elles sont en désaccord sur un point : Miss Jourdain  n'a pas vu la dame qui dessinait.
      
    Nouvel élément de mystère et, rappelons-le,  phénomène fréquent au cours des apparitions. Les deux amies  décident alors d'écrire, chacune de son côté, le récit de leur après-midi à  Trianon.
      
    Relations qui, naturellement, ne concordent pas, et qui amèneront les  deux femmes à entreprendre de longues et minutieuses recherches historiques et  topographiques sur Versailles et sur Marie-Antoinette. Miss  Jourdain a, en effet, eu connaissance d'une tradition selon laquelle on verrait,  un certain jour du mois d'août, la Reine assise sur le devant du jardin du Petit  Trianon, avec un chapeau léger et une robe rosé.
      
    Mieux encore, on rencontrerait,  aux alentours, des familiers de la Reine. Et ce jour serait précisément le 10  août, anniversaire de la chute de la royauté. Miss Jourdain  revient en France à l'occasion des fêtes de Noël et du Jour de l'An de 1902. 
      
    (Elle est, comme son amie, Miss Moberly, enseignante dans un collège déjeunes  filles.)
      
    Elle retourne à Trianon, le 2 janvier, et elle éprouve  la même sensation déprimante: «C'était comme si j'avais franchi une ligne et  étais soudain dans une zone d'influence.» De nouvelles «visions» et même des «auditions» aussi étranges que celles de l'été précédent, ajoutent à son  malaise. Nouveau retour, en 1904, des deux misses.
      
    Cette fois,  tout est normal; les sites et les aspects sont, d'ailleurs, différents... Elles  ne peuvent que se documenter sur le Petit Trianon et acheter des livres et des  plans du parc de Versailles.
      
    En 1908, Miss Jourdain fait sa  quatrième visite à Trianon, et elle y vit sa troisième aventure. Après avoir  croisé deux femmes en train de se quereller et atteint le corps de gardes, elle  ressent un changement indéfinissable: «J'eus le sentiment d'être entraînée dans  un état de choses différent, bien qu'aussi réel », et toujours cette sensation  déprimante, avec une difficulté de se mouvoir, comme dans certains cauchemars.
      
    De toutes ces expériences involontaires, Miss Moberly et Miss  Jourdain décident de faire un livre. Elles le publient chez Faber and Faber, en  1911, sous le titre fort simple de « An Adventure » (Une Aventure), sous les  pseudonymes de Miss Morison et Miss Lamont. C'est un succès immédiat... et  durable. Mais les «fantômes de Trianon» n'ont pas fini de  défrayer la chronique.
      
    Ils vont se montrer à d'autres: des Américains, les  Crookes, au mois de juillet 1908; deux autres Anglaises, en 1928; et un couple  de Londoniens en 1955, avec des variations dans les détails, mais toujours avec  des costumes de l'Ancien Régime, et parfois accompagnés par cette atmosphère  d'oppression, qui a tant frappé nos deux premières héroïnes.
     

    Que sont donc ces «fantômes du Trianon » ?

    Les sceptiques répondent aussitôt: «Mystification!» Or, elle paraît des plus improbables, cette hypothèse du  canular: ces «demoiselles » anglaises, professeurs, et on ne peut plus sérieuses — l'une a 38 ans et l'autre 55 — ne passaient pas pour des fantaisistes.
      
    De  plus, elles ont attendu, pour publier le récit de leurs aventures versaillaises,  dix longues années, employées à se documenter, à rechercher des témoignages et  des preuves. «Alors, répliquent, sans se démonter, les sceptiques,  elles ont été victimes d'hallucinations. »
      
    Passe pour la première fois,  mais la répétition de phénomènes à peu près semblables, et non seulement chez  Miss Moberly et chez Miss Jourdain, mais chez d'autres personnes — dont  certaines ignoraient la «tradition» du 10 août, ainsi que le livre de nos deux  Anglaises — cette répétition à des moments variés de l'année, et durant plus  d'un demi-siècle, nous paraît relever d'une autre cause que l'hallucination pure  et simple, d'une autre cause encore que la suggestion par des hypnotiseurs en  veine d'amusement, ou qu'une mise en scène montée par des plaisantins.
      
    Il faut  donc chercher une autre explication, peut-être du côté de cette étrange  sensation de «dépression», signalée dans plusieurs témoignages sur l'affaire de  Trianon.
      
    Il est un peu simpliste d'alléguer le temps lourd et  orageux, assez banal pendant la saison d'été. Mais on peut déplacer la question  sur un orage magnétique, et rappeler aussi qu'il règne parfois, aux alentours du  Trianon, des conditions atmosphériques inhabituelles, lesquelles pourraient  provenir, non du ciel, mais de la terre, mais des courants telluriques, ces  courants qui auraient peut-être fait choisir Versailles par Louis XIV, pour y  édifier sa ville royale.
      
    Chambre de la Reine Marie-Antoinette au petit Trianon
      
      
    Et cette atmosphère spéciale pourrait déclencher, chez  certaines personnes — des Anglo-Saxons, en l'occurrence — des hallucinations. Mais pourquoi ces hallucinations ont-elles toutes porté — entre  1901 et 1955 — sur une seule, sur une certaine période — celle de la fin du  temps de la «douceur de vivre» — et sur une femme mystérieuse, en train de  dessiner, qui fait songer à la Reine Marie-Antoinette ?
      
    Evidemment parce que le  souvenir de celle-ci est lié au Petit Trianon et au Hameau.   Pourtant, si l'on applique à ces manifestations paranormales, les lois  habituelles en télépathie, de l'agent émetteur et du percipient récepteur, on  trouve les percipients, mais on se demande où sont les agents.  
      
    Faut-il donc admettre des agents morts depuis longtemps, ayant laissé dans les  parages du Trianon, où ils ont jadis vécu, une influence qui, dans certaines  conditions, telluriques ou atmosphériques, ou d'un autre ordre que nous  ignorons, possède la capacité de déclencher des phénomènes paranormaux chez des  visiteurs postérieurs, évidemment doués des qualités des percipients ?
      
    Cette imprégnation, cette influence, laissées par des morts, ne doivent  pas être confondues avec la théorie spirite de la survie des désincarnés. Ce  n'est pas un «fantôme», mais une simple trace, un vague souvenir audible et  visible, une sorte de radiation de corps radioactif pas tout à fait désintégré,  comme le laissent supposer les découvertes assez récentes du R.P. Pellegrino,  parvenu à mettre au point et à construire une sorte de récepteur TV du passé.
      
    Il  existe des êtres humains capables de capter les images et les sons des temps  révolus: ce sont les voyants, dont quelques-uns «voient» aussi le futur. Et ce  sont peut-être de ces voyants qui ont assisté aux fantasmagories de Trianon.
      
    Et si ces fantômes étaient, tout simplement, de véritables  fantômes, comme ceux dont nous parle le spiritisme : l
    e fantôme de  Marie-Antoinette et ceux de quelques personnes de son entourage, continuant à  hanter les lieux qui leur furent chers, dans les dernières années où il faisait  bon vivre?
      
    Pour ceux qui recherchent plutôt des explications  scientifiques, les récentes théories sur la relativité et sur les univers  parallèles, pourraient fournir des hypothèses explicatives fort ingénieuses,  mais hasardeuses : l'esprit voyagerait dans le temps passé, par le truchement de  la quatrième dimension qui, avec nos trois dimensions, constitue l'espace-temps  einsteinien. On peut encore faire appel à l'hypothèse, encore  plus aventurée, des « portes induites », qui livreraient parfois passage à des  événements éloignés dans le temps ou l'espace, toujours par le moyen des univers  parallèles.
      
    Dans ces « portes induites » se produiraient des phénomènes  extraordinaires: de fortes perturbations gravitationnelles, par exemple, allant  jusqu'à l'inversion de la pesanteur — une voiture peut, dans ce cas, atteindre  le sommet d'une colline en roue libre... Les découvertes de l'avenir n'ont pas  fini de nous émerveiller!...

     

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