Au XVIIIè siècle, avant la Révolution française, le peuple effraie.
Cette masse mouvante, inculte et misérable qui sillonne la France d'une ville à l'autre, d'une campagne à l'autre, à la recherche d'emplois saisonniers est soupçonnée d'être la cause de tous les troubles et de tous les dangers.
Dans cette société extrèmement hierarchisée, point trop de salut pour le pauvre; son seul recours est Dieu, mais dans la mesure ou Dieu a décidé de sa condition...?
Le peuple, au bord de la misère, souvent taxé "d'imbécillité", est sous surveillance constante.
On craint son effervescence, ses humeurs, ses colères, "pour les contemporains, la foule est femelle, donc basse, passionnelle et dépourvue de pensée" (Arlette Farge).
Le peuple, lui, craint, à juste titre, la justice: pas d'avocats pour sa défense, pas de code national pour déterminer les délits et la nature des peines.
La France est régie par des coutumes, des juridictions seigneuriales, ec
clésiastiques ou parlementaires, qui varient d'une province à l'autre. Un pays sans droit unique .
L'arbitraire est roi, et pourtant, des philosophes, des hommes éclairés réflechissent à la justice et à son fonctionnement, d'abord timidement, par peur de la censure et de l'embastillement, puis parleront bientôt d'égalité, de liberté, mais sans vraiment repenser le système pénal, sauf dans les dernières années du siècle.